Mur à mur

Lordure c’était son surnom. Et il lui allait comme un gant. Le pire de l’humanité semblait s'être donné rendez-vous sous sa peau. Il haïssait le monde entier. De son voisin à tout étranger. La terre étrangère, celle de l'ennemi, commençait de l’autre côté de son mur d'enceinte. Sa maison était piégée. Lordure et moi avions un point en commun. Notre lien mobile.

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              Lordure c’était son surnom. Et il lui allait comme un gant. Le pire de l’humanité semblait s’être donné rendez-vous sous sa peau. Il haïssait le monde entier. De son voisin à tout étranger. Que ce soit un homme, une femme, un enfant. La terre étrangère, celle de l'ennemi, commençait de l’autre côté de son mur d'enceinte. Toute sa maison était piégée. Un cambrioleur avait failli y perdre un bras. Tout le quartier le savait. Lordure avait inscrit la menace en lettres géantes sur un panneau rivé sur la façade de sa maison. Incontournable. Sa femme, lui servant de punching-ball, s’était enfuie avec leurs deux enfants sous le bras. Pour ne plus jamais revenir. Le jeune retraité vivait reclus depuis des années avec ses animaux. Deux bergers allemands et trois chats. Comme tous, vieux et jeunes, je détestais Lordure. Sauf à être maso ; impossible d’apprécier une telle boule de haine. Pourtant lui et moi avions un lien. Sans que jamais il ne le sache. Notre lien mobile.

            L’un de ses chats. Lui aussi roux. Même couleur que moi surnommé Rouquin. « Tu crois que les chats se vannent entre eux. Qu’un chat blanc parle pas avec un chat noir. Et que les gros chats se font vanner.». Des interrogations de Bouboule. L’un de voisins et collégiens dans la même classe que moi. « Et lui, tu crois que ses potes chats le traitent de rouquemoute qui pue.». Que ma mère à être brune dans la famille. Et moi j’étais le plus roux de la famille, les cheveux presque rouges. Très visible. Mes poings avaient calmé les vanneurs. Tout en sachant que certains se foutaient de moi en cachette. Rien à foutre de ces cons, me disais-je. Ma façon de camoufler ma tristesse d’être vanné ou regardé en coin. J’aurais rêvé d’être brun, blond, ou même chauve. Ma souffrance très minime par rapport à celle de Bouboule. Même sans réagir, grimaçant un sourire, il souffrait beaucoup des vannes sur sa grosseur. Pareil pour les regards d’inconnus. C’était un passionné d’oiseaux. Imbattable sur le sujet. Il passait son temps à les observer avec une vieille paire de jumelles. Bouboule enviait-il leurs ailes ? Sans doute. Voler un jour au-dessus du quartier, du collège, raser de près ceux qui le vannaient et disparaître dans le ciel. Depuis ce jour-là que j’ai regardé différemment le chat roux. Avait-il un nom ? Je n’en sais rien. C’était juste l’un des animaux de Lordure.

       Notre complicité avait débuté. Rares quand je ne le caressais pas sur le bord du mur de chez lui en me rendant au collège. Parfois plusieurs fois par jour. Dès que ma main se posait sur lui, un vrai moteur démarrait sous son poil très doux. Et toujours propre. Dès qu’il me voyait, il se précipitait sur le mur pour sa caresse quotidienne. « Eh le gosse, je veux plus que tu touches à mon chat. T’as compris. La prochaine fois, je sors la 22. ». Une menace en l’air. Pas du tout. Le retraité, ancien para reconverti dans la sécu, possédait un vrai arsenal derrière ses portes blindées. « Il a sorti une arme et l’a braquée. ». À plusieurs reprises, son épouse s’était réfugiée avec ses en enfants chez des voisins. Avant l’arrivée de la police. Une nuit, il était sorti pieds nus avec un fusil face à un groupe de jeunes buvant des bières sur un banc. Je savais donc que Lordure pouvait passer à l’acte. Surtout les jours de grandes tempêtes à plus de trois grammes. J’évitais de longer son mur. Me contentant de regarder mon nouvel ami de l’autre côté de la rue. Le chat assis sur son mur.

       Pour passer des heures ensemble. Sans que Lordure ne l'apprenne. Son chat traversait plusieurs jardins pour finir dans le nôtre. « Le nourris pas, sinon il va prendre l’habitude. ». Mon père n’avait pas envie d’avoir une autre bouche à nourrir. Surtout qu’il avait déjà du mal à fournir ses six gosses et sa femme en croquettes quotidiennes. À l’époque, j’étais l’un des meilleurs élèves du collège. Beaucoup aimaient bien s’asseoir à côté de moi, car, ayant souvent très vite les interros, je m’adossais et laissais les regards baladeurs sur ma copie. « Je t’écris toutes tes rédacs et tous tes devoirs à rendre contre un truc.». Mon copain de classe était très alléché par ma proposition. Lui faisait partie du trio de queue. Au grand de ses parents lui payant même des cours privés. En vain. L’école ce n’était pas son truc. Contrairement aux filles et aux bécanes. « C’est quoi ce truc ? ». « Tu me files des déchets. ». Ses parents étaient les bouchers du quartier. Ses notes ont augmenté. Et le chat avait une deuxième gamelle remplie. Ce qui a contribué à notre grande complicité.

       Notre relation n'était pas uniquement relié au ventre. C'était le seul qui savait tout de moi. Je lui parlais sans cesse. Laissant toujours un silence avant de répondre à ce que j’avais imaginé. Faisant les questions et les réponses. Le chat se contentant de me regarder. Un regard avec des yeux très clairs. Le dialogue de deux rouquins. Sans aucun doute, lui qui m’a aidé le plus. Quand, l’été de mes quatorze ans, le monde m’était tombé dessus. Et sur une maison exiguë au bord d’une grande ville. Cet après-midi, j’ai vu mon père traverser la cour du collège. Première fois qu’il franchissait le seuil d’une de mes écoles. Sûr qu’il ne savait même pas en quelle classe j’étais. Concentré tout entier sur le loyer, le remplissage du frigo, nos fringues propres sur soi, les fournitures scolaires… D’abord heureux de le voir dans la cour, mais très vite inquiet. Qu’est-ce qu’il foutait là ? Ma mère venait de mourir d’une crise cardiaque. En rentrant, il était là. Ses yeux posés sur moi. « N’aie pas peur. Je suis là. ». J’ai failli l’étouffer et le noyer de larmes dans mes bras. Mon psy à poils roux.

      Mon père était tombé d’un coup. Toute sa force vidée. Le chef de famille paumé sur le canapé de son salon. Jamais je n’aurais pu croire qu’il tenait à ma mère. Persuadé qu’ils n’avaient été réunis que pour perpétuer l’espèce, engraisser un patron, s’endetter à la banque, pousser un caddie… Et crever en vivant en apnée entre deux factures à régler. Sans amour. J’avais tout faux. Certes pas l’amour des bouquins ou des films ; des gens qui ont du temps libre pour s’aimer ? Mes parents n’étaient pas qu’un couple de proximité et promiscuité comme la plupart des prolos et classe moyenne du quartier. Ses six gosses l’ont aidé à ne pas sombrer. Même à se relever et retourner s’esclavagiser pour ses gosses. Tout le quartier a participé à sa reconstruction. Solidarité et noblesse populaire pas uniquement de la fiction des romans que je lisais. Une cellule psy avant l’heure et sans aucun psy. Avec autant de beauté que de maladresses. Il s’est relevé. Pour finir sa vie avec une de nos voisines veuve elle aussi. Notre réussite de gosse et celle de tout un quartier. Sans bien sûr l'aide de Lordure. « Qu’est-ce que tu fous avec un raté comme lui. Moi je peux t’emmener plusieurs fois par an en vacances. Lui a même pas de bagnoles. ». Il tournait beaucoup autour de ma mère. Et de nombre de femmes. Toujours à dénigrer leur compagnon. Rêvant sans doute que tous les couples autour de lui implosent. Comme le sien. Devenir le mâle dominant de la rue. Ma haine de Lordure avait augmenté.

     Deux étés plus tard, il garait sa bagnole devant chez lui. Ses deux chiens  sur la banquette arrière. Comme à chaque retour de vacances, Lordure arborait sa face bronzée. Johnny Hallyday à fond pendant qu’il sortait ses bagages. Fallait que tout le monde soit au courant de son retour de vacances. Même mise en scène pour le départ. Dans un quartier où nombre de gens ne partaient en congé que devant la télé ou au PMU d’à côté à gratter un ticket d’espoir. Certains jeunes se rendaient en colonies de vacances. Ce matin-là, le bronzage de Lordure vira au plus blême. Pour passer à la couleur larmes. Le vacancier soudain transformé en fontaine de larmes. Comme moi en face de lui. Debout sur le trottoir à à chialer. Lordure tenait le chat dans ses bras. « Je t’interdis d’y aller. Sa baraque est piégée. D’abord, c’est peut-être même pas son chat qui miaule. Et cet enfoiré serait même capable de porter plainte pour violation de domicile. Sûr qu’il a une ligne directe avec le commissariat. ». Mon frère aîné m’avait interdit de franchir le mur. Mon père aussi. Mais j’ai réussi à le tanner pour qu’il appelle les flics. Une voiture de patrouille a débarqué. Mais ce jour-là pas le moindre miaulement. Recommençant le lendemain. Pour s’arrêter deux jours après. L’autre roux de la rue mort enfermé. D’habitude, Lordure laissait des croquettes à ses deux chats et la possibilité de dormir dans un petit cabanon. Le temps de son mois au bord de la mer. Sauf que le chat était resté dans la maison. Nos regards se sont croisé à travers le grillage. Liés par la même perte.

       C’est à ce moment que j’ai compris que tout n’était pas si simple. Les ordures d’un côté, les gens bien de l’autre. Cette barrique de haine, bras musclés et ponctués de tatouages d’avant la mode du Tattoo, avait des yeux de gosse. Aussi triste et paumé que moi. Jamais je n’aurais pu croire partager une immense tristesse avec Lordure. Tous deux très ouchés. « Pourquoi tu me regardes, toi ? Casse-toi ou je t’envoie les chiens ! ». Je suis rentré chez moi. Le cœur gros de la perte de ma meilleure oreille. Et avec de nouvelles interrogations sous le crâne. Tout n’est pas aussi simple que ce que je croyais et qu’on essayait de nous faire croire. Derrière chaque individu, un labyrinthe d’ombres et de lumières. Même chez la pire des ordures. Comme le connard de ma rue d’enfance. Mort deux mois après. Découvert pendu dans son salon. Sans la moindre lettre explicative. « Il a pas supporté d’avoir tué son chat. ». Ce que certains disaient. D’autres pensaient qu’il s’était pour échapper aux fantômes de toutes ses saloperies. « Je suis sûr que ce mec-là a torturé et tué quand il était militaire. C’est écrit sur son visage. ». Personne ne l’a su puisqu’il parlait avec personne. Excepté ses animaux. Dans tous les cas, personne ne l’a regretté. On l’a vu sortir les pieds devant. Une volée de jeunes et moins jeunes autour de la camionnette. Première fois que j’assistais à ce genre de scène. Pas sur un écran de télé. Étrange proximité, j’ai pensé. Mon regard passant du sac-poubelle posé contre un mur à celui en longueur sur le brancard. Puis la camionnette s’est éloignée. Chacun chez soi. La maison vendue six mois après. Un jeune couple avec des enfants. Aux antipodes de Lordure. Mais sans chat.

     Une période datant de plus de quarante années. Pourquoi remonte-t-elle soudain à la surface ? A cause de ce que je suis devenu. Un adepte du pouce baissé sur les réseaux sociaux. Justicier des réseaux. Avec un grand nombre de followers dégommant sans procès tel ou tel individu. Raciste, antisémite, homophobe, harceleur, violeur, féminicide… Qu’il s’agisse d’un internaute connu ou pas, les salauds médiatiques plus faciles à détecter. Ancien communicant, désormais à la retraite, je sais très bien manier le langage. Autrement dire manipuler. Quasiment en permanence à lire la presse et sillonner la toile. Au courant de tous discours ou actes ignobles. Dès qu’un salaud ou une salope est détectée, je me lâche dessus. Décortiquant ses moindres propos, capables de les tordre jusqu’à extraire une once de saloperie à donner en nourriture aux internautes. « Tu es un obsédé de la pureté. Tout individu doit être parfait. Correspondre à la perfection que toi, et certains de tes copains et copines de pureté, ont édicté comme règles morales. Un être bien pense et vit comme ça. Tous ceux vivant différemment ne sont pas bien. Étrange croisade pour un athée comme toi. Pareil pour tous les plus jeunes dans ton sillage. Tous plus ou moins athée, mais voulant recréer une religion. La religion de la pureté. Avec de nouveaux croisés de la bonne vie contre la mauvaise vie. Vous ne me faites pas rêver. Pourtant, je suis de nombre de vos combats. Mais pas de vos méthodes intégristes. Certes, votre nouveau monde sera différent du pourri derrière nous. Et tant mieux qu’il soit déboulonné. Mais pas sûr que votre monde sans nuance ni humour ne soit pas pire. Mais ce que je dis ne sert à rien. Impossible de fissurer un mur de certitudes. ». C’était le mot de ma dernière compagne. Avant de claquer la porte. Et me laisser seul avec ma religion.

     Jusqu’ à ce mail d’une jeune fille. « L’homme que vous avez harcelé sur les réseaux, c’était mon père. Un homme généreux et ouvert  ? Pas du tout. Le pire c’est que je suis d’accord avec vous sur certains points. Notamment sur son discours puant. Il a balancé des horreurs sexistes et racistes sur sa chaîne YouTube. Je les condamne. Ma mère aussi n’a pas supporté ses ignobles propos. Toutes les deux, indignées, lui avons dit que ça relevait de la justice. Et qu’il méritait un procès. Sa réaction a été un large sourire. Nous affirmant qu’il cherchait un procès. Pour avoir lui aussi son quart d’heure de gloire numérique. Faire le buzz comme un grand nombre d’animateurs télés et radios et des  politiques de ce pays. Même si je reste persuadée qu’une part de lui était d’accord avec ses propos. On ne dit jamais rien par hasard. Mon père était entièrement contre le vaccin. Et moi entièrement pour. Pas d’autres solutions pour enrayer cette pandémie. J’ai hâte d’être vaccinée. Mais mon père méritait-il pour autant votre acharnement et celui de vos moutons numériques pour ses opinions anti-vaccins. Le qualifiant de complice du virus et même d’assassin. Des tombereaux de haines sur lui et sa nouvelle compagne. Mon père était peut-être une ordure. Avec qui je n’ai jamais été d’accord. Mais même la pire des ordures mérite un procès. Et pas une corde pour échapper à la meute. Cette meute que vous avez menée. Vous êtes responsable en partie de son suicide. ». Le terme d'ordure dans son message m’a replongé dans le passé.

         Et à cette main me broyant l’épaule une nuit d’hiver. « Qu’est-ce que tu fais ? » J’ai sursauté. C’était Bebel. Son surnom car il imitait parfaitement Jean-Paul Belmondo. Nul à l’école, illettré, Bebel était capable de réciter des tirades entières de l’acteur. Il était animateur avec des ados et codirigeait une salle de boxe. Très respecté et craint dans le quartier. « Ça se voit. J’écris que Lordure est un gros enculé, barre-toi de notre rue. ». Bebel relâcha sa pression. « Pourquoi tu lui dis pas ce que tu penses en direct ? C’est mieux qu’une saloperie anonyme. ». Je l’ai interrompu d’un geste agacé. « Tu vas pas défendre ce connard qui emmerde tout le monde. ». Je savais que Bebel et Lordure avait failli en venir aux mains. Passe-moi ton marqueur. ». J’ouvris des yeux ronds. Il me fixa sans ciller. J’ai fini par lui tendre. Il l’a pris et a traversé la rue. Je l’ai suivi. « Pourquoi tu fais ça ? ». Je n’en revenais pas. Il avait écrit « Les rouquemoutes ça pue, barrez-vous de notre rue. ». Il m’a rendu le marqueur. « Pour que ta famille et lui vous  soyez égaux en vous réveillant. Ton père et tes frères et sœurs seront inquiets de qui a écrit cette saloperie. Le 25, le 32, le 45… Qui leur en veut dans la rue. Et Lordure aura le même réveil que chez-toi. ». Bebel avait parlé d’une voix sans la moindre animosité. Très calme et déterminée. « Mon p’tit gars, il ne reste qu’une chose à faire : nettoyer ma merde sur le mur de chez toi. ». Puis Bebel m’a tourné le dos. Je suis resté immobile, sans mot. Il s’est retourné. « Si tu as un cerveau, tu effaceras aussi ta merde sur l’autre mur. Ciao, mec. ». Pour qui se prenait-il ? Pas un ancien braqueur qui allait me faire la morale. Hors de question de lui obéir. Je suis rentré chez moi sans faire de bruit. Pour ressortir aussitôt avec une éponge. J’ai effacé l’insulte de Bebel sur notre mur puis suis allé me coucher. Me réveillant en pleine nuit. Pour traverser la rue. L'éponge à la main. Et effacer ma merde sur le mur de Lordure.

     Aujourd’hui, tout ça c’est très loin de mon univers. Je n’ai plus rien à à voir avec l’ado mal dégrossi. Entre temps, j’avais quitté le quartier. Pour basculer dans un autre monde. Avec des individus cultivés, ouverts sur la planète, et pétris d’humanisme. Certains nous qualifieraient de bobo. Pour ma part, ce n’est pas une insulte. Préférant être un bobo qu’un beauf buté comme un mur. Quitte à choisir, ma préférence va à l’ouverture sur la monde. En tout cas, je ne suis plus du genre à inscrire des insultes sur le mur de mon voisin. D’autant plus qu’il s’agit d’un couple d’amis. Ressemblant à la plupart de mes relations. Des gens de bonne compagnie avec les mêmes lectures, les mêmes radios, les mêmes idées ouvertes et tolérantes… Tous persuadés d'être dans le vrai. Impossible d’imaginer ne serait-ce un instant se trouver dans l’erreur. Puisqu’on sait ce qui est bon. Certains sont capables, comme moi, de flinguer des gens à distance sur la toile. Décernant les bons et mauvais points. Ceux, ne correspondant pas à nos« critères humanistes », devenaient des ennemis à abattre. Sauf s’ils acceptaient de penser dans la même direction que nous. Et vivre selon nos us et coutumes. Notre monde meilleur ne pouvait être que le meilleur. Du côté des bons, contre les ordures. Avec nos beaux combats en bandoulière; incritiquables. Toutes mes lectures, mes réunions, mes manifs, etc, pour aboutir à… Quarante ans plus tard, mes merdes ne sont pas inscrites sur le mur du voisin. Mais sur la toile. Et elles n'ont pas l'aspect d'une merde puisque fort bien enrobées. Un emballage de certitudes sans appel. Nulle place au doute ou à l'empathie. Procureur et chef de meute. Décrétant être du bon côté. Quelle est la différence avec l’ado en colère  et celui que je suis derrière mon écran de justicier?  Beaucoup moins de fautes d'orthographe. Et aucune insulte dans mes commentaires ou tweet de combat. Mais un outil en moins entre les mains.

       Pas d'éponge pour effacer mes merdes virtuelles.


NB : Une fiction inspirée de la réalité. Un homme, parti un mois en vacances, avait enfermé son chat. Persuadé qu'il était dehors et pouvait accéder à  une sorte de cabanon avec eau et croquettes. Un type détesté dans le quartier.  À son retour, le chat était mort. L’homme ressassait son remords au comptoir du coin. Sa tristesse avait marqué certains du groupe de jeunes dont je faisais partie. Tous le détestant.. Ses larmes à peine séchées, il était redevenu ignoble. Et nous avions repris notre haine du vieux con. Certains troublés de la tristesse d'une ordure. Une des premières interrogations sur la complexité humaine ?


    





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