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Billet de blog 5 oct. 2022

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Néant climatisé

Charger son rêve. Plus que cette arme de protection ? La question peut se poser de nos jours. Suffit de regarder et écouter le monde. Pas en orbite autour de la joie et de l'espoir. Cette arme -en plus d’autres-est à conseiller notamment aux plus jeunes et les plus précaires. Pour se protéger de quoi ?

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© Marianne A

                        Charger son rêve. Plus que cette arme de protection ? La question peut se poser de nos jours. Une interrogation qui a traversé finalement tous les siècles, avec plus ou moins d’intensité selon les époques ; la nôtre semble rejoindre tout droit d’autres «  nuits du monde » que nous pensions loin derrière nous. La haine et la connerie humaine ont la peau dure et trouvent toujours des représentants sur terre. En ce moment, ils sont très efficaces et occupent de plus en plus le terrai. Voilà pourquoi cette arme-en plus d’autres-est à conseiller notamment aux plus jeunes et les plus précaires. Pour se protéger de quoi ?

         Pas de panique. Nul risque mortel à court terme. Mais une érosion des corps et des esprit pouvant être très rapide. Quel est ce virus qui se transmet à grande vitesse et pénètre toutes les sphères sociales ? La médiocrité ambiante. Elle occupe tous les étages. Même là où l’on pense qu’elle ne peut accéder. Et aussi dans son miroir. Contre qui faut-il se protéger ? Nous. Et tous nos nouveaux outils.

           Y renoncer ? Non. Ce sont de très bons outils. Pas tous les siècles capables d’offrir une telle bibliothèque au fond de sa poche. De meilleurs outils que les mains les utilisant ? Indéniable qu'ils nous ont ramenés peu à peu dans la cour du collège. Même certains et certaines, si cultivés, si bien élevées avec tous les codes, peuvent se lâcher comme des « cailleras » de quartier qu’ils ne cessent de dénoncer et de montrer du doigt comme de mauvais citoyens. Rares celles et ceux qui échappent à cette infantilisation du doigt numérique brandi à tout bout de champ d’écran. Avec pour preuve, la tragique dérive de nos représentants. Ces ados à cocarde et d’autres, vus à la télé, sont en train de nous éloigner de la beauté. Un éloignement qui peut s'avérer très dangereux pour tous et toutes. Une beauté pas toujours rose. Elle peut être sombre. Mais bien au -dessus de notre spectacle en cours. Fort pathétique.

        Alors que demain devrait un autre rêve pour chacune et chacun. Le temps de son passage. Chaque matin une nouvelle rive et territoire à explorer pour s’enrichir encore plus. .Malheureusement pas le cas. De plus en plus de nos contemporains se lèvent et se couchent les bras vides, le cœur vide, l’esprit vide ; chargés d’amertume et de frustration à l’idée de se re-vider dès le lendemain. Des individus et des groupes -apparemment fort bien intégrés à la machine les broyant- qui s’agitent sans but. A quoi bon ? Pourquoi continuer ? Ils sont nombreux. Beaucoup plus qu’on le croit. Même parmi celles et ceux ayant un emploi du temps. Tenus debout par la mécanique bien rodée d’un agenda. Sans elle, c’est l’effondrement. Passagers et passagères d’un néant climatisé.

          Ce « vide de soi » dès le réveil peut toucher n’importe qui. Capable d’aspirer aussi les plus forts et protégés depuis des générations. Fragilité du haut en bas de l’échelle, tous sur le même manège tournant à vide. Le corps porteur de cette sensation mortifère que même le voyage d’une journée est inutile. Rien ne va et rien n’ira. Le monde tout entier aimanté par un mur que notre connerie consolide. Personne n’en réchappera. Chaque jour se rapprochant de cette échéance. Inéluctable. Pourquoi s’entêter à espérer alors que tout est écrit ? Le pire déjà paraphée au bas de chaque page de notre siècle. Avec bientôt une dernière signature nucléaire ou catastrophe naturelle à la dernière page de l’humanité ?

           La peur déjà présente à chaque page . Toute personne, croisée hors de son cercle, devenant suspecte. Un homme en sombre marchant dans un sous-bois. Cet ado en tenue de foot avec un air hagard. Les yeux d’un homme dans sa voiture garée. Une vieille femme qui semble marcher pour fuir. Peur d’avoir peur ? Peur de faire peur ? Peur d’être emporté dans une histoire nous dépassant ? Peur de ne plus savoir pourquoi nous avons peur ? Des questions qui se posent depuis la nuit des temps.

          Avec plus d’intensité en notre ère de surinformation ? Sans doute à cause de la vitesse de propagation de la morosité. Celle qui, peu à peu, éteint la vie dans les corps. Stérilise le désir. Une stérilisation planétaire. Avec un ingrédient nécessaire pour stériliser le plus possible de désirs – des milliards d’individus- qui est l’inquiétude de l’autre. Très efficace. Dès que l’autre est devenu une inquiétude, plus de désir de rencontre d’un semblable unique et inconnu. Place au recroquevillement sur soi, derrière ses volets clos, où dans sa famille ou communauté de toute sorte. Avec les obscurantismes que ça génère inévitablement. Nombre de nuits ont noyé de sang et de haine l’histoire de notre humanité. Suffit de regard dans le rétro. Et nos écrans du jour. L’obscurcisation des êtres et des idées désormais aussi rapide que la vitesse de la lumière ?

               Certains individus échappent à cette attraction du vide et du néant climatisé. Les plus naïfs ? Les moins lucides ? Sans doute un mélange des deux. Et d’autres éléments. Chapeau bas pour leur combat. Malgré la noirceur et médiocrité de l’époque, des individus, parfois des groupes, ont renoncé à renoncer. Prêts à toujours chercher l’interrupteur. Même dans la pire des obscurités. Certes, ils avancent à tâtons. Avec souvent des chutes. Mais ils ne restent pas immobiles en attendant la rencontre du mur. Se projetant plus loin que le brouillard sombre et morose entourant notre jeune siècle. Les pionniers et pionnières d’un monde nouveau ? Peut-être juste des vivants d’un présent perfectible.

         Avec rêve chargé à bloc.

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