Rentrez chez vous !

On veut pas de cette famille. Personne les a obligés à venir chez nous. Ils ont qu’a retourner chez eux. Je suis pas tout seul à le penser. Ma grande sœur dit que je suis raciste. N’importe quoi. Elle sort toujours des grands mots. Je veux juste que cette famille dégage. On veut rester entre nous. Qu'ils se barrent. Et vite. Y sont pas comme nous.

 

          On veut pas de cette famille. Personne les a obligés à venir s’installer chez nous. Y ont qu’a retourner chez eux. Faire leurs bagages et repartir de là où ils sont venus. Sûr qu'y vont pas nous manquer. Je suis pas tout seul à le penser. Ma grande sœur me dit que je suis qu'un raciste. N’importe quoi. Elle sort toujours plein de  grands mots pour se la péter. Alors que c’est super simple. Faut que cette famille dégage d'ici. On veut juste rester entre nous. C’est pourtant super clair. On veut plus les voir ici. Qu'ils se barrent. Et vite. On est chez nous.

      Je le vois bien de mes yeux. On est pas pareils. Rien à voir. Suffit de les regarder vivre. On a pas les mêmes coutumes. Y parle pas comme nous. Mêmes leurs gestes. On y peut rien. C’est comme ça. Tout le monde peut pas être pareil. Y ont qu’à retourner avec ceux qui leur ressemblent. Au lieu de venir nous emmerder chez nous. Avec leurs manières et tout ça. Je peux pas les saquer ces nouveaux.

      En plus, y ont tout. Encore des pistonnés par la mairie. Nous on est là depuis longtemps et on a pas grand-chose. Eux y débarquent et tout de suite un pavillon. Mes vieux y bossent comme des nazes et on a que dalle. Normal que ça foute les boules. Je suis pas raciste comme dit ma sœur. Elle se trompe complètement. C’est juste la vérité que je dis. Pas un mensonge. C’est ce que je vois avec mes yeux tous les jours. Ces gens sont pas comme nous. On peut pas vivre ensemble.

     Ma sœur parle avec eux. Je comprends pas ce qu’elle leur trouve. Y sont en train de jouer les gentils pour l’embrouiller. Et elle la naïve se fait entuber grave de grave. J’arrive pas à lui expliquer. Tolérance, accueil, intégration… Elle me sort en boucle plein de mots pour les défendre. Ces pros lui bouffent la tête avec tous ces trucs. Y vivent même pas ici et y veulent nous dire comment on doit faire. Moi je m’en bas les couilles de tous ces mots. Je veux juste qu’ils dégagent. Ma sœur et moi on arrête pas de se prendre la tête à cause d’eux. Vivement que cette putain de famille se casse. Qu’on se retrouve comme avant. Entre nous.

    Moi pas un mot, ni un geste quand je les croise. Quand y me disent bonjour je regarde ailleurs. Moi y m’auront pas comme la sœur. Un jour, elle dira que j’ai raison. Que ces gens sont dangereux pour nous. Peut-être que ce sera trop tard. Comme dit un ancien, tu leur tends la main et y te prenne le bras. Moi c’est le poing direct qu’y vont prendre dans la gueule. Je vais pas me laisser entuber. C’est comme pour les clebs, faut montrer que t’as pas peur. Et que c’est toi le plus fort.

     Y-a pas que ma sœur qui les aime bien. Quelques autres se sont mis aussi à les défendre. Y se rendent pas compte. On va tous se faire niquer à cause de leurs conneries de gentillesse et tout. Y sont pas beaucoup pour l’instant. Que deux ou trois familles. Mais, si on laisse faire, y vont tous débarquer. Et nous on sera plus chez nous. Y vont finir par nous envahir. J’arrête pas de leur répéter comment ça sera si on bouge pas notre cul. Mais y entendent rien. On dirait des aveugles. Pourtant faut pas avoir fait de grandes écoles. C’est nous qui allons devenir étranger chez nous.

     Mais nous on a décidé de bouger. Puisque personne fait rien du tout. On va leur montrer qui on est. C’est prévu c’te nuit. Quand ils dormirons. On va y aller par le square. La porte est fermée mais facile de passer par dessus les grilles. Y donne juste leur jardin. J’ai déjà repéré comment on va faire. Ouvrir la fenêtre de la cave et balancer le cocktail. J’ai appris à les faire sur le web. Avec tous les bouquins et les journaux de la cave ça va cramer très vite. Avant on va quand même taguer leurs murs. Pour qu’y sachent pourquoi on veut les dégager.

     Dégagez sales blancs !

 

  NB: Une fiction inspirée de plusieurs conversations avec des amis qui se sont fait traiter de blancs racistes. Alors qu'il n'y a pas plus antiracistes qu'eux. Des insultes les mettant en colère et qui les déstabilisent. Se taire sous prétexte qu'un raciste est basané ? C'est contre-productif et injuste pour les victimes. La souffrance et des réflexes puants hérités du passé colonial existent indéniablement dans ce pays. Comme encore trop d'exclusion sociale et de ghettoïsation. Elles continuent de faire de gros dégâts. Il faut combattre ces discriminations. Mais pas au prix de la culpabilité rétroactive et aveugle, notamment de certains intellectuels et artistes, par ailleurs très intéressants. Au pays des aveugles, la fille du borgne est reine. Quelles que soit sa couleur de peau et ses origines, un raciste, antisémite, sexiste, homophobe, etc, est à combattre. Ou essayer de le convaincre de son impasse, s’il reste ouvert au débat. Et que vous avez beaucoup de temps et d’énergie. Sans doute plus facile d’écrire ce genre de texte quand on se prénomme Mouloud. Sans être taxé de raciste. Ne risquant que l'anathème classique d'idiot utile des dominants racisants. Si ça peut-être utile...

 

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