Steak bleu ou jaune ?

Cinq cents people et scientifiques proposent un « lundi vert » sans viande ni poisson. Tandis que des milliers de gilets jaunes manifestent chaque samedi pour défendre leur bifteck. Certains veulent moins de viande dans leur assiette. D’autres rêvent d’en avoir plus souvent. Et de meilleure qualité que celle bas de gamme. Une bonne côte de bœuf républicaine ?

         

La Viande - Brigitte Fontaine © WeedSusu

             Cinq cents people et scientifiques proposent un « lundi vert » sans viande ni poisson. Tandis que des milliers de gilets jaunes manifestent chaque samedi pour défendre leur bifteck. Certains veulent moins de viande dans leur assiette. D’autres rêvent d’en avoir plus souvent. Et de meilleure qualité que celle bas de gamme. Une bonne côte de bœuf républicaine ?

   Comme apprécie peut-être le boxeur dont le combat de gladiateur a fait le buzz. Son acte ne laisse pas indifférent. Autant chez ses détracteurs que parmi ceux le défendant. Jusqu’à lancer une collecte. En apprenant qu’il était boxeur, j’ai pensé à «Un steak», de Jack London. Une courte nouvelle très forte. Un boxeur, plus très jeune, qui n’a même plus de quoi s’acheter un steak pour montrer sur le ring avec le ventre plein. Deux mondes pas dans la même assiette ?

    Jack London aurait-il endossé un gilet jaune ? Et Albert Camus, Émile Zola, Jean-Paul Sartre, Victor Hugo…. Question bien sûr sans réponse des interessés. Néanmoins nous pouvons interroger les artistes et intellectuels contemporains. Quelques-uns sont solidaires de cette montée de colère. Avec bien souvent des bémols légitimes sur plusieurs revendications des gilets jaunes. Notamment sur l’accueil des migrants. Souvent aussi pauvres que les locataires actuels de ronds-ponts. Et anciens porteurs de gilets de sauvetage.

    Quelles analogies entre le gilet jaune et le maillot bleu de l’équipe de France ? La victoire de 2018 a rassemblé autant de gens différents que dans les filés en ce moment. Un brassage d’individus de tous horizons. Brandissant les mêmes drapeaux tricolores quand la coupe du Monde a traversé au pas de charge les Champs Élysées. Sans oublier la casse en amont des festivités de la célébration de la deuxième étoile. Comme les centaines de voitures brûlées la nuit de la St Sylvestre. Rares les grands mouvements de foule sans débordements.

    Aujourd’hui, les mêmes ayant fêté la coupe du monde ou salué le départ de Johnny, reviennent sur la célèbre avenue. Cette fois pas pour applaudir des milliardaires sur crampons ou pleurer de chaudes larmes sur un chanteur exilé fiscal. Au contraire. Ils rêvent de «Ça ira» et de nouvelles Bastille à prendre. Le fameux sang impur de la Marseillaise. Une jacquerie sans suite ? Manipulation d’extrême-droite ? Attention aux raccourcis. Et aux ronds points de France et de colère.

    Lundi sans viande ni poisson pour certains. Samedi jaune au menu des sans dents. Même semaine, pas les mêmes préoccupations. Quel avenir pour ce pays ? Marianne éborgnée par un tir de flash-ball ou héroïne d’une nouvelle répartition des richesses ? Très difficile de prévoir. Même les éléments de langage et algorithmes semblent paumés. Brouillard sur tout le pays.

    Quelle cuisson  pour 2019 ?

 

     

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