Corps de ballet

La question se rapprochait. Je ne cessais de gigoter sur mon siège. Comment allaient-ils réagir à l'annonce de sa profession. À mon tour de répondre. Une grappe de regards sur moi. J’ai grimacé un sourire et me suis redressé. « Moi… Mon père travaille au Corps de ballet de la ville de Paris. » Bouffé par la honte du métier paternel.

 

 © Gilles Delbos © Gilles Delbos

        

                                                 Pour la famille B de «La Renardière»et du « Boulevard de la Boissière»
       

             La question se rapprochait. Plus que deux personnes entre elle et ma réponse. Ou mon silence. Mes mains étaient moites, ma gorge nouée. Me lever et me tirer ? Je ne cessais de gigoter sur mon siège. Sans réussir à m’en décoller. « Ma mère est chercheuse dans un labo de chimie. Et mon père ingénieur.». Une grappe de regards sur moi. J’ai grimacé un sourire et me suis redressé. « Moi… Mon père travaille au corps de ballets de la ville de Paris. » Je me raclais la gorge. « Et ma mère est... Prof de Français ». Premier repas entre première année de l’école de cinéma. La question de la profession des parents s’était soudain invitée à table. Par Juliette qui, au fil du temps, s’avérera être la leader du groupe. Toujours à vouloir tout savoir sur tout le monde et tout diriger. Avec le recul, je me rends compte que nos rôles - à venir - quasiment distribués dès le début de l’année. Guère un hasard si Juliette est devenue productrice. Mon voisin semblait gêné. Il bredouilla une phrase incompréhensible. Juliette lui demanda de répéter. « Mon père est artiste-peintre. Mais il a… C’est pas simple pour lui en ce moment. Ma mère est graphiste.». La question continua son chemin. Excepté une fille de plombier et de secrétaire de mairie, la majorité des professions parentales tournaient autour des métiers artistiques, de la pub, et professions libérales comme médecin ou avocat. « Moi, je ne veux répondre à cette question. ». C’était Inès ; la seule a refusé de décliner la profession de ses parents. Juliette insista. « J’ai dit non. Point barre.». Pourquoi ne pas avoir réagi comme Inès ? Au lieu de débuter les relations avec le groupe par un mensonge. Ce n’est pas si grave, relativisais-je très vite. Tous autour de la table oublieraient très vite. Chacun happé par l’agenda chargé de l’école et le reste du quotidien. Sans se douter ce que mon mensonge allait générer. Notamment toute la construction à devoir créer autour. Jamais mes copains et copines, ni les profs, n’auraient pu imaginer un instant mon père courir le matin après un camion-benne et l’après-midi balayer les trottoirs de la ville de Paris. Faut assumer ton baratin, me dis-je. Désormais fils de danseur. La soirée continua.      

        Et moi replongé dans la cuisine d’un petit appartement. J’étais assis. Concentré sur des papiers à rendre au lycée. Les informations habituelles pour l’administration. Je rentrais en seconde. Très heureux de quitter le collège où je m’emmerdais. Envie de croiser un autre monde que celui côtoyé depuis la maternelle.« Pas facile pour toi Fils de… Éboueur c’est pas très sexy à la case profession du père.». Son visage encore froissé de la sieste. N’importe quoi.» Il alluma une clope et s’adossa au buffet. Je continuais de remplir la paperasse. « Tu crois que je te vois pas avec tes potes.». Il toussa. « Quand tu me vois passer le balai ou vider les poubelles dans les rues, tu fais semblant de pas me voir ou carrément, tu te débrouilles pour faire demi-tour et les retrouver après. Dis-pas le contraire, fils. ». J’ai serré le stylo entre mes mains. Persuadé qu’il ne m’avait pas vu l’éviter. « Je comprends ta honte. Moi-même, j’ai parfois du mal à le dire ce que je fais. Mais c’est fini, tu auras plus honte. Je suis plus cantonnier dans notre ville. Le type que je remplaçais est revenu. J’ai été pris à Paris. Pour le même taf qu’ici. ». Il a ouvert la fenêtre et rallumé une clope. Les cris des gosses dans le square ponctuaient notre silence. J’ai levé la tête. Il s’était accoudé à la fenêtre. « Fils… Tu pourras toujours dire que ton vieux bosse au Corps de ballet de la ville de Paris. Ça fera plus classe pour les copains et les copines du lycée. ». J’ai fermé mon cahier. Ses épaules tremblotaient. Chialait-il ? Je ne l’ai jamais su. Sorti en colère de la cuisine.

         Nous vivions à cinq en coloc. Tous des élèves de l’école. Deux avaient leurs parents sur Paris. Les trois autres rejoignaient leur famille pour le week-end et les vacances. « Mes parents habitent à côté de Tours. Dans un lieu-dit paumé en bord de Loire. Mon père y a sa compagnie de danse. ». C’était un des ricochets de mon premier mensonge. J’avais trouvé un nom de village proche du hameau inventé, appris sa page Wikipedia, prenant des nouvelles du coin sur le journal régional… Au courant même des horaires de train à la gare. Impossible donc d’être pris en faute. Comme sur le corps de ballet de la ville de Paris et de la danse en général. Mon village était en réalité une ville de banlieue, à dix-neuf stations de notre coloc. Je partais chaque vendredi soir pour rejoindre l’appartement familial. Surtout pour bosser deux jours avec le frangin sur le marché. Il était vendeur de fruits et légumes. J’étais aussi derrière l’étal durant les vacances scolaires. « C’est pas grand-chose. Ça te fera un peu de fric le frangin. En plus, tu repars toujours avec de bons fruits et légumes. Me dis pas merci. On va pas se la raconter entre nous. On se reprend une mousse. ». Le seul de ma famille avec qui j’avais une vraie complicité. « Les vieux pensent que tu fais un truc pour devenir ingénieur. J’ai essayé de leur expliquer. Ils veulent rien entendre. Mais ça leur fait super plaisir que tu deviennes ingénieur.». Nous avions éclaté de rire. « Le frangin, je voulais te dire...Non, rien. ». Il avait froncé les sourcils.

   J'ai dû lui tirer les vers du nez. « Culpabilise pas parce que… On a que ton téléphone, pas ton adresse. T’as peut-être raison de couper avec nous. Peut être des toxiques pour toi et tes rêves de l’autre côté à Paname. Besoin de couper avec la famille et tes anciens potes du quartier. Même si on est pas des méchants. Juste parfois un peu trop lourdingues... En tout cas, pas pareil que tes nouvelles connaissances. Je sais bien que tu nous en veux pas, le frangin. Si t’as besoin de nous balancer pour t’élever, fais-le. Peut-être que j’aurais fait la même chose que toi. ». Sa main verrouilla mon épaule. « Si t’as pas de thune un jour pour payer ton loyer, tu m’appelles. Me fous pas la honte auprès de gens que je connais pas. Si j’apprends que t’as un loyer de retard… Tu la vois celle-là ? ». Je la voyais et connaissais. Même de très près quand j’ai fait des conneries. Surtout quand il est venu me chercher au poste. « Serré pour un blouson à 20 balles. Un truc de p’tite frappe ça. Quitte à voler, braque une banque ou devient ministre. Un blouson...Y a plein d’autres choses à faire que voler avec un calibre ou de grandes études.Tu fais chier, le frangin. Joue pas au con, t’en es pas un. Toi, t’as une putain de tronche. Profites-en. Et fait quelque chose de bien. Pour toi et les autres. ». Le frangin n’avait jamais autant fait de phrases. Quelques jours après, il m’attendait à la sortie du collège. Assis sur le coffre de sa bagnole. « Je vais te le payer.». Il s’est assis au volant. Je me suis installé à côte de lui. Il a démarré. « Rembourse-moi ce blouson en te servant de ta tronche.». Une main toujours présente. Neuf piges de plus que moi et une tête de gros bébé. Une ombre protectrice d’un mètre quatre-vingt-treize. Ma protection même à distance.

     Deux ans après mon intégration à l’école, j’étais assis face à Inès. Dans la salle d’un bistrot. On se voyait souvent. Ma meilleure copine de l’école. Tous les autres étaient persuadés que nous étions ensemble. Juste trois nuits pour se rendre compte que l’amitié nous allait mieux. « Quel abruti ce mec qui jette sa cannette. Et juste à quelques mètres de lui.». La femme à côté de nous sur la banquette était agacée. Je me suis retourné. Qu’est-ce qu’il foutait là ? Pas son secteur. J’évitais de passer dans les arrondissements où il travaillait. Pouvait-il me voir ? Trop éloigné. Même croyance qu’au collège d’être invisible aux yeux de mon père ? Il avait allumé une clope. Le frangin et moi savions qu’il fumait en cachette. Ça puait le tabac dans les chiottes. Ma mère s’en doutait aussi. Accroché à ses clopes malgré le nuage sombre sur la radio et les engueulades de son médecin. Il fumait avec les yeux dans le vague. La main droite sur son chariot de nettoyage. Et s’il me voyait ? Je me suis soudain retourné. « Qu’est-ce que tu as ? ». Inès me dévisageait. Mon visage avait dû me trahir. « Rien. Juste un peu crevé. On a un peu tisé cette nuit avec les colocs.». J’ai commandé un café. « Inès, comment tu décrirais l’éboueur derrière moi pour une fiche personnage.». Un de nos profs d’écriture nous avait conseillé ce travail au fil de la rue et des transports en commun. Fallait répondre très vite et le plus brièvement possible. Elle a plissé le front.

        La serveuse a posé la tasse fumante sur la table. « Ben, je sais pas… Blond, cheveux longs frisés, la cinquantaine, une boucle d’oreille. ». J’ai bu une gorgée. « Va plus loin. On en sait pas assez.». Nouveau plissement de front. Elle s’est levée pour sortir. Je ne me suis pas retourné. Sans doute allée le voir de plus près. Elle est revenue s’asseoir. « Je lui ai demandé du feu. Comme dit Céline, c’est un Français typé gilet jauné. Ringard et...». Je l’ai interrompu avec un regard glacial. « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? ». Elle a poussé un soupir. « Je ne sais pas, moi… Le beauf bien de chez nous. Mon oncle les appelle aussi les Bidochons. Ce mec c’est tout à faire le genre à voter RN, avoir un 4X4, bouffer au Macdo... ». J’ai baissé les yeux. Pour qu’elle ne croise pas la violence dans mon regard. Une brusque envie de la claquer. Gifler à travers elle tout un milieu. Celui où je rêvais de rentrer. « Pourquoi t’as mis du temps à dire que ton père était général de gendarmerie et ta mère procureure ? ». Elle a tiqué. Très surprise par ma question. Je ne lui en avais jamais parlé.« Ben… La honte. C'était ça. J’avais honte. Pas le genre de métier très sexy. Encore plus mal vu dans notre milieu du cinoche et des arts. Pour ça que je en voulais pas le dire.». J’ai fixé le fond de ma tasse. « Tu te souviens du métier de mes parents ? ». La femme agacée s’est levée. Je lui ai souri. Un sourire de remerciement. « Bien sûr que je m’en souviens. Pas tout le monde qui a un père danseur et chorégraphe. Je t'ai même envié. C’est sûr que j’aurais bien échangé avec mes parents. Ils comprennent rien à rien de ce que je fais ici. Mon père voulait que je fasse une école de commerce. Et ma mère une intégration à Sciences Po. Que ma Mamie qui me comprend. C’est elle qui a fait ma culture ciné. ». J’ai relevé la tête. « Ma mère n’est pas prof de Français.». J’ai pointé mon pouce droit au-dessus de mon épaule. « Et mon père, c’est le beauf qui t’a filé du feu.». Elle a grimacé.« Désolé mais… Je ne pouvais pas me douter que c’était ton père. ». J’ai haussé les épaules. « Peu importe que ce soit père. Tu aurais réagi avec ce même regard avec quelqu’un comme lui. Parce qu'il n'est pas comme toi. Différent de nous tous profs et élèves de cet école. Pour moi, c’est une forme de mépris.». Elle a secoué la tête. Mécontente. «Tu te plantes. Moquerie peut-être. Mais pas de mépris du tout. Je me fous aussi de mon milieu d'origine. Et à commencer par mes parents. Surtout de  ma sœur aînée qui est archétype de la p'tite bourge sans rien dans le crâne. C'est juste une photocopie de ma mère.». Nous avons parlé des heures.

         Dévoiler la vérité aux autres ? Inès m’a posé la question.« Non. Ce sert à rien. On s’en fout de tout ça au bout de trois ans. » Elle a hoché la tête. « T’as raison. C'était une connerie de Juliette. ». Elle souri. « Beau gosse ton père. Dommage cette moustache… ». Mon Smartphone a vibré. Encore un texto du secrétariat pour rappeler la date limite de rendus nos travaux de fond d’année. C’était la séance de clôture de notre cursus ou chaque élève montrait sa réalisation. Moment crucial, car la salle sera truffée de journalistes, de réalisateurs, de producteurs, et une partie du gratin du milieu du cinéma. « Inès, tu parlais de la honte de tes parents. J’ai… Je me suis imaginé quand tu étais collégienne. Toi et moi, on est pas du même monde, mais la même honte de nos parents. Même si c’était pour des raisons différentes. Je ne vais pas épiloguer sur le volet social… Bien que je pense que la honte de classe est plus difficile à rendre visible. Comme la violence invisible aux femmes. Comment porter plainte contre un regard ou un soupir méprisant ? Celui de celle ou celui qui te regarde de haut parce que tu ne viens pas du même milieu. Pas né dans la bonne peau sociale. Pareil pour un regard dégradant posé sur une femme. Le truc vraiment crade qui salit. Je ne parle pas d’un regard élégant et discret. Mais des yeux ne voyant qu’un tas de viande à baiser. Bon… Pas le sujet. Je...». Je me suis frotté la joue. « En fait, je voudrais bosser sur la honte. ». Elle a esquissé un sourire. « Vachement dur à montrer. Surtout dans un court. ». J’ai cherché mes mots. « Moi, j’ai baratiné et toi t’as refusé de dire la profession de tes parents. Ça te dirait qu’on fasse notre court ensemble. Mêler nos deux hontes dans une fiction. Mais faut vite se décider pour le synopsis. ». Elle a ouvert des yeux ronds. J’ai regretté aussitôt ma proposition. « Tu dis ça à cause de corps de ballet et corps des officiers de gendarmerie ?». Elle s’est gratté la tête. « D’accord. Mais on met un général de l’armée de l’air.». Éclats de rire. « Mon père est toujours là.». Elle est allée regarder à la vitrine. « Non.». Nous sommes sortis. J’ai roulé un pétard. Nous avons marché en silence le long de la Seine. Je me sentais libéré. Inguérissable, mais avec un poids en moins. Celui du silence. Inguérissable mais pas muet. Architecte de ma parole. « T’exagères ! Surtout après ce que tu viens de me raconter.». J’avais balancé mon mégot sur le trottoir.

         Trois mois plus tard dans un square. Mon frangin leva les yeux de ma tablette. « Qu’est-ce que t’es con d’avoir fait ce film !». J’ai blêmi. « Pourquoi ? ». Il m’a rendu ma tablette et s’est levé. « Attends-moi.». Il a gagné à grands pas les chiottes. Premier de la famille à l’avoir vu. Il avait eu un gros succès. Un producteur enthousiaste m’avait laissé sa carte pour le développer en long-métrage. «Ne monte pas trop vite, mon gars. Deux choses qui ont du mal à être tenues par certains dans notre milieu. Les mains. Les mains baladeuses des gros bourrins. Tu me comprends. Et la parole. J’ai bossé dans un tas de boulots sans lien avec le cinoche. De barman à vendeurs de bagnole, jusqu’à à banquier. Je peux te dire que le milieu ou la parole donnée est la moins bien tenue, c’est celui de la culture. Les gens ne te jettent pas, ils ne te répondent plus et t’ignorent. Effacé par le silence et mépris. Même pas digne d'un refus. Bon, j’arrête de jouer au rabat-joie. Fonce ! T’as des choses à dire, mon gars. Mais rappelle-toi : montrer sans démontrer.». Jamais la moindre félicitation de mon prof de réalisation avant la projection de mon boulot dans son bureau. Le frangin s’est rassis. « T’es vraiment con ! Pourquoi tu me fais chialer comme un gosse ?». Puis il m’a étouffé entre ses bras. « Super ! ». Il a fini par me libérer. « Un p’tit remerciement pour « Fruits et Légumes Legendre» m’aurait amplement suffi. C’est vrai que je l’ai un peu subventionné ton film, mais… Là, c’est la totale. Raconter ton histoire en partant du marché. Vu des fruits et légume. ». J’ai poussé un soupir de soulagement. « Ce film reste entre nous.». Il a froncé les sourcils. « Tu déconnes ou quoi ? Faut pas que t’es honte, le frangin. Ta honte, elle est dans le film maintenant. Plus la tienne. Ni la mienne et celle des gens comme nous. C’est fini la honte. Tu dois le montrer ton film à la mère et à tous les potes du quartier. Moi, je peux te dire qu’il va tourner ce film  au marché. Mais priorité à ...». Il a pointé l’index sur l’immeuble face au banc. « D’abord à lui. ». J’ai secoué la tête. « Non. Pas le père. ». Il m’a pris la tablette des mains. « Fais pas chier le frangin ! ». Il a gagné l’entrée. Je suis resté assis. Me tirer et les laisser tous les deux ?

      Une chouette en plein jour. Il avait essayé de m’apprendre. Ma chouette restée aphone entre mes doigts. Il me faisait des signes de la fenêtre. Une invitation à les rejoindre. Je me suis levé. Des gitans étaient installés à la cafétéria de l’hôpital. Parmi eux un copain de collège. Son père et le mien jouaient au tiercé ensemble. J’ai frappé à la porte de la chambre. Que ses bras et son visage. Le reste perdu sous les draps. La machinerie autour de lui me faisait étrangement penser à celle d’un tournage. Celui de la dernière scène de son histoire. « Ça va, fils ? ». Je l’ai embrassé sur la joue. Toujours rasé de près. Et le même après rasage. « Le toubib m’a dit que c’est une question d’une semaine ou deux. Pas te faire un dessin le frangin. Rappelle-moi.». Son texto pendant la projection du film à l’école. Mon père a grimacé un sourire. « Tu vois, le fils. C’est… Ma dernière danse à cinquante-sept balais.». Sa main s’est entrouverte. J’ai glissé la mienne dedans. Il a essayé de refermer ses doigts. En vain. « Je l’ai vu ton film. Tu parles de nous. C’est bien, c’est pas long. Pourquoi l'acteur qui joue mon rôle a pas ... ». Une quinte de toux le secoue. « Je reviens.». Le frangin est sorti de la chambre. « Fais-moi une clope.». J’ai haussé les épaules. « Joue pas à ta mère ou au toubib. Mets-y un peu d'herbe. ». Il fait une pause entre chaque mot pour respirer. J'ai confectionné son pétard. Il n’a pas réussi à soulever ses bras. Je lui ai glissé la clope entre les lèvres. Il a aussitôt commencé à téter. Ses paupières fermées.

   « T’as eu honte de ma moustache? »

NB: Cette fiction est inspirée d’une anecdote racontée par un copain ( mon plus vieux pote d’enfance ) dont le père était éboueur à la ville de Paris. La famille B était très proche de la mienne. Pas uniquement à cause de la proximité spatiale et sociale. Les bouquins, la musique, le cinéma, la peinture, le foot, les virées dans les bars… « Et y fait quoi ton père comme boulot ? ». Le fils aîné de la famille disait que son père travaillait au corps de balais de la ville de Paris.». Sa façon de chialer sans déranger les larmes ? Seul, lui le sait. Quoi qu'il en soit ; avec ballet ou balais, la danse du monde continue.

 

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