Sauvages

C'est toujours les mêmes. Une bande de jeune sauvages qui ont débarqué d’un seul coup. Personne ne s’y attendait. Nous étions tous là pour faire la fête. Des sauvages qui sont arrivés en plusieurs bandes. Ils ont commencé par détruire des vitrines des commerces. La fête avait soudain basculé. Ces jeunes vont finir par détruire le pays.

    

        «Les jeunes d'aujourd'hui aiment le luxe, méprisent l'autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu'un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. Ils contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent à table d'engloutir des desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres. Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l'autorité et n'ont aucun respect pour l'âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans.»
           Socrate, 470-399 av. J.C

 

          C'est toujours les mêmes. Des années qu'on les subit dans les rues. Une bande de sauvages qui ont débarqué d’un seul coup. Ils sont sortis d'un coup du métro. Personne ne s’y attendait. Nous étions tous là pour faire la fête. Pas pour assister à une telle violence. Des sauvages qui ont débarqué en plusieurs bandes. Ils ont commencé par détruire des vitrines des commerces. Puis ils se sont mis à cogner les gens. Un véritable déchaînement de violence s’est abattu. La fête avait soudain basculé. Nous avons dû nous planquer sous un porche.

        Ne pas faire d’amalgame. C’est ce qu’on m’a dit dès que je me suis mis en colère contre ces jeunes. Soi-disant que j'exagérais. Mais c'était pas du baratin ce que je disais. Suffisait de voir ceux qui étaient venus détruire un si beau moment. Pourquoi mentir et se voiler la face ? Faut appeler un chat un chat. Même au risque d’être détesté.Tant pis mais je préfère être franc. Ce jour-là, que ça plaise où pas ; nos agresseurs étaient bien identifiables. Des jeunes tous vêtus de la même manière des pieds à la tête. Repérables à des kilomètres à la ronde. Venus uniquement pour casser et agresser ceux qui ouvraient leurs gueules. Je les ai vus de mes yeux. Nous étions  planqués à quelques mètres de ces sauvages. Rarement vu un tel déchaînement de violence.

        Ma compagne était morte de trouille. Je ne savais plus quoi faire. Impossible de traverser la place. Ses voyous occupaient tout l’espace. Impossible donc d’accéder au métro. Ni de s’échapper par les petites. Nous étions condamnés à attendre l’arrivée de la police. Pendant qu’ils continuaient de détruire tout sur leur passage. De jeunes barbares dans les rues de Paris. Jamais je n’aurais cru assister à un telle poussée de haine. Des hordes de jeunes frappant sur tout ce qui bougeait. Comme si toutes leurs frustrations sortaient d’un coup. Pour se venger sur n’importe quel passant.

        Leur trouver des excuses ? Bien sûr qu’il y a des raisons. On ne se comporte pas d’une telle façon sans qu’il y ait d’explications. Bien sûr que leurs conditions de vie ne sont pas des meilleurs. Les quartiers populaires cumulent les difficultés. Mais on ne peut pas tout excuser. Se comporter comme des bêtes sauvages en pleine rue est inadmissible. Cette subite poussée de sauvagerie doit être punie. Nécessaire de reprendre en mains ces jeunes. Leur rappeler les règles de vie en société. Ils ne sont pas tout seuls dans les rues et les transports. Et qu'ils arrêtent de pleurnicher sur leurs difficultés sociales. Nombre de jeunes d’autres pays envient leurs places. Ce sauvages ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de vivre en France. Des capricieux  ne pensant qu’à consommer. S’acheter des fringues dernier cri et ne pas bosser. Vivre aux crochets de nous tous. Des parasitent qui pensent qu'à voler et casser. Ou se battre entre eux pour le contrôle de tel ou tel quartier.

       La police a débarqué. Les affrontements ont du pas mal de temps. Partout des odeurs de lacrymos. Une bagnole a brûlé au coin de la rue. Les pompiers, agressés par les jeunes, on eut du mal à y accéder. On se serait cru dans un pays en guerre. Alors qu’il n’y avait que des poignées de jeunes sauvages. Ils avaient réussi à bousiller ce qui aurait dû être un bon moment. Un grand rassemblement joyeux qui a complètement basculé à cause de la violence. Pas une violence anonyme. Ces jeunes sont identifiables. Mais je ne sais pourquoi personne n’ose les nommer. Pourtant, tout le monde sait qui c’est. Puisque chaque fois, ce sont toujours les mêmes qui foutent le bordel partout. Pourquoi alors persister à se voiler la face. Faut pas laisser faire. Ces jeunes vont finir par tout détruire dans ce pays.  

         Silence de mort dans le métro du retour. Personne n’osait parler. La violence qui avait déferlé dans les rues se lisait encore dans les regards autour de nous. Une femme sanglotait. Plusieurs visages étaient en sang. « On peut pas laisser quelques jeunes tout casser comme ça. Faut faire quelque chose. On doit se défendre contre eux. ». Un homme parlait à voix haute. Personne l’écoutait. Chacun ne pensait qu’à une chose : se retrouver le plus vite possible chez lui en sécurité. En famille ou avec des amis. Fuir loin, très loin de ces jeunes cons nourris de haine et de violence. Ce jour, j’avais des envies de meurtre. Massacrer tous ces jeunes cons qui avaient bousillé notre soirée. Qui étaient ces sauvages ?

          Les blousons noirs de la Place de la Nation.

NB : Une fiction inspirée de cet article. La violence des jeunes ne date pas d’aujourd’hui. Elle existe aussi aujourd'hui. Avec en plus le retour de l'obscurantisme. Certains disent que la violence de la jeunesse est plus importante qu’avant. D’autres pensent le contraire. Une question qui mérite plus que quelques lignes. Dans tous les cas, hier et aujourd’hui ; la jeunesse est le reflet d’une époque. L’ensauvagement ( des producteurs violeurs et harceleurs, des politiques véreux, de gros industriel pollueurs, des semeurs de confusions... )  ne trouve-t-il pas à tous les étages de notre société ? Les jeunes ne sont pas responsables de toute la boue d'une époque. Tous dans la même galère.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.