Les mâchoires de l'ombre

La nuit perd toujours. Le jour aussi. Pas tout à fait une perte, juste un effacement. N’importe quel être constitué de sa somme d’effacements. Des joyeux, d’autres douloureux. Certains artistes ressentent un peu peu plus ces fins. Des fins en boucle. Les secousses sans nom sous la poitrine. Sans doute la trouille du temps qui file à chaque respiration.

 © Marianne A © Marianne A
 

 

La nuit perd toujours.

Le jour aussi.

Pas tout à fait une perte, juste un effacement.

N’importe quel être constitué de sa somme d’effacements.

Des joyeux, d’autres douloureux.

Certains artistes ressentent un peu plus ces fins.

Des fins en boucle.

Les secousses sans nom sous la poitrine.

De quoi s’agit-il ?

Sans doute la trouille de la mort,

du temps qui file

à chaque respiration.

Trouille ordinaire héritée des premiers humains.

Comment se prémunir contre elle ?

Chacun dispose de sa méthode.

Sport,

sexe,

drogue,

pouvoir,

bio…

Lui a choisi l’alcool.

Un airbag contre l'assaut répété des fins.

Encaisser la fuite du temps.

Pas un hasard s’il a débarqué dans ce village.

Venu ici pour retrouver le goût de l’eau.

Et s’éloigner du dégoût de lui

Ici, un poète a vécu.

Le fief d’un résistant et poète

D’autres artistes sont venus le visiter dans ce pays rocailleux.

Des fantômes de bonne compagnie.

Il peut compter sur leur présence.

La force de leur souffle.

La terre, le ciel, et tout le reste, sont ses alliés.

Son pire ennemi porte son nom.

Remonter une à une les marches

à l’intérieur de sa carcasse.

Ascension de tous ses abîmes,

une remontée vers la lumière.

Le soleil brillera-t-il dans son miroir ?

Marcher et écrire.

Un pas derrière l’autre, sur la page traversée par le vent chaud.

Chemin,

pierres,

arbres,

feuilles,

écran…

Chaque élément se nourrissant des autres.

Et lui, ombre hésitante, marchant

enfin sans chercher à fuir ses ombres.

Ni aller dans une direction précise.

Juste sa fuite en s’aimant.

Marcher avec l’enfant sous sa peau.

Converser avec lui, sans un mot.

Redevenus deux vieux complices.

Prêts à comptabiliser l’éphémère,

rêver plus fort que la mort ;

la sienne et celle des autres.

Se foutre du passage du temps.

S’effacer sans perdre.

Ni gagner.

Thierry Metz, homme blessé, a penché des années.

Aimer et haïr le dernier verre,

avant le prochain.

Seul apaisement contre ses ténèbres.

Et l’irréparable.

Un jour, il a décidé d'arrêter de pencher.

Sans cesser de penser.

Ses mots sont encore là.

Lui a fini par tomber.

Les pencheurs ressentent-ils plus la gravité terrestre ?

Pas sûr mais ils sont aimantés par le fond.

Certains laissent dans leur sillage des pépites sombres,

d’autres une absence.

Il a échoué dans ce village pour se relever.

Cesser de pencher ?

Il y croit en pointillé.

Pencher est parfois un cadeau sans prix.

L’interrogation de soi et du monde ?

La beauté du déséquilibre ?

Pas de réponse, pour l’instant.

Juste continuer de pencher, sans tomber.

Ni cesser de douter.

Pencher vers l’horizon.

.

 

NB : Un poème revisité après avoir vu ce matin le clip d’un chanteur. Ses chansons ont pas mal accompagné des gosses des quartiers populaires et d'ailleurs. Triste et pathétique sont les mots qui reviennent souvent dans les commentaires sous la vidéo. La sincère tristesse de nombre de ses admirateurs. D'anar à réac ? Des questions qui se posent. Souhaitons-lui de retrouver la route de la beauté. Celle de certaines de ses chansons. Qui d'entre nous ne s'est jamais planté dans tel ou tel moment de son histoire ? Créer est en plus un chantier entre doutes et réussites passagères. On perd plus qu'on gagne. Que deviendra sa création ? Sa plume à venir nous le dira... Échouer mieux, comme écrivait l'immense Beckett.

 

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