ÉgOuts du Net ?

Qui sont tous ces cyber-egos ayant fleuri et prospéré sur le Web ? Se croyant d’un seul coup supérieur aux manants de la toile. Tous ces moins que rien virtuels. Jouant avec eux comme des chats avec des souris. Avec une cruauté sans doute alimentée par la surenchère du groupe. Jusqu’à briser leurs cibles- souvent des femmes- et les laisser sur le carreau. Et pas un carreau virtuel

    

     Qui sont tous ces cyber-egos ayant fleuri et prospéré sur le Web ?  Se croyant d’un seul coup supérieur aux manants de la toile. Tous ces moins que rien virtuels. Jouant avec eux comme des chats avec des souris. Avec une cruauté sans doute alimentée par la surenchère du groupe. Jusqu’à briser leurs cibles- souvent des femmes- et les laisser sur le carreau. Et pas un carreau virtuel. Persuadés d'être des Dieux du Net. Leur ego surdimensionné prenant toute la place sur l'écran. Comme d'aucuns avec leur bagnole sur l'autoroute. Se penser important, au-dessus du petit peuple du Web, est sans doute l’une des grosses pathologies du Net. Toujours à comptabiliser son poids en followers et pouces levés à chacune de ses interventions.

     Écran, Õ mon bel écran plasma, dis-moi si je suis le plus recommandé. Difficile d’échapper à cette comptabilité de sa position dans la hiérarchie virtuelle. Tout est fait pour mesurer sans cesse la taille de son audience. Nombre d’abonnés, nombre de notifications, nombre de visites… Même celles et ceux, peu intéressés par cette compta, ne peuvent pas ignorer totalement les chiffres affichés. Impossible d’ignorer ce fonctionnement quand on évolue sur la toile. Une course permanente où un paquet d’internautes, journalistes, blogueurs, youtubeur,  peuvent s’imaginer très vite les rois du monde.net. Et intouchables.

     Pensant être supérieur au moins followés. Car pesant plus qu’eux sur la balance du Web. Seul ou en bande pour bizuter les «naïfs du Net». Des proies faciles quand on chasse en groupe. Et disposant d’un bon carnet d’adresses. Répertoire pouvant ouvrir des portes. Et en claquer au nez à ceux ne possédant pas autant de 06 bancables que les harceleurs. Loin d’être une chasse pratiquée uniquement dans le milieu des médias et des communicants. Des meutes d’anonymes déchirent de leur crocs numériques d’autres anonymes à travers des guerres de commentaires. Le harcèlement se trouve à tous les niveaux de la toile. Et peut prendre toutes sortes de formes. De la cour de récré du collège jusqu'aux plus hautes sphères. Une forme de résilience existe-t-elle pour les harceleurs ?

    Sans doute. Encore faut-il prendre conscience de sa maladie et des dégâts qu’elle occasionne. Pour pouvoir se soigner du mieux possible et ne pas reprendre ce rôle de prédateur. Nul ne naît harceleur. Et tout un chacun peut le devenir. Sans même sans rendre compte pour certains. Le harceleur n'est pas toujours l'autre.C'était qu'un jeu, juste pour se marrer, lol... Mais pas pour le jouet harcelé jour et nuit. Parfois détruit à l'intérieur.

    Fort heureusement le harcèlement ne représente pas l’essentiel des échanges entre internautes. L’intelligence, le savoir, l’élégance, la polémique sans haine, l’humour, continuent d'alimenter les conversations sur Internet. Les harceleurs et autres pollueurs virtuels sont en réalité une minorité. Certes très présente et bruyante. Comme une grande gueule dans un bar ou le casseur d’une manif. Aspirant bien souvent toute l’attention. Et pouvant pourrir le reste des échanges.

    Gageons que ce nouvel outil, pas si vieux que ça, saura filtrer la boue sans évacuer toute l’énergie de ce formidable fleuve planétaire. La plus grande bibliothèque du monde consultable à tout heure du jour et de la nuit. Plus tout le reste. À chacun aussi de rester vigilant devant son écran. Ce n’est pas un miroir. Juste un outil ne remplaçant pas un cœur ou un cerveau. Ne pas oublier de savoir l’oublier. Pour revenir sur le plancher du monde réel.

     Et passer de temps en temps l’antivirus contre l’excès d’ego.net.

 

 

 

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