Lettre à mon prof de haine

Des années que je vous écoute. Plus d’une décennie. Je vous suis partout. À la radio, en télé, ou sur les réseaux sociaux. Dès que vous sortez un livre, je me précipite en librairie. Tout ce que vous pensez et dites m’intéresse. Je suis fasciné par votre si grande culture. En plus un des rares à désigner notre ennemi. Et appeler à la résistance. Pour libérer notre vraie France.

La soumission à l'autorité et le stress © Les Quinquas Citoyens

                                                

         

                                                                  Cher Monsieur,

           

                    Des années que je vous écoute. Sans doute plus d’une décennie. Je vous suis partout. Que ce soit à la radio, en télé, ou sur les réseaux sociaux. Dès que vous sortez un livre, je me précipite en librairie. J'ai même des dédicaces. Tout ce que vous pensez et dites m’intéresse. Je suis fasciné par votre très grande culture. Mais surtout par votre capacité à être cash. Dire tout ce que haut ce que beaucoup pense tout bas. Vous êtes un des rares à parler de nous les blancs sans rien. Ces millions de blancs qui sont dans la merde. Nous sommes beaucoup plus nombreux que les blancs riches. Pourtant les autres journalistes que vous parlent que des noirs, des arabes, des Lgbt, de féminisme… Rien d’autre en ce moment. Dans les journaux, on passe même après le réchauffement climatique. On dirait que les blancs et les blanches hétéros de couche populaire n'existent plus. Disparus des radars des médias. Vous, vous désignez franchement  notre ennemi. L'ennemi de notre peuple.Celui qui est en train de détruire toutes nos valeurs. Ce sang impur qui pollue notre République depuis bien trop longtemps. Qui est-il ? Vous n’hésitez pas à le nommer. L'étranger. Même s'il a une carte d'identité. Faut pas se faire avoir par ça. Au fond de lui ce sera d'abord un étranger.

           Que ce soit la racaille de cité ou le musulman. Tous ces Juifs et noirs qu’on voit à la télé. À croire qu’il n’y a personne d’autre capable d’animer une émission de télé. Aujourd’hui en plus, il y a les nègres et les Arabes en plus. Partout dans les médias. Avec une majorité de belles blacks et beurettes qui agitent leur décolleté pour faire diversion. Pendant que leurs frères et cousins volent, violent... Ils pillent nos quartiers populaires. Et maintenant ils veulent nous imposer leur charia en venant nous égorger ou balancer des bombes. Notre ennemi est partout. Même dans votre famille. Toujours un ou une métèque qui s’infiltre insidieusement. Jusqu’au jour où il colle ses pieds sous la table familiale. Même invasion dans le cinéma et toute la culture de notre pays. Pour le foot, c’est juste une catastrophe. On a pas de joueurs blancs dans ce pays ou quoi ? Ne pas faire d’amalgame ? Je suis d’accord. Juste tous les balancer dans le même sac à la mer. Pour pouvoir enfin respirer.

         Marcher dans la rue sans avoir peur d’être dépouillé. Ni égorgé par un de leurs fous de Dieu. Le bonheur de ne plus voir une seule mosquée ni synagogue sur le territoire. Avec la crise du logement, on pourrait en faire des logements ou des abris pour nos SDF à nous. Pas tous ces réfugiés et rom pourrissant nos squares et nos rues. Plus de lieux de culte ? Que des églises. Je crois pas en Dieu. Mais ce pays est quand même chrétien. Faut pas oublier. Les musulmans ont qu’à aller prier en musulmanie. Les Juifs en juiverie. Les Sikhs en sikerie. Enfin débarrassés de tous ces parasites. Chacun chez soi. Tous ces inutiles expulsés, on va pouvoir enfin respirer. Bien entre nous. Mon rêve ce serait que notre pays ressemble à nouveau à L'Ami Ricorée. Ma mère adorait cette pub. Une belle famille chaque matin. Avec un soleil de France.

           Grâce à vous, j’ai compris une chose essentielle. Faut surtout ne pas être dans l’empathie. C’est comme ça qu’on se fait avoir. À force de se mettre dans leur peau, chercher à comprendre leurs problèmes, on devient de plus en plus mou. Comme anesthésié. Presque même à vouloir les aider. Normal puisqu’on a empathisé en quelque sorte avec eux. Nous sommes devenus l’ennemi. Le combattre, c’est comme s’attaquer soi et ses proches. Et là, on est coincés. Faut surtout pas essayer de les comprendre ou chercher des explications. Juste les haïr. Parce qu’un ennemi ne mérite que la haine. Sans elle, on est coincés. À bavasser alors que nous sommes de plus envahis. Comme en guerre. La haine est notre seule solution. Pour gagner notre combat. Le combat des nouveaux résistants de notre pays.

     Vous êtes donc en quelque sorte mon prof de haine. Mais la théorie ne suffit pas. Certes les mots, les débats, les belles idées, c’est très bien. Important que nous ayons des penseurs comme vous pour faire avancer notre cause. Et faire en sorte qu’il y ait de plus en plus de vrais Français se rendant compte de l’urgence. Faut réagir. Rentrer en résistance. Mais ça ne se fait pas avec des discours. Il faut passer aux actes. Sur le terrain. Commencer le travail de résistance. Comme nos ancêtres l’ont fait avec l’occupant. Ce sont eux qui nous ont libérés. À nous de faire comme ces grands patriotes. Nous libérer de notre ennemi. Tous les métèques ayant envahi notre pays. Ils sont beaucoup. Mais, avec les méthodes d’aujourd’hui, on peut aller vite. Suffit de s’organiser. Puis de débuter la démétéquisation nationale. Plus de black-blanc-beur. Pas besoin d’expulser les basanés du foot. Ils sont partis d’eux-mêmes. Après avoir tout appris et pris en France. Pareil pour les métèques du cinéma qui vont en Amérique. On ne veut plus de ces traîtres sur crampons ou des métèques. Ni des millions d'autres avec la même tête qu’eux. Que du bleu-blanc rouge.

       Comment résister ? Avec mon frère et quelques amis, nous avons décidé de nous prendre en main. Occuper le terrain. Nous avons  commencé doucement. Justes des tags et quelques actions musclés. Chaque métèque croisé avait droit à sa rouste. Et je peux vous dire que nous avons quelques balèzes dans l’équipe. Puis nous avons décidé de nous attaquer aux lieux de culte. Une cible importante dans notre combat. Notre ennemi principal est l’islam. Nous avons donc concentré nos attaques contre les mosquées. Tags, têtes de cochon balancées par-dessus les murs, harcèlement sur les réseaux… Puis, peu à peu, nous avons opéré contre des synagogues. De la même façon. Suffit de changer quelques mots sur les murs. Et toujours le cochon. On fait aussi les bars à Pd et gouines. Faut pas les oublier. Sion se laisse faire, on aura bientôt une présidente gouine avec que des ministres PD. Un gouvernement que de LGBT; Mais ils ne sont pas notre priorité. D'abord les bougnoules et les nègres.

          Nous avons changé notre stratégie. Et décidé de taper plus fort.  Nous nous sommes réunis pour passer à la vitesse supérieure. Détruire leurs lieux de culte. Notamment par l’incendie. Des attaques toujours de nuit. Notre but n'est pas de tuer. Mais de crier un climat pour qu'ils se cassent tous. Et ceux qui voudront rester, on les foutra dans des trains ou des bateaux. Je préfère un retour chez eux par voie maritime. Comme ça ils croiseront leur collègues migrants. Et à nous de protéger nos côtes. Pour être entre nous sur nos belles plages de France.

      Mais hier tout a dérapé. Nous avons brûlé une mosquée. Tous persuadés qu’elle était vide. Nous avions fait des repérages pendant des semaines. Personne n’ y dormait. Mais, manque de chance, la nuit de notre opération il y avait un homme. Qu'est-ce qu'il foutait là ? J'en sais rien.  Je viens d’apprendre que ce type  est grièvement brûlé. La police a perquisitionné à notre local. Ils ont embarqué plusieurs membres du groupe. Mon frère aussi. Moi j’ai réussi à m’enfuir. Personne ne sait où je me trouve. Il faut que je quitte le territoire. Et j’aurais besoin d’aide. De l’argent notamment pour pouvoir avoir des faux papiers.  Et partir. organiser la résistance d'un autre pays. Comme nos patriotes pendant l'occupation. Mais on vous lâchera pas en France. Nous reviendrons pour libérer notre pays. Mais pour ça, il faut que je réussisse à traverser les frontières. Voilà pourquoi je me suis permis de vous écrire ce mail. Pour solliciter votre aide. Je suis sûr que vous comprendrez.


     Vous pouvez me joindre sur ce mail. Pour que nous puissions convenir d’un rendez-vous. Je peux monter à Paris.
   .

       En espérant que vous acceptiez au moins de me rencontrer...

       Bien cordialement.

     Bonne journée à vous et vos proches.


   Naf (Nouvelle Aube de France)

PS: Comme vous comprendrez, je ne peux dévoiler mon vrai nom.

 

Cinq jours plus tard
      

        Naf gare sa voiture sur le parking d’un supermarché. Ses yeux rougis par les nuits blanches. Dormant dans sa voiture pour ne pas être repéré. Son prof  a accepté de l’aider. Naf lui a donné rendez-vous dans une église. Croyant. Il essaye. Mais rien à faire. Pourtant, dans son esprit,  c'est le seul lieu qui lui paraît symboliser une valeur solide. Un pilier de la France. Au dernier moment, par ultime précaution, il a préféré changé le lieu de la rencontre. Face à un supermarché. À une heure de grande affluence. Pour passer inaperçus.

      Une demi-heure après, une voiture se gare sur le parking. C’est celle de son prof. Naf reprend son souffle et se dirige vers elle. D’un pas fébrile.

      Naf ouvre la portière et s’assoit.

_ Merci.

Son prof le dévisage sans un mot.

_ Merci de quoi ? Jamais je ne vous ai poussé à commettre vos crimes. Moi c’est juste des idées. Et du débat. Rien à avoir avec ce que vous faites. Je ne suis pas un barbare, moi. Et j'ai toujours été contre la violence. Moi, je suis un républicain. Tout doit passer par les urnes. Nous sommes en démocratie. Vous n'avez rien compris de ce que je dis. Ni mes livres. Vous ne savez pas ce que c'est que de prendre du recul.  Réfléchir avant d'agir.  Vous n'êtes pas un ado  que je sache.

   Naf est bouche bée.

_ Ben… Je… je

Son prof éclate de rire ;

_ C’est une blague. Voici l’enveloppe. Mais filez vite car je peux avoir été suivi.

    Naf prend l’enveloppe.

_ Merci. Merci beaucoup pour tout ce que vous faites. Je savais que vous me lâcheriez pas. J’ai eu raison de vous faire confiance. Et…

    Son prof l’arrête d’un geste.

_ Le combat continue. Mais partez. Pas le moment d’en parler.

       L’embrasser ? Naf en meurt d’envie. Serrer dans ses bras celui qui lui a tout appris et ouvert les yeux. Le remercier de tout ce qu’il fait pour le pays. Mais vraiment pas le moment des effusions. A cause des flics et du Covid. On se reverra quand la France sera libérée, se dit Naf. Persuadé que leur chemin se recroiseront. Avec une bouteille de Champagne pour fêter leur victoire. Quand le pays sera redevenu la Douce France d’avant l’invasion et le grand remplacement. Sûr qu’ils fêteront ça ensemble… Après leur victoire. Naf ouvre la portière et sort. L’enveloppe dans sa poche intérieure. L’air fier, il se précipite vers sa voiture. À peine sa portière ouverte, une main le plaque contre la carrosserie. Pendant qu’une autre lui passe les menottes. Des hommes avec des brassards "police" sortent de plusieurs voitures sur le parking. Certains aux visages camouflés  Le parking bouclé par les flics.

         Une dizaine d'hommes avec des masques de Ninja l’entraînent vers un fourgons aux vitres teintées. Comment vous m’avez repéré ? ». L’un des flics esquisse un sourire. « Par ta lettre. ». Il s’en veut. Pourquoi ne pas avoir opéré autrement ? En essayant d’approcher son prof d’une autre manière. « Très bien votre système d’adresse IP bidon. Un truc en Inde ou je ne sais où. Vous avez un bon hacker dans l’équipe. Mais on a pas eu besoin de casser vos codes. ». Il fixe le flic assis à côté de lui. « Je comprends pas. Vous avez fait comment pour le mail ? ». Silence dans l’habitacle. « Ton prof t’a balancé.». Il a le ventre noué. Bouffé par la colère. «  Vous essayez de me manipuler. Jamais il aurait fait ça. Lui est de notre bord. Pas un collabo comme vous et tous les politiciens de ce pays. Un jour, on vous jugera tous. Comme après la guerre de 40. On tondra les femmes qui ont couché avec des bougnoules. On sera des héros. Comme les résistants sur les Champs-Élysées. ». Le flic ricane. « Le juge t’expliquera tout ça dans les détails. Il a ta lettre. Et le courrier que nous a envoyé ton prof. Il a réagi très vite. Et accepté sans rechigner de jouer le jeu pour te serrer. Trop inquiet d'être accusé de complicité.». Naf fronce les sourcils. Vérité ou bluff pour le faire parler ? Il décide se taire. Mais sans en croire un mot.

      Le fourgon roule à très grande vitesse. Les flics ne disent pas un mot. Naf se redresse peu à peu dans son siège. La mâchoire serrée. On va le buter, rage Naf. Persuadé que la trahison de son prof ne passera pas. Et qu'il allait payer son passage à l'ennemi. «  Papa, pourquoi tu restes tout le temps comme ça devant l’écran. Sors un peu. Fais beau aujourd’hui. ». Même son fils de douze ans lui faisait la morale. « On dirait ta mère. Tu parles comme elle. Écoute pas ta salope de mère qui te bouffe le crâne. C’est une traître. ». Son fils avait fondu en larmes avant de réfugier dans les bras de sa mère. Tremblant de trouille. « T’as vu dans quel état tu l’as mis ! T’es complètement fou. Tu passes ton temps à te monter la tête. On dirait que t'as que ça à foutre. Faire l'inventaire de ce qui va mal. Au lieu de chercher un nouveau taf et... Voir ce qui va pas en toi. Pas les voisins qui sont responsables de tout ce qui t'arrive. Arrête de croire tout ce qu'on te dit à la télé. Y a pas que ton mec là à la télé. Et tu crois qu'il en quelque chose à foutre de ton sort ? T'es juste là pour augmenter son taux d'audimat et de pouces levés. Ta vie, il s'en fout. T'es vraiment un naïf.  On est là. Regarde-moi un peu, regarde ton fils.   Pour sortir de tes putains réseaux sociaux et vivre avec nous ! .J'en ai marre de répéter les mêmes choses. Va te faire soigner ou je me casse ! ». Elle a poussé un soupir puis est sorti avec leur fils. Naf s’est levé  pour calmer ses nerfs en ravageant leur appartement. Deux jours après, sa compagne et leur fils déménageaient en urgence. Pour ne plus jamais le revoir. Pourquoi cette scène remonte d’un seul coup ? Des années sans y avoir repensée. Depuis son changement de vie. Quand il a trouvé sa nouvelle famille. Des copains comprenant sa situation. Tous engagés dans le même combat. Il essaye d'évacuer la scène de son pétage de plombs. En vain.

      Le flic pianote sur son portable. « Ton prof vient de rentrer en studio. Il va t'expliquer ce que  t'as pas encore compris. Des cours de rattrapage sur ta chaîne de télé préférée. Il va bientôt parler de toi et de tes copains. Et mon p'tit doigt me dit que ce sera pas pour vous applaudir. Plutôt pour dénoncer votre geste et tous vos autres actes. Pas fou le mec. Lui il va continuer de parler tranquillement. Et très bien payé. Pourquoi il se gênerait ? On lui file un micro et des millions de gens l'écoutent.  En plus rien d’illégal. C'est son droit légitime au droit d'expression. Indéniable que c'est un mec très intelligent et fin manipulateur. Même si je suis pas d'accord avec lui. Pour moi, ce mec rajoute de l"huile sur le feu. Mais pas le seul à diviser pour mieux régner. C'est à ses téléspectateurs de se servir de leurs cerveaux pour trier les infos. Nul n'est contraint à croire béatement le dernier qui a parlé ou gueulé plus fort. Trop facile de tout coller sur le dos des écrans. Le coupable c'est toi. Et ton premier ennemi aussi. Fallait gamberger avant d'aller attaquer des gens qui ont rien à voir dans tes emmerdes. On sait bien que t'es dans une vraie merde sur plein de plans. Mais pas une raison pour faire ce que tu as fait. Faut assumer tes conneries maintenant.».  Naf  grimace un sourire.. Encore du baratin pour me manipuler, se dit-il. Déterminé à rester mutique. « Écoute la voix de ton prof.  Le flic lui colle son Smartphone devant les yeux.

       Le communiqué de presse de son prof.

  
NB : Pas une lettre-fiction, un billet d'humeur,  des mots,  qui changeront les choses.... Encore un pissage dans un violon comme on dit. En un jeune siècle où la haine et la connerie humaine ont retrouvé un boulevard.

      Vers quoi ?

                                                       

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