«Dressez l’oreille, on parle de vous»

«Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.».

       

Jean Ferrat ~ Nuit et Brouillard © ingifrance

 

                «Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.».

 

           Cette citation de Frantz Fanon est malheureusement toujours d’actualité. Si je ne me trompe pas, elle aurait été prononcée par l’un de ses enseignants. Pourquoi pas la faire lire dans les classes. Notamment dans les collèges. Sans doute que des profs l’ont déjà lue en cours ou d'autres dénonçant l'antisémitisme. De très nombreux enseignants travaillent sur ce sujet avec leurs élèves. Un sujet très important. Surtout dans ce contexte où l’antisémitisme reprend du poil de la bête immonde. Plusieurs actes récents sont venus en apporter la preuve. Dont «Juden» sur une vitrine parisienne.

      Qu’a retenu de ses cours d’histoire à l'école la main anonyme ayant laissé cette inscription ? Rien ou pas grand-chose. Sinon elle ne l’aurait pas inscrite. Cette main a un visage. Et des yeux. Ils ont accompagné chacune des lettres tracées sur la vitrine. Ce regard ne pourra pas dire qu'il n'a rien vu. La main et les yeux de l'auteur d'une inscription en écho ignoble à la Nuit de Cristal. Avec dans la vitrine le reflet d’un loup entré dans Paris.

   Aujourd’hui toutes les haines relèvent la tête. Comme si un nouveau souffle venait leur donner de l’énergie. Et légitimité. Une période extrêmement faste pour les haineux de tous bords.Les communautaristes se frottent les mains. Ils vont pouvoir resserrer leur troupe en désignant un bouc émissaire : le responsable de tous leurs maux. Haine contre haine pour mieux régner sur son territoire. Rien de nouveau. Que du réchauffé avec les mêmes recettes. Ce début de siècle n’est pas sorti de l’Auberge brune. Une auberge qui a de plus en plus de clients. Certains des habitués. Et pas uniquement en France. Partout en Europe et sur le reste de la planète. Que faire pour enrayer ce processus ? On ne peut que se répéter. Enfoncer des portes ouvertes.

    Comment combattre concrètement cette  peste brune ? Sans oublier ses clones intégristes musulmans. Et ceux moins violents mais présents dans les autres religions. Souvent les mêmes qui cumulent  homophobie, sexisme, culturophobie… Loin d’être une liste exhaustive. J’allais oublier le capitalisme sauvage -pollueur d’ozone et tueur de faune et flore- qui se nourrit de toutes ses haines pour mieux engranger. Du pain brun sur la planche des démocraties.

    À notre petit niveau, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Si ce n’est de réagir et tenter de dialoguer quand tels ou tels propos révoltants sont tenus en notre présence. Ça risque de devenir très vite un boulot à plein-temps. Suffit d’ouvrir ses oreilles dans les lieux publics. Parfois avec des copains en pleine confusion. Même les grandes intelligences peuvent déraper dans cette période si confuse. Nul n'est à l'abri. La parole se libère de plus en plus. Pour le meilleur et le pire. Et toujours pas d'algorithme contre la connerie humaine.

    Sale temps récurrent pour l'humanité.

 

         

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