À hauteur d’être

Un homme mort depuis quinze ans nous parle en direct à la radio. Sa voix, très reconnaissable, met soudain tout en suspens. Des mots, simples et profonds, qui invitent à la pensée. Mais aussi au rêve et à la poésie. Malgré la douleur, la vieillesse, la maladie, la peur de la mort de plus en plus proche, il œuvre. Continue d’être en chantier. Partageant sa poévie.

 

Je voudrais pas crever - Boris Vian © Charles Corval

       

         Un homme mort depuis quinze ans nous parle en direct  à la radio. Sa voix, très reconnaissable, met soudain tout comme en suspens. Des mots, simples et profonds, qui invitent à la pensée. Une pensée qui ouvre des horizons. Mais aussi un appel au rêve et à la poésie. Pourtant la voix d’un homme qui n’a plus que des «restes de vie ». Depuis l’assassinat de sa fille. Malgré la douleur, la vieillesse, la maladie, la peur de la mort de plus en plus proche, il œuvre. Continue d’être en chantier. Donner à écouter. Partageant sa poévie.

     Son partage attentif à l’autre. Surtout celui qui n’a pas grand-chose. Ou encore moins. Sans chercher pour autant à tacler qui que ce soit. Un être résigné ? Pas du tout. Juste une colère qui n’a pas besoin d’une carte, un drapeau, un gilet... Montrant juste d’un doigt subtil la très difficile empathie de certains de nos dirigeants. Souvent élevés dans des écoles qui apprennent plus la domination que l’altérité. Des dominants de gauche et droite qui se repassent les rênes. Guère un scoop. Mais la manière dont Jean-Louis Trintignant l’exprime a quelque chose d’inédit. Rien à vendre ou prouver. Comme dépassant les clivages politiques ou polémiques souvent égotistes des ondes et écrans plasma. Même s’il se revendique de gauche. Quelle est sa grande différence avec nos habituels bateleurs des médias ? Une façon de parler de l’autre, souffrant ou pas, comme d’un semblable. Passager de la même planète que lui. Un voyage unique de milliards individus. Et avec la même destination finale.

   Soyons utopique. Ça ne détruit personne, ni la couche d’ozone. Pourquoi ne pas diffuser cet entretien avant le conseil des ministres, dans les grandes écoles, les lycées, les collèges… Des gilets jaunes au dirigeants «hors sol» en passant par la sensualité des corps. Il a parlé de tout en une poignée de minutes. Quelques mots d’un homme à hauteur d’humanité. Ni plus haut, ni plus bas que les autres. Un condensé de vie offert aux oreilles. Laissant dans le sillage de sa parole des interrogations et du doute. Que demande de plus le peuple des auditeurs. Merci beaucoup aux ondes publiques pour ce moment de sensibilité et de profondeur. Le monde est plus friand d’intelligence et de beauté qu’on nous fait croire. Suffit de se sortir les doigts de la calculette et des algorithmes anthropophages. Un beau pari que de miser sur la beauté. Pari toujours gagnant.

    Un grand merci à l’artiste toujours sur le pont.

 

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