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Billet de blog 14 mai 2022

Le monde danse encore

Sa vieille danse fragile. Petit état des lieux de notre piste de danse en orbite. D'abord une visite par le haut de la noirceur. La couche d'ozone crache ses poumons noircis. Bientôt en réa ? Une grande partie de la planète parle d'elle. Avec une grande inquiétude, surtout de la jeunesse. Guère un hasard si nombre de jeunes ne veulent plus avoir de gosses. La trouille au ventre du monde ?

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Un vieillard danse sur de la musique de rue © Rumble Français

                    Sa vieille danse fragile. Tournant pas très bien.   Un petit état des lieux rapide de notre piste de danse. D'abord commencer par le haut de la noirceur. La couche d'ozone en pronostic vital prononcé. Pas un jour, sans qu'elle ne crache ses poumons noircis par nos fumées mortelles. Bientôt en réa avec un respirateur ? Une grande partie de la planète parle d'elle. Avec une grande inquiétude, surtout de la jeunesse. Guère un hasard si nombre de jeunes ne veulent plus avoir de gosses. Bien le droit de ne pas vouloir se reproduire ou détester ces machines à téter et se réveiller toutes les deux heures. Mais pour la majorité d'entre eux, ce n'est pas pour cette raison. Parmi les jeunes anti-reproduction de l'espèce, un certain nombre d'entre aimerait avoir des enfants. Pourquoi ne franchissent-ils pas le cap ? À cause de la trouille. Pas que le ciel leur tombe sur la tête.  Des jeunes très inquiets avec l'appréhension de finir comme des chairs à soleil de plus en plus carnivore. Brûlés dans l'enfer du réchauffement climatique. La trouille au ventre du monde ?

      Redescendons sur le plancher des vaches. Ce n'est pas mieux à ras d'humanité. À fleur de terre ou plus profond, germent les pesticides, les déchets, et toutes les autres saloperies que nous enfouissant depuis plusieurs siècles. Notre os empoisonné légué aux générations futures ; si elles résistent à tout ça. Même poison sous les mers et océans du globe. Nul besoin de consulter les horaires : la déchetterie mondiale est ouverte 24 h 00 sur 24. Et elle est gratuite. Même si quelques-uns, ici et là, écopent d'une amende. L'humanité devenue un gigantesque estomac à ciel ouvert. Consommer et décheter sur toute la surface du globe. Même horizon sombre au rez-de-chaussée de la planète.

       Sans oublier tout le reste de notre création humaine. Guerre, féminicide, racisme, antisémitisme, homophobie, sectarisme,  retour du puritanisme,  censure, autocensure, intégrisme religieux, complotisme, certitudisme... Plus de verrous, moins d'ouverture d'esprit. Rien de nouveau sous le front bas des obscurantistes religieux et autres identitaires en quête de pureté nationale. Malheureusement aussi une tendance au verrouillage parmi certains amabassadeurs de bonnes causes décortiquant tout, le moindre mot, un regard, un sourire, une vanne, un poème, un orgasme, un film, une peinture, la couleur du vélo d'un gosse qui a choisi ( le prouver ?  )  la couleur... S'érigeant en arbitres des élégances, ils perçoivent  tout uniquement à travers leur focale militante les rendant in fine sectaires. Une autre forme obsessionnelle de désir de pureté? La  liste de course au pire bien sûr non-exhaustive. Mais faisons confiance à notre imagination de mortels pour y rajouter des éléments.

       " C'est la merde partout. Avec tout ce qu'on voit aujourd'hui. Tout est foutu. Faut pas rêver. La planète va crever avec nous tous dessus." Des constats entendus en boucle. Souvent depuis son enfance. Des messages de fin du monde ou presque issus de bouches de proches ou de Cassandre 2.0. Pourtant, ça va bien. Pardon ? Oui, ça va bien. Où ça ? Certes pas dans de nombreux endroits où règne l'obscurité. Et l'horizon devenu un vague souvenir sur les ruines du présent. Faut se creuser le regard pour trouver quelques trouées de lumière dans le sombre ambiant. Difficile d'échapper à la pression du buzz du malheur.  De plus en plus rares les moments sans une invitation à toujours plus de morosité - volontairement ? - offerte entre deux pages de pub, dès le réveil. Trêve de blabla : des exemples concrets. Où ça va bien dans notre siècle.

     Là, ici, encore là. Partout en réalité quand on décide de changer la litière de ses médias préférés et des réseaux sociaux. Toujours sous notre toit. Une litière désormais mobile dans nos poches. Comment la nettoyer ? Couper le plus souvent possible la machine à infos pour balancer toute la merde accumulée jour après jour. Vidanger son cerveau, son cœur, et tout le reste de son corps de la pollution médiatique. Bien sûr, tout n'est pas à jeter. Sans les médias, le pire aurait un boulevard ; il ne serait jamais dénoncé et combattu. Mais parmi ces infos nécessaires ; combien de messages mortifères inutiles et assénés jusqu'à éteindre la moindre lumière enthousiaste, combien d'assignations à désespérer, combien d'heures de travail à la chaîne des tueurs de joie ? Guère un scoop que la morosité est une bonne chaîne pour empêcher de s'évader. Encore un énième constat. Quel remède contre cette vague étouffante ?

     D'abord respirer un grand coup. Quelques mots d'amour dans une oreille proche. Un bon verre de vin ou autre liquide dans la tiédeur du printemps. Puis vous remettez une nouvelle litière. La merde, la boue, le sang, la connerie humaine pour résumer, reviendront. Même les plus optimistes le savent. Chassez le malheur, l'homme et la femme en inventeront toujours un nouveau. Tremblement de terre, tempête, raz de marée... Pourquoi l'humanité serait-elle différente de la nature ? Guère un hasard si on parle de nature humaine. Ne pas être dans le déni de la réalité. Important de la regarder en face pour tenter de la bonifier. Sans pour autant rester englué dans le néant. Un chantier au quotidien.

     Qu'est-ce qui m'a fait sourire ou rêver aujourd'hui ? Quel geste m'a redonné confiance en l'humanité ? Qu'est-ce qui m'a élevé au-dessus de mes certitudes ? Quel souffle nouveau à rajouter sous ma poitrine ? Peut-être les questions à se poser avant de se coucher. Fouiller sa mémoire proche à la recherche de la beauté du jour. Ne pas la trouver. Chercher plus. Impossible qu'elle ne soit pas présente. Ne seraient-ce que quelques miettes éparpillées à travers les heures vécues ? Sans doute plus difficile, voire impossible de trouver ce bel instant, sous les bombes ou bouffé par une maladie. Chercher la beauté ne s'impose pas. En tout cas, pour celles et ceux qui en ont la possibilité, essayer de fermer les yeux, glisser dans le sommeil avec la plus jolie image de la journée. Un sourire au coin d'une rue, le parfum d'une fleur, un roman, une partie de foot, ses pieds nus sur une plage, un bon steak-frites en terrasse, un silence, un mot, une ombre... Orpailleur de sa journée pour extraire une pépite ou plusieurs à glisser sous son oreiller de nuit. Belles images sous les paupières fermées. Quelle pepite déjà trouvée dans le tamis du jour  ?

     La danse d'un vieux gosse.

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