Palme d'or de l'imperfection

Être parfait. Un artiste doit désormais être irréprochable. La perfection à tous les étages. Pas la moindre zone d’ombre. L’âme, le cœur, le sexe, etc, impeccables. Jamais un mot de travers. L’esprit toujours bien coiffé. La coiffure bien sûr en vogue. Chaque mauvaise action, même pensée, pourra être décomptée. Bientôt un permis à points des trajectoires artistiques ?

      

       Être parfait. Un artiste, homme ou femme, doit désormais être irréprochable. La perfection à tous les étages. Pas la moindre zone d’ombre sur son CV. L’âme, le cœur, le sexe, etc, doivent être impeccables. L’esprit toujours bien coiffé. La coiffure bien sûr en vogue. Jamais un mot de travers. Ni la moindre sortie de route. Chaque mauvaise action, même pensée, pourra lui être décomptée. Tôt ou tard. Bientôt un permis à points des trajectoires artistiques ?

     Comme en témoigne la polémique Alain Delon. Les déclarations de l’homme ne me plaisent pas du tout. Et d’autres peuvent tout à fait être aussi en profond désaccord avec lui. Dénoncer ses propos et rentrer dans le lard de ses idées. Mais rien n’empêche, pour ceux appréciant son travail, de reconnaître que l’acteur a du talent. Et aussi des contradictions. Un homme de droite qui travailla avec Jean-Patrick Manchette, Frédéric Fajardie, et plus tard Jean-Claude Izzo. Deux auteurs d’extrême gauche et un communiste. Artiste ou pas, l’histoire d’un individu n’est jamais simple. Un individu est, chacun le sait devant son miroir, très complexe. Pas que de bons sentiments. Et au fond tant mieux. Ne négligeons pas l'élégance de l'imperfection.

     Certains voudraient-ils nous rendre parfaits ? L’être qui fait et pense bien. Vaste programme sous les crânes. Pour ma part, j’affectionne mon imperfection. Sans elle, je serai malheureusement parfait. Bien rangé sur les étalages de ce début de siècle. Avec une étiquette « Pense et agit parfaitement bien. ». Quelle tristesse cette perfection au kms. Que les mêmes manières d’être et de penser. Rien ne doit dépasser. Même plus le droit de se planter et se relever. Qui sont ces chantres de l’uniformisation ? Les élagueurs de ce qu’ils considèrent comme des mauvaises branches ? Parfois étrangement des défenseurs de la diversité. Et nul d’entre nous n’est à l’abri de vouloir imposer sa vision du monde. Se poser en arbitre des élégances.

    Imparfait ne veut pas dire être sans convictions. Rien n’empêche de mener des combats. S’engager contre le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, le sexisme… Sans oublier tous les écrasements sociaux. Des luttes plus que légitimes et on ne peut plus d’actualité. Mais les engagements ne s’imposent pas. «Tu seras humaniste et ouvert, mon fils, ma fille, mon voisin, mon collègue…. ! ». Ces injonctions, surtout proférés par des intolérants de la tolérance, ne marchent pas du tout. Elles sont mêmes contre-productives. Ne pas confondre arguments et anathèmes.

    Quels prochains nominés à la palme d’or de l’imperfection ?

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