Faire-part

Rares les messages optimistes de ses contemporains de proximité ou d'ailleurs. De la part de vieux potes d’enfance ou de nouveaux voisins. Les enthousiasmes les plus solides fondant de plus en plus au soleil de la lucidité. Le pognon a pris les rênes de tout, se désespèrent nombre d’entre eux. Ils n’ont pas tout à fait tort. Est-ce une raison pour baisser les bras ?

L'Affaire Louis Trio "Chic Planète" | Archive INA © Ina Chansons

                                      Merci François,


         Rares les messages optimistes dans la bouche et regards de ses contemporains de proximité ou d'ailleurs. De la part de vieux potes d’enfance ou de voisins. Notamment de ceux vivant dans son village – à rallonges de lotissements-et aux alentours. Il les a vu peu à peu dégringoler. Notamment l’enthousiasme des néo-ruraux à leur arrivée fondant de plus en plus. Leurs ailes brûlées par la lucidité. Le pognon a pris les rênes de tout, se désespèrent nombre d’entre eux. Ils n’ont pas tout à fait tort. Est-ce une raison pour baisser les bras ?

   Des individus , venus d’horizons divers, exerçant toutes sortes de métiers. Certains retraités ou au chômage. Membre de nombreuses associations, ils les côtoient très souvent. Se marrant avec eux. Parfois les engueulant. Surtout les jeunes quand l’immobilité mentale les rend plus cons que la vitesse de la vieillesse. Une jeunesse qui l’inquiète plus que les anciens. Si eux aussi sombrent dans le pessimisme et annoncent en boucle quotidienne la mort de l’espoir. Nous sommes vraiment très mal barrés, se dit-il. Sans oublier de nourrir son bétail. Et ses racines profondément ancrées dans la terre. Celle de son optimisme de combat.

    Pourtant, se dit-il souvent ; il suffit de regarder à droite et à gauche. Un peu plus loin que ses frustrations narcissiques ou sa merde du jour. Pour se rendre compte qu’il y a des faire-part de naissance. Avec tout ce qui se fait ici ou là. Dans la lumière ou l’ombre. Partant de peu ou beaucoup. Avec brio ou maladresse. Le monde a toujours de nouvelles ressources humaines. Pas celles que d’aucuns cherchent à essorer jusqu’à la moelle pour faire du profit. Les autres ressources pour ne cesser de réinventer. Elle sont sans doute plus inépuisables que celles des entrailles de notre planète. Ou du ciel au-dessus de la planète. Construire, inventer, se révolter, se tromper de route, etc, ne sont pas uniquement inscrits dans le CV du vieux monde. Des jeunes et moins jeunes œuvrent au présent. Sans se soucier du passé. Juste là. Et pas las.

    Naïveté ? Sans doute. Elle lui paraît toutefois préférable à toutes les invitations à désespérer. Celles reçues et les autres envoyées par ses soins; quand il cède - très rarement - aux sirènes du pessimisme. Il y a toujours quelque chose à faire. Même quand tout a été fait. Refaire différemment. Continuer aussi de défaire. Sur une toile ou dans la terre comme lui. Malgré l’époque dite difficile, il refuse de se laisser bouffer par le pessimisme. Un pessimisme confortable car on le connaît bien. « Je suis amoureux depuis l’âge de 14 ans. ». C’est sa devise. Rester encore amoureux de lui, des autres, du monde… « Je fais ça pour les gosses que je n’aurais jamais. Et leurs copines et copains». Comment fait-il ? Parfois lui même se le demande. Sa réponse dans son sourire. Et sa culture de la curiosité et enthousiasme. Il a juste choisi le faire-part à envoyer. Sans attendre de recevoir le même. Même si ça lui ferait plaisir. Et alimenterait sa volonté d’être. Lui a fait son choix depuis longtemps. Toujours le même carton.

    Le faire-part de naissance d'aujourd'hui.

 

NB : Ce texte est la «tentative de portrait » d’un homme croisé quelques fois. Un paysan ouvert sur les autres et le monde. Toujours partant pour avancer plus loin. Pas le seul homme et femme dans ce cas. En ville aussi Son portrait est aussi celui de tous ceux ( pas nécessairement électeurs ou encartés)  qui ne restent pas les pieds dans le même pessimisme. Quitte à avancer à petits pas. Sans laisser de très grandes traces. Mais toujours visibles.

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