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Billet de blog 15 nov. 2022

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Chiffre du jour

Personne me connaît. Normal. Mais on parle que de moi depuis ce matin.À la radio,la télé,sur les réseaux sociaux,au comptoir... Alors que j’ai même pas la parole. Qui connaît mon prénom parmi ceux qui me citent ? Aucun. En fait, je suis qu’un chiffre. Parmi tant d’autres.Un chiffre et au suivant. Comme pour mes parents.Et tous mes ancêtres. Que des chiffres sur la balance du monde.

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© Roman Opalka

          Personne me connaît. Tout à fait normal. Pourtant on parle que de moi depuis ce matin. À la radio, la télé, sur les réseaux sociaux, dans les bistrots... Partout sur la planète. Alors que j’ai même pas la parole. Qui connaît mon prénom parmi ceux qui me citent ? Aucun. En fait, je suis qu’un chiffre. Parmi tant d’autres. Un chiffre et au suivant. Comme pour mes parents et grands parents. Tous mes ancêtres. Juste des chiffres sur la balance. Pas des souffles.

Pourtant c’est l’essentiel. J'en sais quelque chose ce jour. Même si j’ai pas la parole. Pour l’instant. J'ai hâte de l’avoir. Pourquoi ? Pouvoir dire ce qui va pas. Et je crois que ça va mettre du temps de dénoncer ce qui est nul. Encore plus d'essayer de changer tout ce qui est pourri. Pas très beau ce monde. Visiblement bien bousillé par mes semblables. Pollution. Guerre. Destruction de la faune et de la flore. Pourquoi ils arrêtent pas leur conneries ?

J’ai pas vraiment la réponse. En tout cas, pas une réponse avec des chiffres et tout, comme donnent les visages au front plissés. Avec de longues études et des carnets d'adresses encore plus longs. Paraît qu’ils savent pour les autres et faut les écouter. On verra. Pas sûr que j’écoute des gens qui savent tout et font rien pour que ça change. Soit c’est des idiots, soit ils ont quelque chose à gagner dans l’histoire. À mon avis, tout ça c’est une question de fric. Mais je suis pas censé le savoir.  Pas dans le jeu. Qui suis-je pour penser ? Alors que j’ai même pas les mots. Impossible de partager ma pensée.

Pourquoi me croire différent du reste des habitants de la planète ? C’est vrai que je suis pas grand-chose. Un chiffre parmi tant d’autres. Un jour, on va me coller une identité et me dire tu es ça. Même si j’ai pas du tout envie d’être ça. Mais c’est une autre histoire. Et pas tout de suite. J’ai encore le temps pour y penser. Désolé, mais je vais revenir à la parole que j’ai pas. Son absence m'agace. Je suis impatient. Hâte de pouvoir prendre la parole. Aucun mot mais un corps. Unique. C’est pas rien un corps. Avec le souffle à l’intérieur et tout le reste. Une jolie mécanique.  Ce corps c'est moi. Pas quelqu'un d'autre.  Je pèse mon poids d'être ici. Un souffle à ciel ouvert. J’ai pas les mots mais on veut déjà m’enfermer dans un chiffre. Me comptabiliser.

Déjà je me sens mal. Pas très bien dans ma peau. Ça commence vraiment mal. Un début inquiétant avant même de pouvoir mettre des mots sur ce qui va pas. J’imagine la suite de l’histoire. Va falloir que je me prépare. Me blinder pour survivre. Je peux pas y arriver sans aide. Ni sans la parole. Celle qui dit je et nous. La parole qui sait aussi se taire et devenir une oreille. Qu’elle qui puisse me faire avancer. Et m’élever avec les autres. Sans elle, que la nuit. Ça a l’air pas mal le jour. Bête de se priver de la lumière.

Moi, moi, et encore moi. Je devrais être content. C’est ce que cherchent beaucoup de gens dans ce monde. Une époque avec des nombrils et des egos qui se prennent pour des planètes. Je sais déjà que c’est du pipeau tout ça. Du vent à faire lever les pouces ou liker. Rien d’autre que de la vitrine. En fait, on s’en fout de moi. Personne veut savoir qui je suis réellement. Sexe masculin ? Sexe féminin ? On s’en fout. Riche ? Pauvre ?  ce que je pense ? Ce que je ressens ? On s’en fout aussi. Faut juste en parler. Pas être le dernier à le dire. Parler de moi si ça rapporte à celui qui parle. Un gain immédiat. Je suis devenu intéressant que par ce que je rapporte. Faire marcher la machine planétaire à dire même quand y a rien dire. Le silence ça rapporte pas. Faut parler, parler… Occuper le terrain. Déjà mal aux oreilles. Ce sera pas facile de trouver un peu de silence. Juste au moins pour écouter la musique sous ma peau. Le silence bientôt aussi rare que l’eau ? Revenons à aujourd’hui. Et à moi si médiatisé. Qui suis-je ?

Pas un être en chair et en os. On s’en fout de ça. Qui ça peut intéresser un être. Y a que ça partout. Avec le temps, on s’est lassé des êtres. Pas très original. En plus, y en a trop des êtres. Qu’une solution : en éliminer. Le problème c’est les foules. Le trop grand nombre. Les foules c’est ça qui bousille la terre. Même si la majorité a pas de gros moyens. Mais les papiers gras de Macdo, les 4X4, leurs gilets jaunes, et d’autres objets même pas bio dans le caddie, ça salit le monde. En plus de leur esprit pollué par des émissions de télé à la con. Vraiment pas des individus fréquentables. Quelle est la solution pour se protéger de cette foule très limitée ? Garder parmi eux que ceux qui servent à faire marcher la machine. Leur donner de quoi survivre entre eux en échange de leur force de travail.

Et la minorité qui dirige toute la machine depuis des siècles ? Aucun souci. Ils sont pas nombreux. Et donc pas de problème de surpopulation. En plus, pas très bruyants. Des gens très discrets qui savent vivre. Avec de l’esprit et les outils pour échanger des idées. Bref : des êtres cultivés et ouverts à l’autre. Pas comme les milliards de pouilleux qui pensent qu’ à consommer. Rien sous le crâne, tout dans le caddie. Contrairement à la minorité qui a conscience qu’il faut se serrer la ceinture. Cesser de ne penser qu’à sa petite personne. Faut savoir partager les ressources. Et savoir économiser. Arrêter d’être égoïste. Pas prendre son Jet à tort et à travers pas sortir trop souvent son yacht, pas spéculer sur des actions qui foutent en l’air des populations entières… Une minorité qui bousille plus la planète que la majorité ?

Déjà en colère. Qu’est-ce que ça va être quand j’aurais la parole. Sûr qu’on va m’entendre. Sauf si je finis moi aussi par me résigner. La fermer et me contenter des miettes qu’on me jettera. Satisfait de pouvoir manger, avoir un toit sur la tête, travailler, regarder les images que l’algorithme me conseillera de regarder, voter quand on me sonnera, donner au Téléthon, regarder le foot au pays des princes sanguinaires, jouer au Loto, m'indigner là où ma radio préférée me dira de m'indigner,  changer mon Smartphone d'hier pour celui du jour… Quand même mieux que de finir aplatis sous des bombes ou crever de faim et soif quelque part en Afrique ou ailleurs. Juste occuper l’espace et le temps en attendant la mort. Pas le sujet du jour. On verra au fil du temps qui je deviendrai. Revenons à ce jour. Et donc à moi. Je suis quoi dans tout ça ? Un nouveau-né.

Numéro « Huit milliard » sur la planète.

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