«Je suis mon plus beau jour»

Tuer le temps est un crime parfait. Pas la moindre trace, ni besoin d’arme. Le mode opératoire est différent selon les tueurs.Certains dans une course fébrile à faire et être visible à tout prix.Surtout pas de silence ni fissure susceptible de lézarder son agenda.Tandis que d’autres se contenteront de ralentir.Ne rien faire et sortir des radars de l’ego-localisation.Cinq ans que Lola tue le temps.

 © Marianne A © Marianne A

                       

                      Tuer le temps est un crime parfait. Pas la moindre trace, ni besoin d’arme. Personne ne portera plainte et aucune enquête. En plus un acte à portée de n’importe quel individu. Quel que soit son âge ou milieu. Certes, le mode opératoire est différent selon les tueurs. Certains sont dans l’accumulation de gestes et activités de toutes sortes. Une course fébrile à faire et être visible à tout prix. Surtout ne pas laisser le silence s’installer, ni une fissure susceptible de lézarder son agenda. Toujours plus d’actions et de vues sur sa vitrine  numérique. Tandis que d’autres se contenteront de ralentir pour se mettre sur le bas-côté. Pour peu à peu ne rien faire ou pas grand-chose, sortir plus ou moins des radars de l’ego-localisation. Absent ou contemplatif selon le point de vue. Parfois un repli contraint par un corps usé ou les événements. Chacun donc sa façon et ses raisons de tuer le temps. Son petit crime de mortel. Avec la même scène finale. Celle du dernier mot au temps.

       Lola le tue depuis cinq ans. Radio-réveil, allumage de lampe de chevet, douche, habillage, café-clope, maquillage, scooter, prise de poste de pompiste dans un supermarché, repas dans un square ou à l’intérieur de sa guérite, scooter, repas-clope-télé, lit-radio, extinction des feux, radio-réveil. Chaque jour se lève et se couche sur la photocopieuse de Lola. N’importe quel autre quotidien aurait pu faire l’affaire. S’il lui avait permis de passer inaperçu. Sans être entièrement clandestine. Elle a les visas en règle pour traverser sa journée. Comment à débuter son désir d’invisibilité ? D’abord un réflexe, une carapace d’enfance pour se protéger ; le corps à portée de main ou de mépris, le reste intouchable. Ne plus penser à rien. Jusqu’à faire le vide dans sa tête. Petite fille ailleurs à domicile. Au fil du temps, la protection est devenue sa manière d’être. Son kit de camouflage au pays des adultes. Penser le strict minimum, ne pas dépasser de sa case. Rester en retrait. Avancer en étant la moins visible et bruyante possible. Funambule sur la petite et grande aiguille. Ni heureuse, ni malheureuse. Son histoire en bordure.

     Tout a basculé avec le meurtre. Celui-ci avec une arme et des traces. « Ton crime a perturbé la mythologie et les divans des psys. Normalement, ce sont les porteurs de couilles qui sont censés tuer le père.». La vanne de sa codétenue en prison. Une femme qui passait son temps à dialoguer avec l'écran de télé allumé même en pleine nuit. « Tu connais la différence entre moi et le monde ? Moi, je sais que je suis folle. Pas le monde. Ni la majorité des gens dehors. Des fous tenus en laisse. Mais si le maître les lâche, ils finiront comme nous. La gosse, faut pas que tu restes ici. Le monde est barge mais on a que celui-là. ». Sa codétenue parlait en boucle. Comme si sa pensée sortait directement de sa bouche. Lola avait été dirigée quelques mois après sur un hôpital psychiatrique. Elle avait seize ans quand elle lui a planté un couteau dans le cœur. Celui qu’il affûtait avec fierté. Avec interdiction d’y toucher à tous les membres de la famille. Autrement dit à elle et sa mère. « Incroyable qu’une enfant aussi sage ait pu commettre une telle horreur.». Une surprise pour la majorité des proches et des autres croisés au collège, à la boulangerie, ou au club de gym. « C’est moi qui a armé son bras. Sans un mot. C’est mon regard soumis. Celui d’une femme triste. Lola a décidé d’arrêter mon calvaire. Un calvaire sans traces visibles sur le corps. Jamais il n’a levé la main sur moi. Ni sur sa fille. Que de l’humiliation et mépris. Cet homme nous a massacrées. Ma fil et moi on est tuées de l'intérieur.». Les explications de sa mère devant le juge. Une femme bouffée de culpabilité et détruite. Désormais confinée dans l’alcool et les médocs.

    Un soir, Lola est rentrée de chez une copine. Sa mère posait le troisième set de table. Les épaules rentrées, les yeux rougies. Lola a tout de suite compris. La mère et la fille ont échangé un regard. « Que me foutre en l’air pour m’en sortir. C’est ma seule solution pour sortir de cet enfer.». Sa mère a fini de mettre le couvert pour le repas familial puis elle est sortie fumer sur le balcon. Lola a gagné sa chambre. La soirée va être encore pourrie, souffla la collégienne. Les humiliations venaient par vague. À la moindre contrariété, dans son boulot ou ailleurs, il se vengeait sur ses proches ; les rabaissant jusqu’à plus bas que terre. Surtout son épouse qu’il brisait dans l’intimité et en public. Lola avait l’habitude. Elle attendait que ça passe. Mais c’était la première fois que sa mère évoquait un suicide. Et si elle... Lola est sortie en trombe de sa chambre. Elle a poussé un soupir de soulagement. Rassurée de voir sa mère toujours sur le balcon. Lola est retournée à la cuisine. L’idée est arrivée d’un coup. Puis tout s’est déroulé très vite. Comme avec les gestes d’une autre. Un hurlement puis plus rien. Sa mère s’est précipitée dans la salle de bains. Lola en sortait. « Pourquoi t’as fait ça ? ». Sa mère répétait la phrase. Lola avait lavé le couteau avant de le ranger à sa place. « Qu’est-ce qu’on va devenir, ma chérie ? » Sa mère livide dans la cuisine. Lola était assise à sa place. Comme s'apprêtant à manger. Plus que deux sets sur la table.

     Quatre années dans un hôpital psy. Sans parler à qui que ce soit. Ni au personnel soignant ni aux patients. Elle ne répondait aux sollicitations que par des hochements de têtes. Refusant même l’invitation à écrire ce qu’elle ne pouvait dire. Même fermeture face à sa mère quand elle venait la voir. Chaque fois, la fille la fusillait du regard et coupait court à la rencontre. Lola considérait qu’elle l’avait lâchement abandonnée aux mains de la justice. Pourquoi avoir appelé la police alors qu’elle aurait pu s’enfuir toutes deux comme pensait Lola. Laisser l’ordure qui leur avait pourri la vie croupir dans son dernier bain. Repartir à zéro ensemble, loin de l’appartement si détesté. Rien. Pas une réaction quand les flics l’ont embarquée. Alors qu’elle l’avait défendue, jusqu’à détruire sa source d’humiliation. Et la libérer. Sans sa fille, elle serait encore écrasée. Le paillasson de son mari. La trahison de sa mère n’est jamais passée. Les deux femmes ne se sont plus revues depuis presque cinq ans. Malgré les tentatives de sa mère de renouer les liens. Lola ne l’a pas prévenu de sa sortie d’hôpital. Prenant un train vers une ville où l’attendaient un appartement thérapeutique et un boulot dans un supermarché. Très heureuse de ne pas avoir été embauchée comme vendeuse ou caissière. Sûrement très difficile , voire impossible pour elle de travailler en équipe. Encaisser les clients derrière une vitre lui convenait. Comme dans une cabane en pleine ville. Avec un filtre protecteur.

 Que les mots de première nécessité. Lola ne dérange pas les autres. Comme s’ils étaient devenus inutiles pour son histoire. Celle d’une femme de vingt-six ans dont la seule ambition est d’être la plus transparente possible. Quelques mots et un sourire distant à ceux qu’elle croise. Jamais plus. Pas le moindre agacement ou plaisir visible. Tout reste verrouillé sous sa peau. Comme une éternelle spectatrice. Mais de l’intérieur. Dans un décor qui ne lui plaît pas. Sans lui déplaire non plus. Consciente qu’elle n’en aura pas de différent. À moins de le construire ; une initiative qu’elle considère au-dessus de ses forces. Toute son énergie déjà dépensée à continuer de flotter. Pour cette raison qu’elle accomplit tous les gestes qu’il faut pour ne pas être éjectée du décor commun à ses colocataires du quotidien. Semblable donc en de nombreux points à la majorité sur le manège. Même si son silence, son largage d’amarre vers l’absence, peuvent intriguer certains. Mais ça s’arrête là. Comme si une bogue protégeait son éloignement en elle. Sa grande chance est d’être capable de se fondre dans la masse. Jusqu’à se faire oublier. La seule réelle différence avec la plupart des autres passagers du manège, c’est qu’elle ne fera pas la moindre tentative pour attraper la queue du Mickey. Se contentant de le voir passer. Un regard désintéressé.

      Collapsologie. Première fois que Lola entendait ce terme. « Hier, ma fille et son p’tit copain m’ont dit qu’ils étaient collapsologue. Tous les deux sont incalables sur le sujet. Que leur répondre ? Ils n’ont pas tort sur l’état de la planète et de notre civilisation. Même si je ne suis pas d’accord avec tout leur truc. On dirait des vieux ronchons radotant que c’était mieux avant. Bref… C’est leur truc de jeunes. Je me souviens de la gueule de mes parents quand je suis arrivée un soir avec une crête rouge, des épingles à nourrice sur le perfecto. Et le « No future » sur le mur de ma piaule. À chaque génération ses slogans. Mais y a un truc que j’ai du mal à digérer.». Lola s’était approchée de la fenêtre ouverte de sa chambre. Elle voyait l’infirmier et une infirmière en pause clopes sur un banc. « C’est… Ma fille veut se faire ligaturer les trompes. Et son p’tit copain passer par la case vasectomie. J’ai halluciné. Qu’ils veulent pas avoir de gosse ça me gêne pas. Chaque corps libre de vouloir se reproduire ou pas. C’est pas une obligation. Mais de là à faire un acte chirurgical pour ne pas faire d’enfants ça me dépasse. ». L’infirmier a secoué la tête. « J’étais aussi kepun. Pas le même No future que le nôtre. Nous c’était juste l’absence d’avenir pour une partie de la jeunesse. Celle des milieux prolos. Les autres ça n’ a pas changé grand-chose. Tandis que là, c’est le « No future» pour tous. Gosses de pauvres et de riches dans la même merde planétaire. Mais t’inquiète pas pour ton fils et sa copine. Y a sûrement une part de provo. ». Ils ont continué à parler du sujet. Lola les a écoutés. Le lendemain, elle est allée à la bibliothèque de l’hôpital. Pour glaner toutes les infos sur la collapsologie. Avec l’impression d’avoir vécu déjà une sorte d'effondrement en elle. La fin du monde sous sa peau. Dès huit-neuf ans, elle s’était juré de ne pas avoir d’enfant. Une décision confortée au cours des années. Elle s’est sentie tout de suite très proche de la collapsologie. À la différence qu’elle ne chercherait pas de solutions pour empêcher la catastrophe. Sans doute parce que la fin s’était déjà produite en elle. Lola survivaliste solitaire ?

     Un homme perturba ses certitudes et habitudes. C’était un chauffeur routier traversant l’Europe. Originaire d’un village de Grèce, il travaillait pour une société de transports internationaux. À intervalles réguliers, il passait par la station-service. Un homme d’une cinquantaine d’années aux traits très fins. Un regard d’agneau dans un corps de loup, a-t-elle pensé en le voyant. Un géant tapissé de tatouage avec un visage aux traits poupins. Et un regard très doux. Tous deux n’avaient échangé que quelques mots en anglais. Premier contact hors sourire et hochement de tête réglementaires né d’une pompe défectueuse. Elle avait dû sortir de sa guérite pour aller vérifier. Tous deux n’étaient pas doués pour la langue anglaise. La fois d’après, après avoir récupéré sa CB, il a déposé son numéro de portable. Sa tournée de livraisons achevée, il se garait toujours près d’un étang. Son camion, rouge vif, était repérable. Contrairement aux autres routiers, il ne passait pas la nuit entouré de véhicules de confrères. Elle l’avait vu à plusieurs reprises en passant en scooter. Il fumait ou se préparait son repas sur un réchaud à gaz. Avant de repartir le lendemain. Elle l’avait appelé. Ils avaient mangé dans une pizzeria du centre commercial. Guère facile pour deux adeptes du silence d’entamer une conversation. Et en plus ne parlant pas la même langue. Leurs corps avaient bien traduit leurs silences.

      Lola et Yannis se voyaient à chacun des passages du routier. Une ou deux fois par mois au gré de ses livraisons. Il faisait le plein et rejoignait son parking improvisé. C’est toujours elle qui l’appelait. Pourtant il avait son numéro. Même rituel débutant toujours une soirée silencieuse au resto. Très heureux de se retrouver. Ni l’une ni l’autre ne semblait gêné par l’absence de mots entre eux. De loin, on aurait pu croire à un vieux couple n’ayant plus rien à se dire. Ou à un jeune couple d’amoureux se dévorant des yeux ou sans cesse à se toucher. Un soir, Yannis avait proposé avec des gestes l’idée de se retrouver chez elle ou à l’hôtel. Passer en tout cas une nuit ailleurs que dans la cabine. Lola avait secoué la tête. Un non sans appel. Pas un homme ne franchirait le seuil de chez elle. Yannis est revenu à la charge. Et ils ont passé la nuit dans une chambre d’hôtel avec vue plongeante sur la Nationale. Ils ne réitèrent pas l’expérience. Préférant le bord de l’étang.

      Ce matin-là, Yannis avait le front plissé. Tous les deux buvaient le café en fumant une clope. Le jour de printemps se levait sur l’étendue d’eau. Lola consulta sa montre. Rentrer prendre une douche ou se rendre directement à la station-service ? Elle opta pour la première solution. Yannis secoua une feuille de papier imprimée puis tendit l’index sur son camion et dessina une croix dans l’air. Elle ouvrit des yeux ronds. Sa croix, accrochée au rétro, indiquait qu’il était croyant. Mais aucun des deux n’avait jamais évoqué l’existence de Dieu. Peut-être un sujet de discorde évité entre eux. Heureusement qu’il ne savait pas lire le français. Ni Dieu tatoué sur une fesse et ni Maître sur l’autre. À dix-huit ans, Lola s’était échappée de l’hôpital pendant trois mois. Des semaines passées de squat en squat à se défoncer. Une nuit, elle a demandé à un tatoueur de lui tatouer la devise de son oncle paternel : le seul membre de la famille qu’elle appréciait. Il prenait systématiquement sa défense et celle de sa mère lors des séances d’humiliation. Jusqu’au point de cogner son propre frère. « Plus travail, fini travail camion.». Il faisait de grands gestes. Elle blêmit. Incapable de bouger. Les yeux rivés sur le camion. Yannis l’a prise dans ses bras. Deux solitudes serrées sous un ciel de fin. Puis elle remonta sur son scooter. Yannis klaxonna jusqu’à ce que le scooter disparaisse de sa vue. Leur relation s’arrêta là.

      Pour reprendre quelques semaines après le départ de Yannis. Mais sans lui. Juste sa présence dans le ventre de Lola. Hors de question de garder le bébé. Elle avait décidé d’avorter. « Pourquoi avoir attendu autant madame ? ». Elle était restée sans voix. Incapable de donner une explication. Peut-être l’appréhension de se retrouver dans le milieu médical. Depuis sa sortie de l’hôpital, elle n’avait pas été voir un seul médecin. Se débrouillant avec de l’automédication. Toujours mal à l’aise aux abords d’un établissement hospitalier. « Désole, mais… Vous avez dépassé le délai autorisé pour avorter. ». Lola aurait volontiers étranglé la cheffe du service. À peine sortie du bureau qu’elle prenait rendez-vous dans une autre clinique. « C’est en Angleterre que le délai d’avortement est le plus long. Il est de 24 semaines. Mais vous l’avez dépassé. ». Jamais Lola ne s’était sentie aussi seule. Refusant d’en parler à qui que ce soit. Déclinant les propositions de suivi psy de la dernière médecin l’ayant vue. Je vais trouver une solution, se rassurait-elle. Avant de pousser la porte d’un bar. Des années qu’elle n’avait pas bu une goutte d’alcool. Lola s’enfila shooter sur shooter. Plus des bouffées des pétards voyageurs tournant en terrasse. Elle resta jusqu’à la fermeture. Pour en ressortir ivre morte.

      Prévenir Yannis ou pas ? Lola se posa la question de temps en temps. Même si son psy lui avait dit que ce n’était pas une priorité. Elle l’a rencontré à son hospitalisation après l’accident. « Non. Je voulais pas me foutre en l’air. J’ai jamais pensé à me suicider. Même au pire moment de mon existence.». Elle donna sa version des faits à un psy qui ne l’a pas cru. Lola l’envoya chier et retourna dans sa chambre. Deux jours après, un autre psy prit le relais. Il n’évoqua pas ce sujet. Tout de suite, Lola se sentit à l’aise avec lui. « Décrivez-vous d’une phrase positive commençant par je. La première qui vous sort par la tête. ». Il lui avait tendu une feuille et un stylo. Elle s’était assise. Rien ne sortait. « Prenez votre temps. Ça peut-être demain ou un autre jour. ». Lola s’était levée. Elle a fait un pas avant de s’arrêter. Le regard posé sur la fenêtre du bureau. Des bruits de pas dans le couloir. Lola s’est rassise et a pris le stylo. « Je suis ma plus belle journée.». Un rideau de pluie derrière les vitres.

       La femme est rentrée dans le bureau. Elle a salué Lola d'un sourire avant de s’asseoir. Puis elle a chaussé ses lunettes, parcouru l’écran, et pianoté sur son clavier. Lola ne cessait de gigoter sur son siège. La femme a ôté ses lunettes et dévisagé Lola. « Tout va  très bien.». Lola est sortie peu après de la maternité. UN large sourire aux lèvres. Quinze jours avant, elle avait envoyé un texto à Yannis pour le prévenir qu’elle était enceinte. Sans la moindre réponse. Elle avait décidé de l’appeler. Pour tomber sur sa boîte vocale. Elle avait laissé un message. Même absence de réponse. Elle n’avait pas insisté. Lola s’attendait à ce qu’il ne réagisse pas. Yannis avait choisi sa femme et leurs deux enfants. « 75 euros et 45 centimes pour la 14. ». Elle a levé les yeux de son Smartphone. C’était Yannis au volant d'un 4X4. Avec ses bagages dans le coffre. Le couple cherche un appartement plus grand.

  Lola a descendu les marches. L’annonce résonna dans les couloirs du métro. D’un geste, elle vérifia que son masque était bien ajusté. Puis elle monta sur le tapis roulant. Un homme, adossé à un mur, jouait de la guitare. À peine assise sur le quai, elle a ouvert son sac. Pas la moindre feuille de papier. L’écrire sur son smartphone ? Elle préférait le papier. Sans doute par superstition : sa première phrase avait marqué une étape. Jamais elle n’aurait pu penser que quelques mots pouvaient faire autant d’effet. Pourtant bel et bien un avant et après « Je suis mon plus beau jour ». Comme si elle avait décidé d’être à la hauteur de ce beau jour. Lola esquissa un sourire. Elle retourna l’enveloppe de la maternité et commença à écrire.

 Me remettre au monde.


NB : Cette fiction est inspirée d’une conversation avec un trentenaire très intéressé par la collapsologie. Pas le premier jeune à évoquer son désir de ne pas désirer d’enfant à cause de l’état du monde.  Pensant d'abord à survivre avant de vivre. Ne pas se projeter dans l'avenir. Inquiétant, non  ? pour paraphraser Pierre Desproges. Comment redonner le goût de demain à la jeunesse ? Et de l’insouciance. Bref: de la vie et des projets qui vont avec. Un chantier urgent.


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