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Billet de blog 19 sept. 2022

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Regard racines

Les racines d’un hêtre sont réelles. Elles s’étalent à fleur de terre. Pareille réalité pour tous les arbres de la planète. Ils ont des racines plus ou moins profondes et solides. Contrairement aux êtres de l’espèce humaine. Ils ne poussent pas dans des champs ou des jardins. Excepté dans les contes et certaines croyances. Qui a déjà vu des racines de corps humain ?

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© Marianne A

               Les racines d’un hêtre sont réelles. Elles s’étalent à fleur de terre. Pareille réalité pour tous les arbres de la planète. Ils ont des racines plus ou moins profondes et solides. Contrairement aux êtres de l’espèce humaine. Rien d’enraciné dans la terre. Ils ne poussent pas dans des champs ou des jardins. Excepté dans les contes et certaines croyances. Le seul lien de la chair avec la terre est pour celles et ceux souhaitant, à fin de leur vie, d’être inhumés. Plus de la poussière d’être que des racines. Rien donc sous nos pieds nous reliant directement à la terre. Qui a déjà vu des racines de corps humain ?

La réponse est personne. Parce que nos plantes de pieds en sont dépourvus. Autrement dit, pas un organe corporel. Pourtant, même invisibles, les soi-disant racines des humains ont fait beaucoup de ravages. Suffit de comptabiliser le nombre de morts liées à elle depuis la nuit des temps. Libre, bien sûr, à chacun et chacune de vouloir s’en inventer. Rien contre les arbres généalogiques. La majorité des êtres sont fiers de leurs racines sans essayer de les imposer au reste du monde. Juste s’accrochant à quelque chose qui les rassure. Chacun sa bouée dans la traversée de son histoire.

Tandis que d’autres, « racineux », belliqueux, s’en servent pour se recroqueviller. Ici, c’est nous. N’hésitant pas à tirer sur tout ce qui bouge. Notamment les racines différentes des leurs. Ne supportant que leurs proches et leur territoire natal. Beaucoup de sang et de blessés depuis la nuit des temps au nom des racines. Les arbres doivent trouver les humains fort pathétiques. S’entretuer pour des racines invisibles. Les arbres plus évolués que l’Homme ?

Quelles sont tes racines ? Une question récurrente depuis des décennies. Avec de nombreux enjeux et intérêts d’ordre politique, culturel, social, etc. Qu’il s’agisse de récupérations malveillantes ou sincères de cette problématique très souvent en Une. Depuis quelques années, la question des racines s’est déplacée. De moins en moins en termes de territoire de naissance. De plus en plus des interrogations autour des racines entre ses cuisses. D’où est ton corps ? Quel est ton sexe ? De quel genre es-tu ? Avec des enjeux et crispations souvent similaires aux interrogations sur son lieu d’arrivée au monde. Des questionnements sans aucun doute importants. Et légitimes. Surtout ne pas les négliger.

Les arbres n’ont pas d’yeux. On ne peut pas tout avoir. Contrairement aux êtres humains qui ont un regard. Ainsi que les animaux. Belle lumière dans le regard d’un animal heureux de vous voir. Une joie visible et parfois très bruyante. Pas plus profonde nuit que dans le regard d’un animal mourant. Notamment l’œil d’un chien en fin de vie. Ma première vision de la mort dans le regard de ma chienne. Plus tard avec mes chats en fin de vie. Des moments gravés à jamais.

Nos vraies racines ne sont-elles pas dans un regard ? Celui d’un être aimé. Le bonheur c’est d’avoir peur de perdre quelqu’un, me disait récemment un copain. Souriant et anxieux. Sa phrase très forte en dit long sur l’amour et la perte. Quelques mots peuvent contenir l’histoire de l’humanité ? En tout cas, sa formule cité de mémoire a secoué ma boîte à gamberger. Nos racines se trouvent aussi dans un regard mourant ? Des questions que je me suis très souvent posées. Pour enfin avoir la réponse. Une réponse plus ancrée que les autres. Elle évoluera peut-être au fil du temps.

Mes racines se trouvent dans le regard des êtres aimés. Des plus proches aux moins proches. Avec bien sûr des ancrages différents selon l'intensité de la relation. Elles ont aussi une place dans certains regards passagers. Qu’ils soient chargés de joie ou de douleur. Bien évidemment un enracinement plus profond avec les proches. Ce qui n’empêche pas l’empathie. Et des affinités électives en accéléré au fil des rencontres. Sûrement que des racines d’individus à peine croisés habitent mon regard. Malheureusement pas que des vivants. Elles se trouvent aussi dans le regard d’êtres aimées et mourants que nous accompagnons. Mes racines derrière des paupières closes. A jamais.

Une vision totalement subjective. Chacun trouve ou cherche ses racines là où il le désire. Nulle règle en la matière. Avec toutefois d’essayer de conjuguer la subtilité et l’intelligence pour ne pas penser que ses racines sont supérieures aux autres. La plus grande merveille du monde à défendre coûte que coûte. Parfois en allant tenter de déraciner celles des voisins, lointains ou proches ; de préférence, si leur sous-sol regorge de ressources naturelles ? Rien de nouveau sous le ciel de notre humanité imparfaite.

Comment conclure sur un thème tellement rebattu et à fleur de polémiques ? Les conversations autour d'une table ou ailleurs sont de plus en plus compliquées. Sans doute pas le seul à souvent me taire et regarder ailleurs. Inutile de parler à des murs ou des miradors mentaux. La quête des identités n’est-elle pas en train d’étouffer tous les autres sujets de notre époque ? Une question qui peut se poser. Dont je n’ai pas la réponse. Affaire à suivre....

Revenons à nos chères racines. Elles peuvent se décliner au singulier. Ici ou là, le même mode d’arrivée pour sept milliards d’individus. Chaque racine sortie d’un ventre est unique et universelle. Aussi singulière que plurielle. Une histoire qui échappe à tous les drapeaux et autres étiquetages de plus en plus présents dans nos relations. Tous et toutes des miradors mobiles se contrôlant les uns, les unes, et les autres, pour trouver la faute dans l’œil de ses contemporains ? Toujours en alerte. Plus besoin de flics; nous faisons leur travail ? Pendant notre passage éphémère sur la terre des vacheries et des beautés. Plus tout le reste. Avant son voyage sans retour.

Les racines de son dernier souffle.

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