Imperfection

Trop subtil pour être parfait. Certains tentent d'y parvenir.Une gageure dans notre époque où le désir de perfection est une injonction permanente ? Comme chez ces trois jeunes étudiants évoquant l’actualité:des gilets jaunes à la couche d’ozone en transitant par le genre.Pesant chaque mot. Avec la trouille de lâcher ce «qui ne faut pas dire». Et d'être accusés de tous les maux.


        

Léo Ferré - Préface - Chef d'orchestre © Alain Withier

 

       Trop subtil pour être parfait. Certains tentent d'y parvenir. Une gageure  dans notre époque où le désir de perfection est une injonction permanente ? Penser bien et vivre avec un tri intérieur de nos émotions et réactions. Être irréprochable. Comme chez ces trois jeunes étudiants croisés dans le train. Ils évoquaient l’actualité : des gilets jaunes à la couche d’ozone en transitant par les questions sur le genre. Ils pesaient chacun de leurs mots. Passant au scanner leurs propos. Comme ayant la trouille de lâcher ce «qui ne faut pas dire». Et d’être accusés de tous les maux.

   Réflexe certes plus intéressant que celui de ceux balançant entre autre leur crachats numériques. Dégueuler sa bile et ses frustrations est un sport très pratiqué sur la toile et les murs des villes. Femmes, homos, Musulmans, juifs, se partagent l’affiche nationale de la haine. Une réalité inscrite notamment dans les rues et sur les écrans. Néanmoins le passage en revue de l’actu par le jeune trio me semblait manquer un peu de provoc. Écolo, antiraciste, anti-antisémite, antisexiste, anti-homophobe… Ils était d’accord sur tout. Et moi tout à fait d’accord avec eux. Très sympas mais trop parfaits à mon goût.

    Quels sont les provocateurs contemporains ? Ceux qui ont le talent de nous secouer. Les dérangeurs nous empêchant de consensualiser en rond. Pas les provocateurs, docteur es buzz avec leur rente de situation cathodique. Ni tous les haineux monomaniaques. Mais des provocateurs, humoristes ou pas, qui ont le talent de mettre le doigt où ça fait mal. Nous obligeant à sortir de notre confort mental. Comment les découvrir ? Pas facile dans la profusion actuelle. Peut-être éteindre sa radio, couper sa télé, fermer tous ses écrans… Se purger la tête un certain temps. Pour revenir désintoxiqué. L’esprit nettoyé de la pollution quotidienne. Prêt pour une nouvelle tournée de doute. Et une bonne provoc bien vivifiante.

   Remettre son imperfection sur le métier.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.