Bouquet d’exils

Combien de elle et de il en exil ? Ici ou là-bas. Au coin de la rue ou de son miroir. Lui avait la parole. Pas eux. Un homme de parole donnée à l'autre. Les laminés et méprisés avec ou sans e mais double e de colère. Méprisés à distance ou de proximité. Les exilés visibles ou invisibles. Sa parole donnée n'était pas un vain mot.

 

 

 © Marianne A © Marianne A

 

                                                                      Pour Marcel Trillat
 

Fleurs arrosées par les bombes.
Fanées dès l’éclosion.
Mais elles n’ont pas dit leur dernière senteur.
Que faire pour continuer ?
Ne pas rester.
Partir pour ne pas périr.
Dernier regard dans le sac avant de le fermer.
Quelle direction ?
Juste ailleurs qu’aujourd’hui.
Direction demain alors ?
C’est loin ?
Mon cœur est lourd.
Direction tout à l’heure ?
N’importe où.
Plus jamais aujourd’hui.
Une terre avec une autre pluie.
Pour continuer de faner debout.

Autre femme, autre exil.
Elle écrit une histoire d’amour.
À l’homme dans son lit.
Il n’a plus vingt ans et a perdu.
Ce perdant qu’elle ne veut pas perdre.
Tous deux exilés sous les mêmes draps.
Ici, pas de bombes,
ni de course pour éviter la mort.
Leur douleur n’est rien
au regard d’autres.
Mais elle ne veut plus perdre.
Ni sa douleur, ni son homme.
Perdus dans les bras l’un de l’autre.
Loin du carré d’encre sur la table de cuisine.
Sa lettre de licenciement.
 
 Pas de bombe,
 ni de lettre de licenciement.
Elle est dans un palace.
Poupée de chair et jolie robe.
Toutes les lumières du monde
derrière la baie vitrée.
Suffit de tendre la main
Elle ferme les yeux.
Son rouge à rêves
Soudain plaqué contre la vitre.
Coincée entre lumières et néant.
Lui a les yeux grands ouverts.
Sur les formes de sa proie.
Comment échapper au souffle carnassier?
S’exiler au plus profond d’elle.
Là ou ni lui,
ni personne,
ne peut l’atteindre.
Hors vie.

Le ciel n’est pas un danger.
Pas de lettre de licenciement,
pour l’instant.
Ni de couilles tueuses contre ses fesses.
Elle est assise bien à l’abri.
Femme protégée.
Le monde défile devant ses yeux.
À travers sa barrière de plexiglas.
Des vies masquées glissent sur son tapis :
Lait
Rasoir
PQ
Café
...
Elle scanne leurs futurs gestes.
Une femme pas triste,
ni gaie.
Juste envie de fuir.
S’exiler loin ?
Encore plus loin.
Jusqu’où ?
Le plus près d’elle.
Pour se prendre dans ses bras.
Être je.

Combien de elle et de il en exil ?
Ici ou là-bas.
Au coin de la rue ou de son miroir.
Lui avait la parole.
Pas eux.
Un homme de parole donnée à l'autre.
Les laminés et méprisés
avec ou sans e
mais double e de colère.
Méprisés à distance ou de proximité.
Les exilés visibles ou invisibles.
Sa parole donnée à eux n'était pas
un vain mot.


NB : Marcel Trillat a été une des voix de Radio Lorraine Cœur d'acier. Celle où a été envoyée cette déclaration d’amour lue par Aurélien Benoist .

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