En raison d’un appel au rêve

Quasiment que de la musique au radio-réveil. Plus de voix formatées grandes écoles dès le matin. Ces journalistes et autre animateurs souvent très brillants. Tous docteurs es répliques et avec option réponses à tout. Déjà presque deux mois sans les voix récurrentes des ondes. Sans non plus des invités venus vendre un produit plus ou moins intéressant. La planète déclinée en sons et chansons.

Lire un poème à haute voix - Pauline Lambert © France Musique

            Quasiment que  de la musique depuis des semaines au radio-réveil. Plus de voix formatées grande école dès le matin. Ces journalistes et autre animateurs souvent très brillants. Tous docteurs es répliques et  avec option réponses à tout. Aujourd’hui, avec l’image colonisant tous les espaces, on a accès aux visages de ces voix. Tous et toutes se ressemblent. Des portes-clefs d’un univers dont ils ont tous les codes ? Combien de H IV parmi ces piliers des médias ? Un raccourci trop facile. Il y a sûrement  des différences entre eux. Mais elles sont difficilement perceptibles. En partie à  cause du mimétisme normal à force de nager dans le même aquarium parisien depuis l’enfance ou Sciences-po. Rien de nouveau au pays de ceux qui se ressemblent s’assemblent. Même mimétisme dans les cités populaires, les usines, les salles de prof, les bars... Comme chacun d’entre nous, à Paris ou ailleurs, finit par ressembler à ses voisins du quotidien. On échappe très rarement aux tics communs de la famille et des amis. Déjà presque deux mois sans les voix récurrentes des ondes. Sans non plus des invités venus vendre un produit plus ou moins intéressant. La planète déclinée en sons et  chansons.

      Pourtant le globe n'a pas disparu des radars. Il tourne pas loin de notre oreille. Derrière un solo de guitare ou un refrain. Guerres, attentats, intégrismes, cynismes, fric à tous les étages, course à l’égo… Ça continue. La beauté du monde a plus de mal à arriver jusqu’aux auditeurs. Le malheur avec fort taux de victimes ou une cavale de luxe font plus le buzz. Une radio c’est aussi une vitrine avec des chiffres. Le fric avant l’éthique ? Les flux et reflux du quotidien de notre siècles continuent derrière cette barrière de corail musicale. Le meilleur et le pire en suspens dans la petite boîte sur la table de chevet ou de cuisine. Mais sans les commerciaux matinaux de l’actualité nationale et internationale. Leur absence manque au début. Comme la frustration de ne pas savoir dès le réveil.

     Puis on finit par s’y habituer. Même apprécier cette parenthèse. Une longue virgule sur les ondes de sa radio du matin. Comme une décolonisation de ses oreilles. Échappant au rafales de mots du tueur ou de la tueuse nourris très tôt aux dépêches AFP et à la dialectique. « Pas pareil sur France culture que sur France Inter.». Nombre de copains et copines m’exhortent à changer de station. Je fais quelques infidélités mais reviens toujours à mes ondes préférées. Ils n’ont pas réussi à me défranceintériser. Sûrement une fidélité à une enfance bercée par cette radio. Chacun son choix. Toutefois étonnant qu’ils oublient le jeu des « chaises musicales» à Radio-France. Des voix qui voyagent de France-Inter à France Culture. Avec certes peut-être, comme le disait un ancien ministre, plus la possibilité de placer un point virgule sur les ondes de France Culture. Nos commerciaux de l’info à l’aise derrière tous les micros ?

      « Quels abrutis ces manipulés de beaufs qui croient à la voix de BFM ou de RTL ! ». J’ai entendu cette violente critique lors d’une soirée. Difficile d’échapper à la conversation. Le type, une grande gueule brillante, entouré d'un auditoire captif avec flûtes à bulles, parlait très fort. J’étais moi aussi captivé par les propos de ce tribun de soirée. Fort cultivé et avec nombre d’arguments percutants. Mais avec exactement les mêmes enfermement que ceux qu’il dénonçait chez les moutons des ondes et de plasma. « Ni Dieu, ni journaliste. Je ne crois en aucun des deux. Même s’il prêche sur France-Culture, France-Inter, Médiapart, Libé, le Monde, Causeur, le Figaro, l'Huma, ou partout ailleurs. La seule différence est que Dieu n’existe pas. Vous avez trace d’un édito de lui, un enregistrement, un tweet, etc ? Rien. Aucune preuve de ce qu’il nous raconte. A part des livres qu’il a laissé écrire par d'autres. De simples mortels comme nègres de Dieu ?Alors que les journalistes laissent des traces de ce qu’ils disent et écrivent. Suffit d’aller vérifier. Google et encore le papier peuvent nous éclairer. Chacun peut disséquer la parole des ondes et des écrans. Avec le risque d’être qualifié de complotiste car vous doutez de la voix divine  de Radio-France ou d’autres médias. Peut-être que Dieu qui sait tout existe. Se déplace-t-il sous le nom de Google ? ». C’était une partie de mes arguments pour participer à la conversation. Je les ai gardés sous mon crâne. Le type n’était pas là pour un quelconque dialogue. Juste pour s’écouter parler dans les yeux de ses aimantés. En plus, il m’aurait brisé en deux. Je suis de moins en moins doué à la parole en public. Et incapable de la répartie qui tue et ferme le bec de son interlocuteur. Les puncheuse mettront-ils KO tout forme de dialogue ? Le point virgule a une espérance de vie encore plus longue à l’écrit.

    Agréable réveil musical chaque matin. Pourquoi pas l’agrémenter de la lecture de poèmes. Avec des voix d’hier ou d’aujourd’hui comme Jacques Bonnafé et d’autres grands lecteurs actuels. Ponctuer le corail musical de perles poétiques. La poésie, comme la musique et d’autres formes artistiques, parlent du monde. Celui d’hier, de demain, et d’aujourd’hui. Pourquoi pas une play-list de poèmes lus à l’antenne. Mais pas que pendant les grèves. Demander aux animateurs-phares des matinales radio de passer le relais à un lecteur ou une lectrice de poésie. Laisser un bref instant leurs certitudes, réparties tout terrain, etc, au pied du micro. Différer de quelques secondes le temps d’antenne dédié à l’invité venu vendre sa soupe ( bonne ou mauvaise). Que gagneront ces animateurs radio, leurs invités, et nous ? Le gain de quelques mots échappant à la vigilance des douaniers du taux d’écoute pour flottant sur les flots de l’info. Trois petits points avant d’attaquer les phrases affirmatives - souvent – mécaniques du boulot ou d’autres activités répétitives de tout un chacun. Offrir aux auditeurs des nouvelles de la planète emballés dans un papier poésie. Une voix sans maître chaque matin.

    Un appel au rêve quotidien.

 

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