En sang réel

Une personnalité publique a décidé de quitter les réseaux sociaux. Le dernier post de la romancière commenté sur les ondes de France-Inter. Un choix respectable. Sans doute le fruit d’une profonde réflexion.Et un énorme dégoût face au dernier crime barbare. Compréhensible de vouloir refuser de participer au chantier de haine virtuelle. Et en sang réel.

 © Marianne A © Marianne A

       

              Une personnalité publique a décidé de quitter les réseaux sociaux. La romancière et journaliste l'a annoncé publiquement. Quelques extraits de son dernier post ont été commentés sur les ondes de France-Inter. Son choix est respectable. Sans doute le fruit d’une profonde réflexion. Et sûrement un énorme dégoût face au dernier crime barbare. Compréhensible d'avoir envie de plaquer la toile après tout ça.  À plusieurs reprises, j’ai voulu aussi me déconnecter complètement. Liquider mes liens avec les réseaux sociaux : arrêter ce blog et le Tweet. Mais chaque fois, j’y ai renoncé. Mon ego voulant toujours avoir sa petite place au soleil 2.0 ? C’est possible. Très rares celui ou celle qui écrit, peint, filme, danse, se présente aux élections, sans plus ou moins une part de nombril. Mais il y un autre problème beaucoup plus grave que son petit angle de vue à travers l'écran. Une réalité de plus en plus incontournable sur les réseaux dits sociaux. Ce n'est plus simplement une histoire de mots.

        Mais de mort. Celle vendredi d’un homme. Pas le premier à avoir été tué par une main isolée et reliée. Derrière le couteau ou arme à feu, se profilent de nombreuses ombres numériques.  Elles soufflent sur des braises d’une haine qui n’attendait qu'un signe  pour s’enflammer. Ça ne dédouane en rien la main criminelle. Sûrement, que certaines d’entre elles ne seraient pas passées à l’acte sans une stimulation à travers les réseaux sociaux. Les cerveaux fragiles et manipulables sont légion sur la toile. On pourrait les rebaptiser réseaux de cas sociaux. Des hommes et femmes en dérive sont moins facilement repérables que sur un trottoir ou dans une gare. Cachés derrière les écrans. Que faire contre les manipulateurs lançant des chiens de guerre - enrôlés sur le Web- sur leur proie ?

      La question du jour en boucle notamment sur les réseaux sociaux. Débats et interrogations en cours sur ce sujet de la responsabilité de la toile dans les actes de barbarie en France et dans d’autres parties du globe. Comment réagir face à ce robinet de mots et images planétaire ? Quelle solution pour filtrer un tel flot ? Pour ma part, je n’ai pas de réponse. Aussi impuissant que beaucoup d’internautes. Ma seule réponse sera peut-être de ne pas déserter la toile. À mon avis, ce n'est pas le moment de fuir. Comme certains auteurs renommés et autre people déclarant quitter le pays en cas d’élection de Marine Le Pen. Un billet d’avion pour l’autre bout de la planète. Rares les bouts encore préservés de la connerie humaine. Parmi ces éventuels futurs émigrants, certains ont dû saluer l’acte de résistance du prof. Peut-être même aller manifester pour claironner qu’il faut résister à la barbarie. Leur billet d’avion en attente.

       Rester sur les réseaux sociaux ne réglera rien. Partir encore moins. Le virtuel qui se mord la queue. Raison contre réseau ? Lâcheté ou courage de préférer le silence numérique ? Difficile d’avoir des certitudes sur l’efficacité de tel ou tel acte. Nous avons très peu de recul sur ce nouvel espace mondial sans murs ni frontières. Le doute n'est pas de trop  dans ce genre de débat. Et tant mieux. Mais, pendant ce temps ; les ombres numériques ne doutent pas et œuvrent à leur chantier de haine et de sang. Quelle serait la meilleure ou moins mauvaise solution ? Une phrase m’a proposé une direction. En ce moment, pour me nettoyer un peu la tête, je relis pas mal de poésie. Une autre forme de fuite ? Peut-être parce que je n’ai pas assez d’argent pour prendre un billet de navette spatiale pour une planète sans Dieu ni cons. Une destination introuvable. En plus guère réjouissante. Quelle tristesse un monde parfait.    

       L’évocation du départ des réseaux sociaux de la romancière m’a rappelé la phrase d'un poète. Encore des mots inutiles ? C’est vrai. Ils n’auront aucune influence sur le réel. Toutefois pas des mots de n’importe qui. Un poète très impliqué dans des réseaux. Mais pas comme nous à l'abri derrière un écran. Des réseaux de résistance à ciel ouvert mais occupé. Un combattant qui se prenait la réalité en pleine gueule. C’est René Char. « Ils refusaient les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés. ». Que dire de plus ? Si ce n’est d’essayer de garder les yeux le plus ouverts possible. Conserver au moins un regard sur notre époque. Devant son écran ou ailleurs

       Rester en veille humaine.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.