Terminus diplôme

Que mes pas sur le quai de la gare. Il a neigé toute la nuit. Beaucoup de mal à me lever ce matin. «Tu donnes trop de temps aux jeux vidéo.» .Maman a raison..« Pas pour nous qu’on dit ça.C’est pour toi.». En effet, ils pensent à mon avenir. Mais tous les deux rêvent aussi à travers mes études. Comme si un bout de leur histoire voyagerait avec moi dans un autre monde.

 

 © Marianne A © Marianne A

 

          Que mes pas sur le quai de la gare. Il a neigé toute la nuit. Au début, le silence me faisait très peur. Surtout en hiver quand le jour n'est pas encore levé. Le train va arriver dans exactement six minutes. J’ai eu un peu de mal à me lever ce matin. Sans doute à cause du devoir de maths sur table de ce matin. Je l’ai révisé au dernier moment. En vérité pas très prête. « Tu donnes trop de ton temps à tes  jeux vidéo. ». Maman a raison. Mais il fallait absolument que je termine ma partie.

       Mes parents sont gentils mais ils me mettent trop la pression sur l’école. Tous les deux viennent vraiment du bas de l’échelle. Surtout Maman qui a vécu de famille d’accueil en famille d’accueil. Elle a même été maltraitée. « Pas pour nous qu’on dit ça. C’est pour toi. Pour que ta vie soit pas comme la nôtre. ». C’est vrai qu’ils pensent à mon avenir. Mais je sais aussi que tous les deux rêvent à travers mes études. Comme si un bout de leur histoire aller voyager avec moi dans un autre monde. Leur petite revanche sur l’écrasement de leur enfance. Je dois avouer que ce n'est pas facile tous les jours de transporter leurs rêves. En plus des miens plus gros que ceux autorisés par mes origines. Je prépare mon envol.  Un envol avec les ailes déjà bien chargées.

      La chance. J’ai conscience de la très grand chance que j’ai. Surtout avec des parents qui m’accompagnent et m’encouragent depuis ma toute petite enfance. Dès que je baisse les bras, ils se mettent à deux pour me relever. Beaucoup de copains et de copines n’ont pas cette chance. Même chez certains gosses de riches. Ils ont tout ce qu’il faut ; sauf les mains qui relèvent, essuient une larme de découragement ou d’une autre tristesse sur la joue, le regard qui donne plus que confiance. Mon diplôme devra beaucoup à mes parents. Et à certains de mes enseignants.

      Mais aussi à des inconnus. Ces gens jamais rencontrés sans qui tout ça n’aurait pas été possible. Ou avec énormément de difficultés. Ils m’ont facilité la tâche. Je sais que ça a été dur. Certains trouvaient que je coûtais trop cher à la société. « Pourquoi cette gosse veut faire des études en ville ? Elle n'a qu’à se trouver un boulot dans son bled. Chez un artisan près de chez elle ou dans les champs comme la plupart de ses voisins. Elle se prend pour qui cette gosse. Nous n'allons pas céder à son caprice et celui de sa famille. ». Papa et Maman n’ont pas voulu me raconter la réunion. Je les ai entendu en parler un jour. « C’est notre honneur et notre devoir de faire en sorte qu’elle puisse passer son examen.» Tout s’est joué à une voix. Celle du président de la commission. Un fils de paysan.

     Chaque matin, mes parents et tous ceux qui m’ont soutenu grimpent avec moi dans le train. Ils partent le matin et reviennent le soir dans notre gare de campagne. Une toute petite gare perdue dans les champs. Elle a été construite pour emmener les ouvriers et les employés. Puis, peu à peu, notre village et ceux autour se sont dépeuplés. La ville a aspiré tous les jeunes, laissant derrière elle que les vieux et les quelques habitants travaillant encore dans les champs et les rares petites entreprises du coin. Une campagne dortoir avec des fantômes. Au fil du temps, la gare a eu de moins en moins de voyageurs. Jusqu’à ne plus en avoir qu’une seule. C'est moi.

      La lycéenne de la gare.

 

NB : Une fiction inspirée de cet article. Au japon, une gare n’est ouverte que pour une lycéenne. Elle n’avait pas d’autres moyens de transport pour étudier. La gare fermera quand elle aura son diplôme.

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