Les calculettes de l'ignoble

Combien peut rapporter cette horreur ? Certains ont attaqué la comptabilité. Rien de nouveau sous le ciel des vampires d’actualités.Eux gagnent à tous les coups.Mais peu importe ces ignobles- de tous bords. La majorité des internautes, réagissant sur les réseaux sociaux, est sincèrement touchée. En colère. Et en empathie avec les proches d'une femme lâchement assassinée.

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                  Combien peut rapporter cette horreur ? Certains ont dégainé leur calculette et attaqué la comptabilité. Prêts à tout pour engranger sur un ignoble assassinat. Rien de nouveau sous le ciel des vampires  d’actualités. Eux gagnent à tous les coups. Mais peu importe ces ignobles- de tous bords - sans le moindre scrupule. La majorité des internautes, réagissant sur les réseaux sociaux, est sincèrement touchée. Une profonde tristesse.  Tous sont en colère et en empathie avec les proches de cette femme lâchement assassinée. Ce qui compte, c’est d'abord elle. Sa famille et ses autres proches. Nous ne sommes que des témoins. Derrière la vitre de nos écrans. Choqués par cette nouvelle horreur. Et impuissants.

      Comme à chaque fois, l’impression de retourner à la case enfer. Celui que des barbares instaurent sur terre. Des décérébrés gavés à la télé-réalité et à la religion fast-food.  Les dédouaner de leur acte en évoquant la manipulation des esprits faibles ? Hors de question. C'était la main du tueur sur le couteau. Pas celle de quelqu’un d’autre. C’est lui le coupable. Point, barre.Même s’il y a une part de manipulation de nettoyeurs de cerveaux. Nettoyage de proximité ou à distance. Avec l’aide notamment de capitaux internationaux pour diffuser l’enfer sur toute la planète. Qui sont ces mécènes de l’horreur ? Entre autres des princes du pétrole massacrant au Yémen avec des armes françaises. L'islamisme ( la tumeur d'une religion qui - comme toutes les autres- n'est pas ma tasse d'athée) est un fascisme. Ça ne sert à rien de se tortiller en circonvolution sémantique. Faut appeler un facho un facho.

        Même quand le facho a la couleur de peau des damnés de la terre.  Une réalité que d'aucuns ont du mal à accepter. Parmi les écrasés du monde qu'il faut soutenir et défendre, certains individus sont des êtres ignobles. Comme dans tout groupe. La cruauté peut naître sous n'importe quelle peau. Même celle qui souffre et subit un réel écrasement. La souffrance n’est pas toujours un passeport pour l’empathie et l’ouverture au monde. Pourquoi l'écrasé serait-il vacciné contre le pire ? Ce n'est pas un être supérieur et doué d'une humanité indéboulonnable. Juste un individu semblable à tous les autres. Avec sa part de beauté et de boue. Autrement dit un être imparfait. Il reste banalement humain et donc susceptible d'inhumanité. N'importe quel individu, quelles que soient son origine et ses souffrances, peut basculer dans le pire. Islamisme =fascisme. Nous avons des preuves depuis un certain nombre d’années. Comme identitarisme = fascisme.  Nous en avons aussi des preuves en France et ailleurs. Deux bêtes jumelles issues du même ventre à nouveau fécond.  Islamisme ( ne pas confondre avec musulman ) et identitarisme sont parmi les plus grandes plaies de notre époque. Avec le fric à tout prix bouffeur d'humains et de planète. Déjà répété tout ça. Du radotage inutile. Puisque se répète l’horreur.

       Une femme est morte égorgée. Derrière elle, la douleur de ses deux enfants. Plus celle d’autres de ses intimes. La machine à rumeurs numérique s’est enclenchée. Avec comme toujours de fausses et vraies infos. Les premiers en poste sont les vampires de l’actualité. Parfois des anonymes, profitant d’un drame, pour libérer les vannes de leur haine. Certains opacifient volontairement la réalité des faits. Deux ou trois éléments de ce drame sont pour l’instant très clairs. Dont le fait qu’elle était fonctionnaire ( comme le professeur Samuel Paty) de police. Désormais une femme morte. Et dans le sillage de sa mort une réelle douleur autour d’elle. La dévastation de ses proches. Une souffrance prioritaire sur tout le reste.

    La fermer serait sans doute la meilleure solution. Ce billet participe-t-il à une forme d’indécence généralisée – critiquée par ailleurs dans ce texte- que permet le numérique en nous rendant tous voyeurs ? Une intimité dans laquelle la plupart d’entre nous rentrons via la toile et tous ses trous de serrures ? Des questions qui peuvent se poser. Pour éviter les travers voyeuristes du numérique, il préférable de rester dans le rôle du témoin muet derrière son écran. Touché sans toucher son clavier. Se contenter de sa colère contre ce connard. Un putain de… Remplacer les trois lettres par toutes les insultes de votre choix. Difficile d'échapper à son cerveau reptilien face à ce genre d'atrocités.

  Chaque fois, je m’exhorte à ne pas réagir. Autant retourner à la fiction et y rester. Quitte à être impuissant, autant ne pas la ramener et faire profil bas. Ne pas rajouter son impuissance au drame en cours. Se contenter de prendre l’atrocité humaine( un crime pas commis par un martien; c’est un semblable) en pleine gueule et la cuver dans le silence. Porter le deuil solitaire d'une période noyée d'obscurantisme et de confusion. Jusqu’au prochain drame sur nos écrans de contrôle du tragique de notre siècle. Parler, c’est perdre. Sauf pour les hommes et femmes à calculettes qui remplissent le tiroir-caisse de leur boutique à haine et divisions. Même la plus grande des sincérités semble perdante et engluée dans la toile à émotion 2.0. Que faire ? La fermer. Ne pas se servir du seul outil en notre possession : la langue. Ôter les mains de son clavier et sa souris pour rester abattu et muet. Face au meurtre horrible et lâche d’une femme. Juste constater les horreurs contemporaines sur lesquels les mots ont très peu de prise. Des phrases désespérément inutiles.

    Se taire c’est aussi laisser toute la parole à d’autres. Comme tous les vampires- officiels ou inconnus- se frottant les mains à l’annonce de ce crime qui va encore leur rapporter gros. Un très important gain grâce à cet… Toutefois parler c’est en partie ne pas nier la douleur. Rappeler – même avec parfois maladresse – qu’elle est présente. Pour qu’elle soit dissoute le moins rapidement possible dans le fleuve de l’actualité mortifère de notre époque. Percer un instant la surface du silence – seul dans ce cas précis à ne servir aucune boutique ni haine solitaire - pour accompagner de loin la douleur des proches de cette femme assassinée. Le plus discrètement possible. Quelques mots de soutien à distance. Ceux d’ inconnus qui pensent à des êtres dévastés. Même si ça ne changera rien à leur drame. Les mots ne rembobinent pas la réalité.

   Rien ne remplacera cette vie arrachée.



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