Mouloud Akkouche
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Billet de blog 25 juil. 2022

Lettre à notre France Inter

Qu'est-ce qui me prend de cirer les pompes de mes ondes préférées ? Alors que tu m'agaces si souvent.Comme quand,avec le fric des contribuables, tu es allée servir la soupe à un patron en cavale. Indécence et inélégance. Plus le ton trop uniforme grandes écoles et parfois méprisant de certaines de tes voix. Mais je reste accro à tes ondes.

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"On supprimera l’Âme
Au nom de la Raison
Puis on supprimera la raison .

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice
Puis on supprimera la justice .

On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière
Puis on supprimera la matière .

Au nom de rien on supprimera L'Homme ;
On supprimera le nom de l'Homme ;
Il n'y aura plus de nom .

Nous y sommes . "

Armand Robin

.

                     Qu'est-ce qui me prend de cirer les pompes de mes ondes préférées ? Alors que, comme beaucoup d'autres auditeurs, tu m'agaces si souvent. Notamment quand, avec le fric des contribuables et donc de la redevance, tu es allée servir la soupe à un patron en cavale. Indécence et inélégance. Plus le ton parfois méprisant de nombre de tes voix usinées à Normal Sup ou dans d'autres écoles à tenir le micro et distiller les infos. L'impression quelques fois d'entendre des algorithmes dès le réveil. Avec des piques d'arrogance et mépris du p'tit peuple des auditeurs. Une bande d'adulescents nourris aux jeux vidéo, Science Po, le nez toujours à comptabiliser le nombre de pouces levés et de suiveurs. Peut-être suis-je un auditeur vieillissant; plus dans le cœur de cible dragué. Mais toujours accro à toi. Nous avons été très nombreux " né en France Inter" à t'avoir souhaité un bon demi-siècle.Souffleras-tu tes soixante-dix bougies ?

                 La question peut en effet se poser. De mauvaises ondes planent en ce moment au-dessus de toi. Et de toutes les autres stations de Radio-France. On sent une grande inquiétude parmi le personnel. Même ceux guère habitués à s’exprimer commencent à se lâcher. Au-delà des murs de la Maison ronde, des millions d'auditeurs fidèles s'interrogent aussi. Pas uniquement des questions de professionnels de la politique ou de la polémique pour faire plus de buzz. Quelle est cette appréhension. Les vautours avec chaussures pointues, barbe mal rasée au millimètre près, tournant autour de la Radio publique ; ils sont armés de leur PowerPoint et éléments de langage. Des dépeceurs de beauté, de poésie, d'intelligence. Prêts à tuer tout ce qui ne rapporte pas à leurs donneurs d'ordre. Des (coast) killer très bien éduqués. Les plus redoutables.

            Né en France Inter était le titre de mon billet pour ton cinquantième anniversaire. Sans doute les mêmes mots si je devais t'écrire pour tes 60 balais d'ondes. Un texte sincère pour ton demi-siècle de bons et loyaux services, mais quelle naïveté. Aussi naïf qu'un certain nombre œuvrant aujourd'hui à Radio-France. Comment ne pas avoir vu arriver les barbares à chaussures pointues ? Certes très difficile de les repérer. Des femmes et des hommes capables de se déguiser en votre meilleur ami. Certains t'ont même infiltrée France Inter. Plus toutes les autres stations de la Radio Publique. Pourquoi les avez-vous laissés venir vous détruire de l'intérieur ? Parce que vous avez fréquenté les mêmes écoles et cantines ? Une part de vous en eux ? Et inversement. L'anesthésie à marché. Et pas uniquement dans le secteur audiovisuel. Les chaussures pointues ont pris les rênes du pays. Avec leurs clones partout sur le village planétaire.

           On reconnaît le bruit du bonheur au bruit qu'il fait en partant. Cette phrase de Prévert me semble raccord avec ce qui se passe pour Radio-France. Ainsi que pour tout le reste de l'audiovisuel public. Je ne suis pas un spécialiste des impôts et ne peux réellement débattre de l'abandon de la redevance. Mais j'ai une intuition à la lecture de certains articles et témoignages. Loin d'être le seul à s'interroger sur ce qui se trame. Quand les chaussures pointues s'approchent d'une proie, il n'en reste pas grand-chose après leur départ. Quid de l’Éducation nationale, des hôpitaux, etc. Leurs intérêts ne correspondant pas à ceux de l'intérêt général. De qui sont-ils les porte-flingue économiques ? Quelques-uns pouvant engranger encore plus. Rien de nouveau sous le ciel de la minorité qui compte beaucoup. Toujours pour ses proches et ses poches.

              Des appréhensions infondées ? Observer le changement avant de critiquer ? ?Espérons que ces inquiétudes de la casse de Radio France soient fausses. Même si, en réalité, il n'y a rien à espérer des chaussures pointues. On les a déjà vu à l’œuvre. Ils sont souriants et courtois mais ne font pas dans la dentelle. Radio-France risque de devenir un énorme navire de croisière vendu au plus offrant. Entièrement ou par parcelles. La culture, les débats de fond, les documentaires, ne disparaîtront pas. Les chaussures pointues ne sont pas idiots et idiotes et savent briller comme des lampadaires. Pas des phares. Ils et elles ont appris ce que représentent France Inter, France Culture, France Musique, et les autres stations. Une marque de fabrique et une superbe vitrine sur le plan national et internationale. Beaucoup d'émissions "dites intello" continueront. Mais reléguées en fond de cale.

           Si les dépeceurs gagnent, je tiens à te remercier France Inter. Ainsi que France Culture, France-Musique, Fip... Finalement toute la maison Ronde. Pour moi, avec mon Bepc au rattrapage, ni carnet d'adresses, cette " grosse baraque" dans le 16e arrondissement de Paname a été mon université à distance. Une sorte de CNED sur ma table de cuisine et de chevet. Sans toutes ces bonnes ondes, je serai encore plus imparfait. Sans doute des millions d'auditeurs dans mon cas qui se sont élevés en tendant l'oreille. Pour recevoir une transmission intime de culture, histoire, infos, fictions, poésie... Tant d'heures d'écoute permettant d'aller plus loin. Une très belle école du doute et de la curiosité. Une maison avec tant de fenêtres ouvertes sur le monde et les autres. Et sur soi.

          Pourquoi s'avouer vaincu ? Ça n'arrivera pas. La Maison Ronde, c'est comme la Tour Eiffel. Un monument appartenant à tous les citoyens et citoyennes de ce pays. Et bien au-delà de nos frontières, dans toute la francophonie. Les chaussures pointues vont avoir beaucoup de mal à casser ce bijou. Comment aider la Maison Ronde à ne pas sombrer ? D'abord en continuant de l'écouter. Sans oublier bien sûr de la critiquer. Et s'il le faut cesser complètement de l'écouter pour que les chaussures pointues s'inquiètent de la chute d'audience. Que les chiffres les intéressant. S'ils sentent que ça baisse, ils mettront de l'eau dans leur PowerPoint et autres calculs. Prêts à tout pour garder le tiroir-caisse de leurs nourrisseurs.

       Certains peuvent plus que nous - simples auditeurs éparpillés ici et là - dans ce combat pour défendre les ondes publiques. Qui sont ces meilleurs combattants ? Les figures de proue de Radio-France. Journalistes et producteurs dont le métier est de donner à entendre et à écouter. À eux de faire leur boulot à avec leur micro et techniques de communication. Pour rappeler sans cesse que la fin des ondes publique sera à terme celle de la démocratie L'information et la culture passant  cette fois  entièrement entre les mains des plus riches de ce pays. Un très beau cadeau aux arrogants crachant sur la majorité. Leur offrir en plus les ondes publiques ?

            Trêve de blabla et d'ouverture de portes dégondées. Tout a déjà dit sur ce sujet. Et avec beaucoup plus de profondeur qu'un banal billet d'humeur. À demain très chère  France Inter. Et pour détourner les propos d'un certain Lucien Jeunesse: si vous le pouvez bien.

Deux de tes millions d'oreilles fidèles.

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