Trêve de caviardages

Si à .. ... .. ... été ….., c’est … .. .. …. ta jeunesse. Cette phrase ouvrait un billet mis en ligne. Présente avec tous ses mots. Supprimée. Que s’est-il passé ? Mais …. ici… point de vue. Vous… le... erreur. C'est vrai que j’aime ça… et ça...Possible que, en fait,…. … là...parole. Se demander si…. …. à…..Important de… et…S'interroger…. …. vous… Pourquoi… ce qui …. la….?

 © Élie A © Élie A

                         Si à .. ... …. ... été ….., c’est … .. .. …. ta jeunesse.

                 Cette phrase ouvrait un billet mis en ligne sur ce blog. Présente avec tous ses mots. Supprimée. Le billet aussi dans la foulée. Que s’est-il passé ? La phrase avait gêné un regard sur la toile. Même en étant accompagné d'une explication. Elle avait un lien précis avec le sujet du billet. Cette suppression a généré un changement du premier chapitre. Puis j’ai revisité peu à peu tout le texte. Une autocensure à cause des propos d’une personne qualifiant de honteux ce que j’avais écrit. Voire complaisant avec le pire. Persuadée que d’autres seraient aussi choqués qu’elle. Une colère élégante et avec un langage plus que tenu. Loin des crachats numériques comme on trouve  très souvent sur les réseaux. Elle avait raison sur le choc que l’incipit pouvait créer. C’était volontaire. Une manière d'aborder le sujet et s'interroger dessus. Rien de plus qu'une banale opinion. Sans vouloir en faire une vérité. Un angle de vue parmi des millions d'autres. Pourquoi avoir supprimé ma phrase d’ouverture ?

          La trouille. Nul besoin de noyer les explications dans un fatras sémantique. C’est elle qui m’a poussé à effacer un texte déjà en ligne et en écrire un autre. Avec l’idée que la seconde version, amputée de sa phrase d’accroche, garderait le sens du premier texte proposé à la lecture. Simple. Pas quelques mots pouvant chambouler l’organisation de tout un billet. C’est ce que j’ai cru.. Bien sûr, les idées importantes n’avaient pas disparu. Enrobées juste dans une autre forme. Rien de si grave. Pas mort d’homme ou de femme. Faut savoir relativiser. Que pèse une phrase foutue à la poubelle face à la douleur du monde ? Que dalle. En plus, pas que les phrases qui sont supprimés sur notre douce planète. Suffit de se remettre sur le clavier et en pondre une autre. Pas la grammaire à boire de tout de même. Tout à fait vrai. Pourtant, quelque chose était définitivement perdu.

      En évitant de heurter la moindre sensibilité. De quelle façon ? Pourquoi pas essayer en direct sur ce billet. Votre action est légitime. Vos propos sont d’un très grand intérêt. Contrairement à ceux de vos détracteurs. Vous avez raison de penser ce que vous pensez. Nous aussi. Une évidence que nos propos et actes sont les meilleurs. En débattre ? Bien sûr. Mais c’est difficile avec des adversaires d’aussi mauvaise foi. Prêts à tout pour faire passer leurs idées puantes. Vous avez raison de le dire. Nous aussi disons la même chose. Notre combat est juste. Nos adversaires ne cherchent qu’à le décrédibiliser. Plus je vous lis et vous écoute et plus je pense que vous avez profondément raison. Nous ne pouvons pas les laisser dire ça. Se méfier des manipulateurs qui feront tout pour salir notre beau combat. Nous avons des convictions. Et eux que de la haine. Nos convictions sont les seules vrais et sincères. Toujours être d’accord est une des solutions. Ne pas émettre la moindre réserve. Surtout pas d’humour. Et encore moins de satire. Un exercice compliqué de parler en se taisant d'une certaine façon. Filtrer tous ses propos. Comment aller dans le sens d'un poil devenu très sensible ?

       En évitant de heurter la moindre sensibilité. De quelle façon ? Pourquoi pas essayer en direct sur ce billet. Votre action est légitime. Vos propos sont d’un très grand intérêt. Contrairement à ceux de vos détracteurs. Vous avez raison de penser ce que vous pensez. Nous aussi. Une évidence que nos propos et actes sont les meilleurs. En débattre ? Bien sûr. Mais c’est difficile avec des adversaires d’aussi mauvaise foi. Prêts à tout pour faire passer leurs idées puantes. Vous avez raison de le dire. Nous aussi disons la même chose. Notre combat est juste. Nos adversaires ne cherchent qu’à le décrédibiliser. Plus je vous lis et vous écoute et plus  je pense que vous avez profondément raison. Se méfier des manipulateurs qui feront tout pour salir notre beau combat. Toujours être d’accord est une des solutions. Ne pas émettre la moindre réserve. Tout bémol peut vous placer dans la case des complices des salauds. Surtout pas d’humour. Et encore moins de satire. Même parfois à sa propre table. Nul d'entre nous n'échappe à cette susceptibilité ambiante. Cette tendance à vouloir que tout individu soit pur et parfait. Autrement dit qu'il pense et agisse comme soi. Un clone social.  Quelle solution pour éviter nombre de polémiques dû à cet excès de recherche de pureté de la pensée ? S'équiper d'un kit d’éléments de bon langage ?

        Mais …. … point de vue. Vous…. Le …. est…. Comment ce…. … là. Je me demande si…. …. à….. Important de… et…. La …. Je voulais dire que…. …. vous… Comment… ce qui …. la…. ? Je crois que…. dans ces… paroles… peut se poser. Que ce sujet soit… … , de la… penser... même si…. réalité. Si ce n’est pas…. …. réfléchir … …, ici et là…. je… suite. Oui,… d’accord… propos. Le principal…. Serait-ce…., le…, les, beauté. C’est possible que… les …. douter… une réponse... sur les routes. Cela dit, je… vous… rire... dans un proche avenir. La possibilité de pouvoir en…, s’interroger... sans… avec aussi…. une fois que… Si possible de… vous… la page…. Pas d’accord… réussite. Vous êtes… bien sûr… opinion. Tout ça… au fond… subjectivité. Demain…. ne serait-ce que… une façon de… esprit.

         Désolé, mais je me suis laissé emporter. Pas facile d’effacer des années de pratique. Écrire comme avant que les sensibilités soient si sensibles. Et les pressions aussi pressantes. Ça viendra. Il fait juste du temps. Changer d’habitude. Pour l’instant, les petits points sont nécessaires dans le protocole thérapeutique. Important d’y aller par étapes. À terme, on pourra s’en passer. Le texte ne sera pas ponctué de ces espèces de silences gênés. Il sera fluide. Sans même l’intervention d’un regard extérieur. La pression se fera de l’intérieur. En interne sous notre crâne. Pourquoi évoquer un terme aussi violent que pression ? Puisqu’il s’agit d’aller dans le bon sens. Ne plus nuire à eux, à elles, à ceux du fond, à lui sur le côté, à elle qui vient de rentrer dans la pièce, et à eux dans la rue…. Quelle joie et plaisir de tous parler enfin la même langue. Une langue sans aspérité et qui ménage chaque sensibilité. Surtout les plus sensibles du moment. Utopique ? Pas du tout. Notre société est de plus en plus prête à ces changements. Pour une langue commune. Une sorte de nouvel espéranto des sensibilités.Langue du sens du vent.

        Suis-je guéri ? Capable de ménager les susceptibilités des sensibilités ? Ne jamais... Oh ! Puis, merde ! Font chier ! C’est vrai que j’aime ça… pas ça, et ça… Pas d’accord avec vous…. Possible que… douter. Il a… critique… Peut-être… La preuve que j’ai encore besoin de soins. Peut-être d’une cure de désintoxication de liberté d’opinion. Même si je fais tout mon possible. Mais c’est plus fort que moi. Toujours à oublier qu’il ne faut pas toucher à telle ou telle sensibilité. Certaines, très organisées et vindicatives, veillent sur la toile et dans le quotidien hors écran. Va falloir que je sois moins désinvolte. Tenir compte de toutes ces sensibilités avant chaque rédaction de texte. Compliqué. Pourquoi ? De plus en plus de sensibilités à vouloir vérifier tout ce qui peut les concerner. Avec l'aide de techniques de veille numérique. Capables donc de tout surveiller et d'avoir une bonne réactivité. Comment faire pour ne pas les froisser ?

        Déjà supprimer toute trace d’humour. Les sensibilités sont très chatouilleuses sur ce sujet. Avec l’impression d’être le centre de toutes les moqueries. Même si d’autres sensibilités sont satirisées. Mais chacune persuadée de plus souffrir de la critique ou de l’humour que les autres. Prioritaire donc sur la compassion.  L’humour et la critique supprimés sont le gage d’être sur la voie de la guérison. Presque sorti d’affaire. Néanmoins, il ne faut pas crier victoire trop vite. Important aussi de remettre à jour sa liste de sensibilités fort susceptibles. Les nouvelles sur le marché sont souvent les plus à fleur de peau. Sans doute pour se faire leur place. Très difficile d’être vu et reconnu parmi la foule de sensibilités occupant déjà l’espace. Faut aller à la chasse au like et pouces levés. Quels outils pour ne pas heurter ces sensibilités émergentes ?

         Plusieurs possibilités vont peut-être nous être proposées au fil du temps. Comme suivre des formations en méthode de « non-heurt de sensibilités ». Apprendre à ne plus du tout penser hors des clous. Quelle idée en effet de tenter de conserver son esprit critique. Surtout que c’est très facile avec les nouvelles signalétiques de s’en débarrasser. Tout est désormais bien indiqué pour ne pas se tromper de choix. Les bons d’un côté, les mauvais de l’autre. Facilement repérables. Le problème, c’est le nombre. Tellement de bons et de mauvais. Quels sont les vrais et les faux ? Un parcours du combattant pour circuler. Même avec un bon GPS pour rouler du bon côté. Encore une histoire de temps et d’habitude. Sachons être patients. Bientôt en vente l’hydrogel de la pensée. Un petit coup à l’intérieur chaque matin pour empêcher toute contamination d’esprits retors. Et la nuit pour désinfecter les rêves. Mais, en attendant ; quel geste pour être guéri complètement de son mauvais regard ?

            Supprime.


   Caviardage (Néologisme) Suppression de certains passages d'un texte écrit, lesquels sont considérés comme gênants, compromettants ou immoraux sur ordre d'une censure quelconque.

 

 

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