Covisolitude

Celle d’un vieil homme assis dans une chambre exiguë. Comme échoué sur son lit une place. En attente. Enfermé dans une sorte d’exil multiprise. Loin de ses premiers pas dans son pays natal. Sans pouvoir prendre un proche dans ses bras. En plus de l’exil de la vieillesse. Celle qui, peu à peu, l’éloigne du monde et des autres. Double attente. Entre un lit et une fenêtre.

 

          Celle d’un vieil homme assis dans une chambre exiguë. Comme échoué sur son lit une place. En attente. Enfermé dans une sorte d’exil multiprise. Loin des premiers pas dans son pays natal. Sans pouvoir prendre un proche dans ses bras. Ne plus sentir la présence d'un être aimé. En plus de l’exil de la vieillesse. Celle qui, peu à peu, l’éloigne du monde et des autres. Double attente. Comme d’autres vieillards, venus d’ailleurs ou né ici, il n’a pas d’autres solutions. Attendre. Dans la chambre d'un foyer pour vieux immigrés ou en Ehpad. Une attente entre un lit et une fenêtre. Avec des images en boucle dans la tête. Celle de son histoire unique.

        Des jeunes vivent aussi en suspens. Dans une sorte de salle d’attente sans murs. Toute leur énergie muselée. Comme tenus au bout d’une laisse invisible. Contraints à abandonner une part de désinvolture. Celle qui fait l’étoffe de la jeunesse. Certains, comme récemment des étudiants, un musicien, décident de briser leur solitude. En mettant fin à leurs jours. D’autres basculent dans la folie. La covisolitude laissera des traces de ses morsures. Profondes.

       Surtout sur certaines chairs. Pas un scoop que les plus fragiles seront encore plus fragilisés. Comme une accélération des fêlures sociales et intimes. Très souvent mêlées. Mais pas que les plus fragiles à être touchés. Même si ce sera moins directement sur les plus nantis. Enfermé dans une sorte de solitude. La planète aussi dans le même état. Abattement à tous les étages du monde. Rares celles et ceux n’ayant pas de séquelles. Autrement dit de syndrome post-Covid.

       Pourtant il va falloir y aller. Remonter sur la scène du présent. Reprendre nos rôles. Pas uniquement ceux de la joie et de l’insouciance. Retrouver aussi notre capacité à être malheureux et con. Sortir de cet état d’urgence nous obligeant à penser en permanence à vivre. Par trouille de la mort. La sienne et celle des proches ou lointains. Sans doute qu'il faudra œuvrer pour oublier notre mortalité. Celle que ce virus a gravé dans le moindre de nos regards ou gestes. Chaque masque semblait celui d’une parade mortuaire. Carnaval sans joie. Comment sortir de sous ce linceul planétaire ?

     Sans doute plusieurs solutions. Dont celle d cesser de penser à vivre. Ce serait déjà déjà grande une victoire.  Revivre sans devoir y penser et le marteler. Être tout simplement. Sans besoin de l'affirmer. Plus tout ce qu’il faudra réapprendre. Ressortir tous  les gestes, les rires, les sourires, les larmes, le son de la cloche annonçant la dernière tournée, et tout une part de nous restée à la consigne durant la pandémie. Reprendre le fil de nos histoires. Et les continuer.

        Pour une nouvelle tournée.

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