Pleine de maux

Elle a fermé les yeux. Pour ne pas voir l’homme. Ni elle. Absente dans la chambre d'hôtel.Une ombre a pris sa place. Un autre corps, le corps d’une autre. Même si c'est elle qui respire dans l'ombre. Tente de ne pas se noyer sous sa peau. Flotter dans un corps qui a chaviré.

 

 © Marianne A © Marianne A

 

 

Elle a fermé les yeux.

Pour ne pas voir l’homme.

Ni elle.

Absente dans la chambre d’hôtel.

Elle n’est plus là.

Une ombre a pris sa place.

Elle lui ressemble beaucoup.

Presque elle.

Comme des jumelles.

Mais elle refuse que ce soit elle.

Non.

Pas sa bouche.

Ni ses doigts,

ni ses seins,

ni ses jambes

ni sa tête…

Un autre corps,

le corps d’une autre.

Même si elle qui respire dans l'ombre.

Tente de ne pas se noyer

sous sa peau.

Flotter dans un corps qui a chaviré.

Barque de chair décapitée.

Lui a les yeux ouverts.

Il ne voit pas plus loin que sa queue.

Rien d’autre ne compte pour lui.

Pas n’importe qui.

Un homme porte clefs.

Il peut ouvrir et fermer des portes.

Comme sa bouche à elle.

Il a parlé.

Elle a écouté.

Il a encore parlé.

Elle a continué d’écouter.

Plus qu’une oreille.

Avant de n'être que cette bouche.

Celle qui a parlé en confiance.

Une bouche pleine de maux

Toute la détresse d’une femme.

Elle demandait de l’aide.

Pas une queue dans sa bouche.

Il ne la voit pas.

Tête sans visage entre ses cuisses.

Il ferme les yeux.

Pour jouir.

Dans la bouche d'une femme.

Presque morte.

 

NB: Poème inspiré d'une terrible réalité.  Une réalité qui ne passe plus inaperçue.Et tant mieux. Un texte sans doute loin, très loin, de l'horreur vécue par des femmes connues ou inconnues. Que demandent-elles ? Tout simplement la justice et la fin de ce système écrasant des femmes.

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