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Billet de blog 29 juil. 2022

Voix de traverse

Le souffle de l'autre. Comment était-il ? Le souffle ne se conserve pas en mémoire. Ni le sien ni celui des êtres aimés. Nul selfie possible avec une inspiration, expiration, inspiration...Mais quel est le deuxième souffle, hors de la poitrine? Le désir. Sans lui, le néant. La fin de l'espoir au pluriel. Mort de l'instant et de demain ?

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SINSEMILIA - La Mauvaise Réputation (G.Brassens ) ️ © Sinsemilia

                 Le souffle de l'autre. Sa présence devient d'un seul coup très importante quand il s'arrête. Panique à bord de soi. Non c'est non. On frappe la poitrine, bouche contre bouche. Corps contre corps. L'oreille accrochée à la moindre inspiration. Accroche-toi ! Putain, reste avec nous ! On a fait ce qu'on a pu mais... c'est fini. Deux i sur une histoire. Celle d'un dernier souffle et du sien toujours présent mais ravagé. Plus que son soupir ( parfois de soulagement) , ses cris, son silence, ses larmes... Comment était son souffle ? On se creuse la tête. En vain. Le souffle ne se conserve pas en mémoire. Ni le sien ni celui des êtres aimés. Nul selfie possible avec une inspiration, expiration, inspiration... Peut-être un enregistrement, une vidéo, en guise de trace de la respiration d'un individu. Comme d'aucuns le font avec la mer. Le souffle de la mer ne s'arrête jamais.

        Aucun geste de premier secours pour le deuxième souffle. Il est moins important en apparence que le premier. Pourtant tout aussi vital. Quel est ce souffle hors de la poitrine ? Le désir. Sans lui, le néant. La fin de l'espoir au pluriel. Mort de l'instant et de demain ?  C'est foutu. Autant ne pas bouger de la salle d'attente. Une mort invisible et enrobée dans le premier souffle. Tout fonctionne dedans. La machine à vivre tourne normalement. Rien à signaler de ce côté-là. Parfait techniquement. Pourtant, manque le cœur-jumeau. Un organe impalpable qui fait circuler le sens de notre histoire. Aussi vital que le premier. Que faire quand il est épuisé et au bout du rouleau ? Le greffer ? Aucun don n'est possible. C'est un organe unique. Le seul donneur c'est soi. Re-donneur en l’occurrence. La solution existe. Jamais très loin en réalité. Bien qu'elle soit difficile à trouver. Remettre du désir dans sa machine à vivre.

       Le 21e siècle sera pessimiste ou ne le sera pas ? Une question qu'on peut se poser. Même le climat nous met une dose de pessimisme dans le regard, sur la peau, et tout autour de nous. Ça sent le roussi partout. À quoi bon puisque tout est foutu. Puis, en quittant des yeux le ciel chargé des pires promesses, on redescend sur le plancher de nos quotidiens. Le champ des impossibles s'ouvre à nous sur l'écran ou avec les ondes de la radio. Entre fake et news. Chaque individu pris dès le réveil dans une toile gluante. Écrire demain ? Inutile puisque aujourd'hui est déjà quasi en cendres.

        Souffler sur les braises du jour avec des rêves et autre pousse-vie ? C'est comme pisser dans un violon planétaire déjà plein de merde humaine. Chie dans une main et espère dans l'autre, tu verras laquelle se remplit la première. Cette citation de Harry Crews pourrait résumer notre siècle. Le monde en ce moment plus dans une main que dans l'autre. Un monde usé et usant. Et en plus, il se trouve entre dans de mauvaises mains ne pensant qu'à toujours plus. Comment s'extirper de cette glu étouffe-être ?

       Certains se jettent dans les bras de Dieu et de la religion. Les ex athées sont souvent à la pointe de la bigoterie, pour ne pas dire intégrisme. Comme tel ou tel ancien soixante-huitard transformé en tête de gondole du libéralisme sauvage et va-t-en guerre sur toute la surface du globe. D'autres choisissent des addictions plus terre-à-terre pour décoller du réel : l'alcool, la came. Pour se désengluer, il y a aussi la création artistique. La méditation et la religion du bien être avec ses gourous sont des bouche-néant. Le sport et d'autres addictions sur le marché sont des rustines à nos trouilles contemporaines. Sans oublier non plus le fric et le pouvoir. Chaque individu peut faire son choix dans les rayons du supermarché proposant des produits anti-peur d'un siècle de pénombre, dés gélules bio ou divines pour anesthésier l'appréhension d'être cramé par le soleil. La planète bleue comme une orange polluée jusqu'à la pulpe ? Qui partagerait un de ces quartiers avec Paul Éluard ? Sommes-nous train de brûler sur un barbecue planétaire alimenté de nos mains ? Personne ne parvient à se désengluer entièrement de son époque. Sauf celles et ceux qui se donnent la mort. Rien à faire.

            Et pourtant elle tourne. Galilée s'en était sorti par une pirouette. C'est ce qui nous reste à faire dans notre ère confuse. En tout cas, pour les adeptes du continuer d'être et de faire contre tous les " vains" et " à quoi bon" qui occupent l'espace et nos crânes. Quel que soit son âge, son sexe, sa couleur de peau, son milieu social, sa croyance, sa non-croyance, ses origines... Chaque jour remonter sur scène. La sienne. La scène du monde. En oubliant, ne serait-ce qu'un instant, toutes les voix qui nous parlent tous les jours. Elles colonisent nos yeux et oreilles. Une colonisation consentie par tous et toutes. Des voix hyper présentes sur nos écrans mobiles et ailleurs. Toutes ne sont pas manipulatrices et puantes.

          Nombre d'entre elles sont passionnantes et intéressantes. Toutefois, même les pires voix sont à écouter. Pas que du beau temps dans la nature. Pareil pour l'humanité et nos concitoyens. Sans oublier sa participation à la pollution ambiante ; la connerie humaine ne se trouve pas uniquement dans la voix de l'autre. Dans tous les cas, la liberté d'opinion et les intimes convictions de chacun et de chacune sont à respecter ; ce qui n'empêche pas de les combattre et, si on souhaite encore convaincre, dérouler ses arguments. Bien que faire changer d'avis l'autre est devenu quasi illusoire. La trouille ambiante a poussé les uns et les autres à se chercher une famille protectrice. Une sorte d'abri-anti anxiété. Avec que des miroirs. Les hommes et les femmes capables de " penser seul" sont de plus en plus rares ? Sans doute. Ici et là, il y a des poches de résistance. Celles et ceux échappant à tous les dogmes. Nul ne peut vivre en réalité sans être plus ou affilié à un groupe. Ne serait-ce que le fil à la patte de son éducation. Rassurant l'autre qui te ressemble. Le souci n'est pas le groupe, mais d'y appartenir totalement. Savoir sortir de son refuge pour au moins en visiter d'autres ?

           Néanmoins urgent d'écouter une autre voix que celles de nos habituels donneurs de leçons qui balisent nos parcours individuels : tu t'indigneras là, tu applaudiras ici, tu baiseras comme ça, tu écriras comme ci, tu te branleras à telle heure, tu aimeras ton prochain comme toi-même si tu te détestes, tu voteras où je te dis, tu mourras comme c'est écrit sur le règlement, et, toujours à la fin du parcours, tu payeras à la caisse. De temps en temps, il me semble vital de balancer toutes ces injonctions -même les bonnes - à la poubelle sans en vérifier la couleur. Rien que pour respirer un grand coup sans avoir l'impression que chacune de ses inspirations et expirations est scannée pour déceler son empreinte carbone, sa dose de racisme, d’antisémitisme, de sexisme, d'homophobie.... Quelle tristesse qu'une existence nettoyée de toute scorie. Son histoire immaculée. Pas pire saison cher Arthur que vivre dans une saison sans enfer ?

           Les poètes d'hier et d'aujourd'hui savent que c'est vital de se mettre hors de portée de tous nos écrans de contrôlé volontaire. Qu'ils soient numériques, idéologiques, religieux, iste, etc. Pas que les poètes à le savoir. Les fous, les êtres libres, les rêveurs, les... Tous les êtres ne s'offrant pas pieds et tête liés à tous les " faut que tu penses et vives comme ça", " c'est pour ton bien et celui de ton voisin".... Qui sont les sourdes oreilles à ces voix en continu ? Des rebelles ou réfractaires refusant la parole incritiquable.

          Quelle est cette voix parallèle ? Celle du cœur-jumeau. Ne s'arrêtant que quand on cesse de s'en servir. Elle n'est pas automatique comme la première. Il faut la chercher. Elle a tendance à se planquer. Pourquoi est-elle si mal vue ? Parce qu'elle a tendance à ne pas apprécier les étiquettes et toutes les boîtes à être. Une voix préférant les chemins de traverse échappant à toutes les polices. Ingérable comme diraient notamment les chaussures pointues avec powerpoint et les spécialistes du bonheur des autres sans leur demander leur avis. Que dit notre deuxième souffle ?

         Je suis ma voie.

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