En mâle de blancheur

Persuadé d'être le dernier vrai blanc de l'école. Il ne baissera pas les bras.Mais aucun des deux n'est bien musclé. Il ne fait pas le poids contre ses adversaires.Comment se défendre face aux barbares ? Une lutte dépassant sa propre personne humiliée par la majorité de métèques du collège. Le dernier représentant de l'homme blanc dans ce pays ? Quel poids sur de frêles épaules de 13 ans.

            

Coluche - La publicité © Hallouzzi

          Isolé dans la cour du collège. Il est persuadé d'être le dernier vrai blanc de l'école. Sûr d'être en danger parmi  tous les autres élèves. Il a décidé de ne pas baisser les bras. Mais aucun des deux n'est bien musclé. Il ne fait donc pas le poids face à ses adversaires. Comment alors se défendre face à cette masse de barbares ? Une lutte dépassant sa propre personne humilié et montré du doigt par la majorité de métèques du collège. Peut-être carrément le dernier représentant de l'homme blanc de ce pays. Un résistant œuvrant pour la blanchitude. Quel poids sur de si frêles épaules. Un combat solitaire à 13 ans. Quelles armes pour résister ?

        Le savoir. Apprendre. Que les livres pour se défendre et les réduire au silence. Bien sûr ça mettra plus de temps qu'un coup de poing ou de boule à la sortie du collège. Mais il est persuadé que ça payera à terme. Sa vengeance est un plat froid et cathodique. Un jour, tous ses ennemis, les ennemis des grands conquérants blancs couillus jusqu'à l'âme, mettront genoux à terre. Obligés de l'écouter parler des heures et des heures. Alors que des années durant ils l'ont ignoré et méprisé dans son propre quartier. Parfois secoué parce que l'intello de service de la classe. Sa salle de muscu c'est la bibliothèque. Jamais sans son livre.

      Un combat quotidien. Comme ces copains rêvant de devenir joueurs de foot. Ou tous les autres poussant la fonte pour avoir des corps d'Hercule. Tous ses travaux à lui sont sous son crâne. Une muscu invisible. Dedans c'est un guerrier, un croisé, le viking qui sauvera les paires de couilles blanches de la dérive. En parler ? Impossible. Personne ne le croira. Et sans doute qu'on lui mettra des bâtons dans les roues. Il doit œuvrer en solitaire. Baisser la tête et prendre des forces dans le silence. Jusqu'au jour où il relèvera le buste pour être vu de tout le pays. Invisible et rejeté si hier dans la cour de récré parce que différent des autres. Pour être aujourd’hui visible de tous. En espérant surtout être vue de Marianne.

       Celle qui passait dans la rue complètement indifférente à sa présence. Pareil dans la salle de classe. Elle n'avait d'yeux que pour Mohamed et Kevin. Toujours fourrée avec l’arabe et le martiniquais. Il les détestait. Des footeux qui collectionnaient les images Panini. Mais, en plus, pas mauvais à l'école. Même si lui, caracolant en tête des notes, les distançait chaque fois. Premier de sa classe; normalement c'est lui devrait être assis à côté de Marianne, prendre sa main, l'embrasser avec la langue... Pour perpétuer le monde blanc complètement en déshérence dans le collège. Alors qu'elle, futile, pas lucide du danger qui la guettait, s'était jetée dans les bras de ceux qui n’avaient qu’un objectif caché : l'étouffer. Marianne est complètement aveuglée par ses bons sentiments et sa culpabilité d'être née du côté des colonisateurs. Comment lui faire recouvrer la raison ?

      Il aura tout fait pour la séduire et la sauver. En vain. Jusqu'en troisième, il restera celui qu'elle ne voit pas. Sans se douter tout le mal qu'elle lui faisait. Ignorant son chevalier blanc prêt à la sortir des griffes des métèques. Puis ils se sont perdus de vue. Chacun sa route. Un jour, il l'a recroisé. Elle était assise à une terrasse de café. Quelle joie de retrouver celle qui aurait dû être Sa Marianne. Juste de l’autre côté de la rue. Il a souri. Si heureux de l’avoir retrouvé. En plus avec des atouts qu’il n’avait pas à l’époque du collège. Son sourire s'est figé. Elle était enceinte. Pas grave, se dit-il. Prêt à l’aimer même avec l’enfant d’un autre. Il allait traverser quand un homme s'est assis à côté d elle. Il l'a embrassée et commandé un demi. Tout s'est passé très vite. Pourtant une éternité pour un jeune homme, à qui tout réussissait, planqué derrière un abri-bus. En larmes et en rage. Impuissant devant le bonheur de Marianne et Mohamed. Sa République chérie définitivement perdue pour lui. Il en avait chialé. Des larmes plus fortes que toute sa culture de combat et son carnet d'adresses. Se sentant d'un seul coup plus rien. Il était démuni. Redevenu le collégien mal dans sa peau. Pourquoi lui infliger une telle trahison ?

       Le ventre habité de Marianne l'a hanté des semaines durant. Pourquoi n'était-ce pas sa semence à l'intérieur. Une graine d'homme blanc. «Faut pas faire confiance aux femmes. La mienne est partie avec mon meilleur pote. Pas pire engeance que les gonzesses. En plus avec leur putain de magazines de bonne femme, leurs trucs psy, leur libération de mes deux, elles veulent tout maintenant. Si ça continue, un jour on aura honte de porter une paire de couilles. Bientôt plus que des PD et des nègres dans ce pays. Hitler a pas fini son taf. Vivement que le crabe me bouffe pour que je vois pas ce putain  merdier. ». C'est ce que radotait un type de l'immeuble de son enfance. Le voisin du troisième très bruyant. Un ivrogne que lui, futur vu à la télé, méprisait et à qui il n'adressait pas la parole. Un beauf incapable de réfléchir plus loin que sa pince de tiercé et son petit jaune à répétitions. Étrange que, après un détour à travers des milliers de livres, il en soit arrivé à la même conclusion que le pochetron du troisième. D'accord avec lui sur la fin de l'homme blanc hétérosexuel.  Et que la femme doit rester à sa place. Laquelle ? Sous l'homme. Ou dessus quand il le décide.

       Pas toutes les mêmes quand même. Sa mère restera au Panthéon du deuxième sexe. Sans doute pour elle qu'il a accompli une telle trajectoire. Pour qu'un jour, assise sur son canapé, avec sa famille, ses voisins, elle puisse regarder son fils dans le petit écran. La chair de sa chair dans la même boite que tous les grands de France et d'ailleurs. La joie d'une mère quand, chez le boulanger, à la poste, elle croise les regards envieux des autres mères. Surtout de celles les toisant quand la famille avait emménage. Quel immense plaisir de tourner des pages papier glacé et de dire à sa coiffeuse: c'est mon fils, là. Sa mère a été son moteur. La base de lancement de sa fusée pour aller tutoyer les étoiles. Pas celles du ciel n'ayant d'intérêt que pour les poètes, les rêveurs, les paumés de la nuit... Non, les étoiles qui brillent comme lui. Brillante comme des lampadaires. Loin de celle d’un phare pour aider d'autres à ne pas s'échouer contre les récifs et avancer. Ni du lampadaire éclairant le passant sur son passage pour éviter qu’il trébuche. Cet éclairage urbain qui a fait énormément baisser le taux de criminalité. Certes une étoile. Mais de celle qui préfère obscurcir son époque. Juste pour continuer de briller. Présent au sommet de la vitrine. Peut importe que ce soit sur de la boue et de la haine s’il continue de briller. Quitte même à brader toute sa culture et réflexion. Tout faire pour ne jamais retomber dans l'ombre.  Une grande trouille de sa noirceur  ? Et une soif de reconnaissance jamais étanchée. Notamment sa reconnaissance de mâle blanc.

        Sa maman restera son idole. L'une des rares femme s qu'il ne peut pas regarder de haut. Prêt à la défendre contre tous les nique ta mère. Mais il lui en a voulu par deux fois. La première c'est de l'avoir fait venir au monde dans une clinique du 93. Persuadé que c’est la pire des calamités quand ont veut devenir un chevalier de l'éternel branchitude. Pourquoi avoir accouché dans ce lieu de perdition. Elle aurait pu faire comme certains, dont nombre de ses détracteurs, désengluant leurs gosses des collèges à mauvais niveau pour leur faire traverser la frontière, les inscrivant dans des villes huppées limitrophes à la Seine Saint Denis. Naître Séquano-Dionysien  est la pire des naissances pour un individu aussi brillant et ambitieux que lui. Mais cette blessure a fini par ne plus le faire souffrir. La gloire, le fric, ces nouveaux voisins de palier, ont occulté cette naissance au mauvais endroit. La deuxième douleur d'enfance ne passe pas. Tapie au plus profond de son être. Là où aucun vernis ne fait briller.

        Pourquoi lui avoir fait ça ? C'était la personne en qui il avait le plus confiance. Celle qui ne pouvait le trahir. D'ailleurs, elle ne l'a jamais trahi. Une femme toujours présente, pour le meilleur et le pire. Mais, aujourd'hui encore, il a du mal à comprendre sa réaction. Même s'il sait que la franchise était une de ses qualités. Parfois vaut mieux mentir pour préserver les rêves de gosse. Zorro, Superman, Dardevil... Quel gosse n'a pas rêvé d'être un super héros. Avant que les féministes et tous les autres tueurs de virilité soient venus tout chambouler avec leurs histoire de genre. Batman bientôt Lgbt ou poupée Barbie. Le genre est un des masques du grand remplacement, ne cesse-t-il de claironner à longueur d'antenne. La plus longue possible pour espère atteindre Marianne, lui rappeler qu’elle a fait le mauvais choix ; au lieu d’être avec lui sous les feux de la rampe. Revenons à l'autre femme de sa vie. Ce jour là, sa mère a brisé quelque chose en lui. Peut-être même accentué le pire de sa personnalité revancharde. Renforçant sa croisade pour l'homme blanc avec couilles en bandoulière. «Qu'est-ce que tu racontes mon fils ? Redescends un peu sur terre. Faut pas croire tout ce qu'y a dans les livres et journaux. ». Il venait de lui raconter le combat qu'il avait décidé de mener. Pour sauver les hommes blancs et sortir Marianne des griffes de Mohamed. Il lui a fait une brillante démonstration pour illustrer son combat. Un vrai petit livre d'histoire en accéléré. Peu à peu, elle avait fini par acquiescer. Son fils qui sait tant de choses avait sans doute raison. Il sait ce qu'il dit. Mais elle avait remarqué sa fébrilité et ses irrépressibles rictus. Les yeux brillant d’une étrange lumière. La haine plus forte que toute son intelligence ?

            Son petit dont elle était si fier lui faisait peur. Première fois qu'elle était si inquiète pour son enfant. Que faire ? En parler à son mari ? L'emmener chez un toubib ? Un psychiatre ? Jamais de la vie: mon fils n'est pas fou. Même si elle ne comprenait pas du tout ce qu’il lui disait de l’histoire de France et du monde. Plus en avance qu'elle sur le dictionnaire. Soudain, elle s'est sentie étrangère face à la chair de sa chair. Comme si les fils de son histoire à elle et son mari, un ailleurs fort éloigné de la France, était complètement coupés. Avait-il honte de sa propre mère et de ses origines ? Impossible. Trop intelligent pour sombrer dans une telle bêtise. Elle lui avait pris gentiment la main pour l'emmener au salon. «Assieds- toi sur le canapé, je reviens avec un petit cadeau. ». Il avait obtempéré. Maman, elle au moins me comprend, s'était-il dit. Sa mère consciente de  l'importance de son combat. Elle serait toujours de son côté. Pour défendre la République et le vrai mâle blanc guidé par Marianne. Il afficha un large sourire. Satisfait d'avoir pu évoquer son projet avec sa mère. Et surtout de son soutien. Un soutien essentiel. Sa mère plus importante pour lui que tous les diplômes et les honneurs. Quel cadeau allait-elle lui offrir ? Elle est revenue rapidement. Il a ouvert des yeux ronds en voyant l'objet. Elle lui a tendu un miroir.

       « Tiens, mon fils. C'est aussi notre livre d' histoire. ».

NB:   Une fiction inspirée du virage sombre de notre pays et de ce siècle. Un siècle avec beaucoup de réseau et de Com mais de moins en moins de lumière ?  Après l'invitation d'une association de fanatiques à Paris, on entend dans cette même capitale le bruit des haines à une tribune officielle. Les identitaires et les intégristes religieux semblent avoir de beaux jours devant eux. Très unis pour nous plonger dans la nuit. Mais la majorité résiste aux sirènes du néant. Combien de temps encore ?  Comment réagir contre cette connerie et confusion ambiante ?  Pour le moins essayer de ne pas céder aux obscurantismes ni à la morosité. Continuer donc de douter, de rêver, de penser, d'agir, de créer, de rire de tout et de soi...

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