Cette page n'existe pas

Encore un texte posté trop vite. C'était une fiction inspirée de l’avion de chasse qui a franchi ce matin le mur du son à Paris. Des spécialistes sans doute très vite en studio. Certains ne sachant pas grand-chose mais meublant le temps des réseaux sociaux. Comme les «rumeuristes» que nous sommes en relayant le bruit. Tweeter plus rapide que la vitesse du son ?

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                                                           «Je veux bien mourir pour le peuple, mais je ne veux pas vivre avec.»

                                                                                                      François Mauriac

 

               Encore un texte posté plus vite que son sens. Que pour réagir. Quel était ce texte dénué de sens  ? Une fiction inspirée de l’avion de chasse qui a franchi ce matin le mur du son au-dessus de Paris. Pendant que des spécialistes se trouvant déjà en studio. Certains ne sachant pas grand-chose et meublant quand même le temps des réseaux sociaux. Comme les «rumeuristes» que nous sommes tous plus ou moins en relayant le bruit. Tweeter va-t-il plus vite que la vitesse du son ? Une question qu’on peut se poser. Au regard de notre tentation à toujours trop réagir. Ou trop vite. J’ai effacé la fiction une demi-heure après l’avoir pondue. Pour tomber sur un lien avec cette page n’existe pas».  Tout est dit. Ce texte n’aurait pas dû exister. Tout du moins sortir de sa zone de brouillon non abouti. Le seul intérêt de cette fiction était d'être raccord avec l’actualité. Autrement dit sans intérêt autre que pour soi. Nombre de pages existantes ne devraient pas l’être. Certaines plus ou moins intéressantes. Tandis que d’autres n’existent pas malgré leur présence. Ce blog n’échappe pas à cette maladie de la réactionnite. Avec des pics en certaines périodes. Quelques fois, tellement happée par ma réaction, que je manque de recul sur mon point de vue. En excès de certitudes comme ceux que je critique. Persuadé de me trouver du côté de la bonne pensée. Jusqu’à négliger un des outils pour interroger le monde. La clef de doute.

         Tel le sociologue Geoffroy de Lagasnerie qui était invité aujourd'hui sur les ondes de France-Inter. On a l'impression d'une machine à débiter des concepts le plus vite possible. Comme une mécanique bien huilée et capable de promouvoir n'importe quelle autre idéologie. Des rafales de mots sans silence ni possibilité de laisser un doute ou une interrogation pouvant enrayer la pureté de sa machine. Autant le dire tout de suite ; je suis très souvent en désaccord avec sa pensée. Ainsi qu'avec celle de certains de ses amis bloqueurs ( encore me faire des amis) de pensée non-conforme à la leur. Tellement sûrs de détenir la bonne et unique parole. Prêts à débattre s'ils détiennent toutes les clefs pour verrouiller la parole de l'autre. Leur devise : si tu n'es pas pour nous, tu es contre nous. Comme eux, le sociologue a une nette tendance à instrumentaliser des souffrances réelles pour les porter en bandoulière ou carrément les étouffer; ne laissant pas ou que très peu une marge de manœuvre aux «opprimés» hors de sa vision du monde. Un combattant anti-raciste, anti-sexiste, anti-bavure, anti-homophobie, anti toute humiliation et mépris de classe. Et sacré grand écart, un citoyen capable d’être adepte de la même intolérance qu’il combat, notamment en colonisant le « racisé » (Bonjour, je suis racisé. Et vous ? Ben moi… Je suis raciste. Enchanté.). Une manière de l’empêcher d’être un être singulier et complexe hors de sa sphère d’influence à lui qui le défend. Pas le premier ni le dernier à vampiriser - consciemment ou pas- des plus faibles pour asseoir un pouvoir. Occuper une position dominante parmi d’autres souvent issus des mêmes écoles et quartiers d’enfance que lui. Mais positionnés dans le camp adverse au sien

          Pourquoi après tout n'aurait-il pas le droit de critiquer et même cracher sur la société ? Même si elle lui permet d’être encore en haut du panier. Et de ne jamais en descendre, contrairement à tous ceux - non protégés socialement - qu'il rêve d'envoyer au casse-pipe. Finira-t-il aussi au Rotary Club comme dans le texte de Guy Hocquenghem ? Une future «rente de révolte» telle celle de certains - pas tous les anciens de 68 - revenus des barricades pour rejoindre le nouveau vieux monde en marche ? Le populo a déjà donné et se méfie des vendeurs du matin du grand soir où on rase gratis; mais chacun chez soi. Ne préjugeons pas de l'avenir. Affaire à suivre... En tout cas, une mécanique efficace et avec des références. Le sociologue et son adversaire idéologique l'animateur de l'émission «Répliques» de France-Culture ont, quoi qu’on puisse penser de leur pensée et engagements, un point en commun: l'érudition. Et c’est agréable au moins à l’oreille. Sans aucun doute, il est capable de décrypter et analyser toutes les incohérences ( plus les facilités, les clichés, les approximations, les coquilles, les contradictions, etc.) du point de vue autodidacte et foutraque de ce genre de billet d’humeur. Une forme que j’apprécie et parfois déteste ; rêvant - pas très souvent- d’une plume, telle celle des universitaires et journalistes, qui suit le fil et ne diverge jamais à la moindre idée ou image voletant aguicheuse au coin d’un chapitre. Une écriture avec une vraie tenue de route de page. «Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu pourrais ne pas t'égarer.». Cette citation du rabbin Nahman de Braslaw pourrait servir de GPS à ce blog. À ce propos ; où en sommes-nous de la digression ? Un blog plus bancal que bancable ?

       Pour autant, cet intellectuel a dit et écrit aussi des choses fort intéressantes comme sur la liberté et les plaisirs de plus en sanctionnés par les amendes ou la culpabilité. Plus d’autres réflexions avec lesquelles on peut ne pas être d’accord, mais permettant de prolonger sa réflexion. Bref, tout n’est pas que ce qui me semble ( agacement du jour) verbiage chez ce sociologue des quartiers du «c-entre soi» de la capitale. Dommage qu’il n’ait pas été censuré (visiblement sa tentation pour d’autres qui ne pensent pas comme lui) par « cette pensée n’existe pas ». Il ne s’agit évidemment pas de nier l’ensemble de ses propos. Juste de rappeler que tout ce qu’on dit et pense, avec ou sans tête pleine de références, n’est pas toujours si intéressant que ça. Même si avec des « mot-cirage » on arrive à faire briller aussi une absence d’intérêt. Parfois, il me semble utile de laisser une part de son cerveau en jachère comme un brouillon à revisiter plus tard. Un recul qui aurait sûrement été un bénéfice pour lui et ses auditeurs. Sans oublier la pensée qui mérite mieux que nos certitudes congelées.

        Revenons à la page qui n’existe pas. Celle comme fond d’écran momentané. Elle me met le doigt là où ça fait mal : quel intérêt un blog très- trop ?-alimenté en textes le plus souvent réactifs. Certains auraient dû rester en sommeil dans la nuit de l’ordinateur. Ne pas exister. « Les réseaux sociaux, c’est comme un labo. Un atelier pour tenter de nouvelles expériences, notamment sur le plan artistique et intellectuel. Un lieu de confrontation avec notre époque. Déchiffrer et défricher de nouveaux espaces modernes.». Nombre d’artistes, ainsi que d’autres professions, justifient de cette façon leur présence quasi-permanente sur la toile. Ils n’ont pas tort. C’est un très bel atelier pour faire vivre ses mots, ses images, sa musique… Et échanger avec d’autres, artistes ou pas. Tout un chacun, sans relations ni diplômes, peut participer à ce chantier comme une sorte d’université populaire sans les murs. Indéniable que le web est un fantastique terrain de rencontres à tous les sens du terme. Mais aussi d’ego, de radotage, d’insultes, de frustrations… Ainsi que des baronnies virtuelles avec sa cour (réseau proche) et ses sujets ( followers loin des premiers cercles). Difficile d’échapper aux vanités et désirs de pouvoir importé de la réalité.

      Ce labo si intéressant et ouvert, n’est-il pas en train de nous transformer d'une certaine manière en cobaye. Passant de sujet à en quelque sorte son propre l'objet de son labo. Un cobaye, souvent présent pour de bonnes raisons, qui peu à peu ne devient qu’un rouage de la machine. Capable de générer du contenu au km sans se rendre compte qu’il y a de moins en moins de sens dans ce qu’il dit ; juste un automatisme qui fait balancer du texte, des photos, du son, pour apparaître dans le bruit ambiant. Parfois, même un verbiage très bien emballé, avec de belles formules pour refourguer de l’huile essentielle de néant. Comme un vide de sa pensée bien mis en avant sur les étagères numériques. Bien sûr, il y toujours des fulgurances, tel texte chargé de sens, une image porteuse de questions et débat, et de la poésie. Plus tout le reste tel que l’humour qui déconfinent parfois nos cerveaux coincés du QI toujours plus haut à tout prix. Certains internautes sont même capables de beaucoup produire, être présent et suractifs sur tous les réseaux, sans sombrer dans la perte du sens. Ou très peu. Sans doute, sont-ils peu nombreux et très forts, sur le plan mental pour échapper à la glu du nombril - jamais loin en notre époque- nous collant à nos écrans. Chaque labo certes différent. Et les expériences aussi.

      Ferme définitivement ton blog. C'est le conseil d’un copain qui trouve que l'exercice, en plus d'être chronophage, réduit la pensée à de la vision courte et peu encline à la profondeur. C’est une réalité. Il n’a pas tort sur le phénomène de réduction et assignation à penser court pour gagner la course du jour. Je l’ai d’ailleurs fermé plusieurs fois. Avec sans doute le ridicule et pathétique de « c’est ma dernière tournée» avant de revenir. Le fermer définitivement ? J’y pense quelques fois. Surtout quand il empiète sur tous les autres travaux requérant beaucoup de concentration et du temps hors news. Cela dit ; pourquoi me priver d’un réel plaisir ? Celui de l’écriture en « accéléré », inspirée d’un événement à chaud, qui permet de temps en temps des réflexions et interrogations que le recul n'offre pas.. Même si ça m’est souvent arrivé de me planter, de radoter, ou d’égrener des platitudes. Et il y aura sûrement d’autres erreurs et imperfections à venir. Mais nulle intention d’arrêter ce blog.

        Simplement y passer moins souvent. Prendre du recul par rapport au manège de l’info et éviter l’écriture réactive qui, dans une urgence dictée uniquement par l’actualité et ses fils tweeter, perd en partie de son sens. Continuer de réagir, se poser des questions, se remettre en cause, rire, se révolter, admirer, rêver, se contredire... Mais plus par automatisme. Creuser l’événement qui a attiré l’attention. Sans le subir car incontournable et pesant au point de vouloir absolument en parler. Quitte à écrire trop vite et n’importe quoi. Comme cette fiction-supprimée- sur un gros bruit d’avion sur Paris et sa région. Bonne leçon pour tourner sept fois sa souris dans la main avant de cliquer. Une question en guise de conclusion à ce billet-peut-être encore trop bavard.

    Cette page mérite-t-elle d’exister ?

 

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