Mounire LYAME
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Billet de blog 25 août 2016

Parole d'élu de la République, franco-marocain-berrichon, de confession musulmane.

Jamais je n'ai mélangé mes opinions politiques et mes pratiques religieuses, mais dans un contexte d’islamophobie ressenti par les musulmans et une contradiction des valeurs de l’Islam avec celles de la République présumée de l’autre, disons que je m'emploie exceptionnellement à m'ouvrir tel que je suis : français d'origine marocaine né dans le Berry et musulman, élu de cette même République.

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 D'entrée, je tiens à préciser pourquoi c'est en qualité d'élu de la République, franco-marocain-berrichon de confession musulmane que je m'exprime. Jamais je n'ai mélangé mes opinions politiques et mes pratiques religieuses, mais dans un contexte d’islamophobie ressenti par les musulmans et une contradiction des valeurs de l’Islam avec celles de la République présumée de l’autre, disons que je m'emploie exceptionnellement à m'ouvrir tel que je suis : français d'origine marocaine né dans le Berry et musulman, élu de cette même République.

Notre pays connaît une crise économique et des tensions sociales inédites. La première des questions que se posent la majorité des français est « comment remplir son frigo ». Les autres questions (comment bien se soigner, faire que l'enseignement public soit de qualité, sortir en concert ou tout simplement aller boire un verre en famille, etc.) restent bien sur des préoccupations du quotidien. L'une d'elles est aussi comment vivre en sécurité en particulier dans ce nouveau monde menacé par le terrorisme (terrorisme que nous avons, nous occidentaux, enfanté....).

Depuis quelques années maintenant, surgissent des débats sur l'Islam et les musulmans, instrumentalisés par les élites politiques et la presse nationale. Le dernier qui fait l'actualité, est le Burkini, parti de la rixe de Sisco en Corse. On finira par apprendre qu’il n’était pas du tout question de Burkini et encore moins de motif religieux.

Cet arbre qui cache la forêt permet bien évidemment d’éluder la question principale du frigo à remplir.

Profitons de cet instant pour aborder, non pas le remplissage en règle du frigo (du moins pas pour le moment) mais bien la problématique de l’Islam en France, exacerbée par les djihadistes qui ont rejoint les rangs de Daesh et capables de commettre les pires atrocités au nom de l’Islam sans distinguer les victimes (après tout, « tuons les tous, Dieu reconnaîtra les siens » d’après une belle caricature en hommage aux victimes des attentats de novembre).

1/ Le Burkini, mérite-t-il son nom ?

Cette question n'est pas philosophique, elle est esthétique, agrémentée d’un point d’humour pour ouvrir le débat.

Le mot burkini vient du mot Burqua et Bikini, représentant une femme couverte de la tête au pied lui autorisant la baignade en toute pudeur. A mon sens, le vrai Burkini serait constitué du haut d’une Burqua et du bas d’un Bikini, ou l'inverse. Ce serait quand même bien plus glamour…

Tant de bruits pour une tenue vestimentaire qui pourrait se confondre avec une combinaison de plongée. Qu’à cela ne tienne, tout est prétexte pour rappeler aux musulmans que la France est laïque et que son histoire est judéo-chrétienne. Rappelons également à ces musulmans qu’ils ne sont pas « chez eux », si j’en crois la dernière actualité concernant cette femme voilée sur la plage à Cannes, verbalisée de manière zélée ce 22 août 2016. Je n’ose évoquer le cas de cette autre dame paisiblement allongée sur une place à Nice avant d’être humiliée alors qu’elle portait un simple voile à peine deux jours plus tard.

Exagération ou véritable trouble à l’ordre public ?

2/ Le "Burkini" mérite-t-il sa polémique ? L’Islam de nouveau au cœur de la tourmente.

Tout le monde s'est exprimé sur le sujet du Burkini dont l’origine serait la rixe de Sisco où un Burkini imaginaire aurait causé tant de violence.

La France a toujours fait preuve d’un dynamisme remarquable pour polémiquer sur l’Islam. Nous avons eu l’épisode du voile intégral, puis celui des minarets, ou encore celui de la viande hallal dans les cantines scolaires, le voile des mamans lors des sorties scolaires, les prières de rue, etc.

Les attentats de Charlie Hebdo marqueront l’entrée dans une ère d’islamophobie décomplexée. Les uns manipulent (la presse, les politiques), les autres ont une réaction épidermique par simple peur de l’autre.

Les malheureux attentats qui suivront n’arrangeront rien, au contraire. La France est menacée sur son sol par des enfants qu’elle a vu naître et dont l’échec lui revient exclusivement (contrairement au faux débat sur la déchéance de nationalité voulant gracieusement transférer aux pays d’origine ces français de naissance élevés 100% en France).

Les attentats commis par des français quelle que soit leur origine envoie le pavé (que dis-je, un parpaing) non pas dans la mare mais directement dans la figure de Marianne. Ces jeunes sont nés en France, et ont grandi en France. Le lien avec le pays d’origine est éphémère et se limite à des séjours estivaux le plus souvent familiaux. A l’inverse, ces pays d’origine ne voient en eux non pas une composante de leur nation mais des devises venues gonfler leur PIB.

L’origine du mal est français et c’est en affrontant pied à pied les défis qui nous sont posés que nous parviendront à vaincre le terrorisme. Ainsi, nous préserverons nos parents, enfants, amis, frères, sœurs, cousin, voisins, potes, de l’abomination nommée Daesh.

Sommes nous « armés » pour relever le défi ? 

La question qui devrait être au centre du débat et qui permettrait à notre pays de lutter efficacement contre le terrorisme demeure celle de l'éducation religieuse. Education religieuse non seulement pour les musulmans mais aussi pour nos compatriotes non musulmans.

Les musulmans sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur la religion. Notons que nos parents nous ont transmis une culture religieuse, mais pas toujours les explications qui l’accompagne. Aujourd'hui, et c'est une bonne chose, les jeunes cherchent à comprendre, ils veulent savoir. Et bien souvent, les réponses sont le fruit des recherches sur internet quand elles ne viennent pas d’un imam dont les connaissances et la formation sont douteuses.

Concernant nos compatriotes non musulmans, je constate que la plupart connaissent l'Islam à travers des préjugés ou des idées reçues. Pourtant, je sais que nombreux sont celles et ceux qui souhaiteraient connaître davantage cette religion pour surmonter l’inconnu et défier leurs propres peurs.

Dans les deux cas, il y a une éducation religieuse à renforcer pour ne pas dire à construire. Nous ne pouvons continuer à vivre dans un pays où ses citoyens se défient en permanence alors que tous, nous aspirons à vivre ensemble et dans les valeurs qui font notre citoyenneté.

Toutes les polémiques sont stériles, à partir du moment où nous ne combattrons pas les idées reçues et les enseignements religieux de fossoyeurs.

3/ l'Islam est-il compatible avec la République ?

Il fallait nécessairement aborder cette question. Pour les uns la réponse est aussi évidente que la nuit suit le jour. Pour d’autres, des certitudes demeurent telles que « les femmes en Islam sont l’esclave de l’homme ».

Si la question de la compatibilité se pose aujourd'hui, alors que les musulmans ont vécu paisiblement en France en pratiquant avec discrétion, la pratique médiatico-politique a changé bien plus que la pratique religieuse. Nous sommes des millions à rejeter ces élites politiques et ces médias, à les haïr, pourtant, nous sommes autant à tomber dans la panneau lorsqu'ils brandissent les drapeaux de la haine, de la division, pour assoir leurs places et continuer à nous dominer.

« Nous entendons le mensonge mais aveuglés, nous ne voyons pas l’illusion » IAM

A titre personnel, jamais je ne me suis posé cette question, car au quotidien, je ne confronte pas ma pratique religieuse (encore une fois, personnelle et discrète) et les valeurs de citoyenneté qui m’animent. En réalité, elles se confondent, elles se nourrissent l'une de l'autre sans jamais chercher à se dominer. Ce n'est que lorsque l'on souhaite diviser et attiser la haine que l'on parvient à monter des artifices autour de cette question.

Dès lors qu’il n’existe aucune incompatibilité entre l’Islam et la République, dès lors que les musulmans ne sont pas ces apprentis terroristes, dès lors que la nation unie peut, de manière indivisible, vaincre le terrorisme, qu’attendons nous pour avancer main dans la main ?

4- Quel Islam en France ?

Je suis pour un Islam ouvert à nos compatriotes qui ne le connaissent pas et qui ne le pratiquent pas. C’est un bon remède pour affronter l'inconnu et transcender les peurs. Cela relève de l’échange, de la communication, de la rencontre.

Je souhaite également qu'il soit mieux connu des musulmans notamment de ceux qui s'interrogent (en particulier les jeunes). Cela relève de l’instruction religieuse et de ceux qui la transmette.

Voici donc quelques propositions.

a) La première, qui à mes yeux est fondamentale pour sortir de cette impasse : la création, au niveau locale, d'une instance de dialogue sous l'autorité du maire et du Préfet, réunissant les autorités religieuses et les élus locaux. Cette instance doit vivre par des rencontres régulières, parfois délocalisées dans les lieux de culte, pour renforcer les échanges et le dialogue. Il convient également de prévoir des réunions publiques pour inviter la population à venir DIALOGUER avec les membres de cette instance. Je choisis le plan local, car c'est à niveau que le travail est le plus pertinent. La réalité vierzonnaise est différente de la réalité berruyère elle même différente de la réalité parisienne, marseillaise ou bordelaise.

b) "Dépasser" la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Coincé entre la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat et le principe de laïcité, l’Etat ne sait pas véritablement comment intervenir sans ingérence dans les cultes. Le pays doit s’interroger sur le rapport de la puissance publique à ses cultes. Les deux propositions à venir peuvent constituer une première réponse.

L’une concerne la formation des Imams avec pour corollaire le fait d'être bilingue. Cette formation (plus ou moins courte d'ailleurs, pour valider les cursus faits à l'étranger ou pour former les futurs imams) doit se faire en France. Elle concerne la pratique de l'Islam en France, elle doit se faire en France.

L’autre proposition tend àorganiser l’accompagnement de la création des édifices religieux. L'édifice religieux nécessite des moyens techniques et financiers importants ; parfois, les fidèles sont capables de mobiliser les fonds, mais bien souvent le plan de financement peine à être bouclé. Par ailleurs, les édifices s’intègre dans le paysage urbain contrairement à ce que l’on pourrait croire (même pour les édifices il est question d’intégration, décidément !). Il convient donc d’accompagner la création de ces édifices et de s’assurer de leur viabilité financière (ce qui posera forcément la question des fonds étrangers).

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