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Billet de blog 7 févr. 2017

Le journaliste, ce bon vieux bouc-émissaire

"Déferlement médiatique", "lynchage"... Fillon, Le Pen, les flics d'Aulnay-sous-Bois ? La faute à qui ? La faute aux "journalopes", et aux "mérdias", bien évidemment.

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L’actualité en ces temps bien mouvementés, est saturée. De Trump, de Fillon, de Le Pen… Je vous l’accorde, on en a tous assez. Mais que cela n'occulte pas ce dont il est bien question : des scandales, des affaires, qui se trament au nez et à la barbe des bons citoyens français. 

"Déferlement médiatique"

Ce matin, le syndicat Alliance s’est exprimé au sujet de l’affaire qui implique quatre policiers dans un viol présumé : les mis en cause seraient “victimes d’un déferlement médiatique”. 

Les fameux journalopes à la solde des politiques et du pouvoir, qui crachent inlassablement sur : l’opposition, les forces de l’ordre, les riches, les autres, s'attaqueraient en réalité à quatre policiers qui effectuaient bien leur travail. 

Alors, petit rappel des faits : jeudi 2 février, Théo, un jeune homme de 22 ans était violemment interpellé par 4 policiers à Aulnay-sous-Bois. Son jogging “glisse”, et hop, v’là-t’y pas que par “magie” et par “pas d’chance mon petit”, la matraque d’un des 4 policiers s’introduit à 10 centimètres dans l’anus du jeune homme, lui causant 60 jours d’ITT. C’est pas d’chance quand même, non ? Dimanche 5 février, l’un des 4 policiers est mis en examen pour “viol”. L’article 222-23 du Code Pénal définit le viol : “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise (...)”.

Alors, de quoi s'agit-il au juste ? Une agression présumée ou les foudres d'un quatrième pouvoir anti-flics ? 

Alors bon, faut pas être naïf non plus, et le Secrétaire général adjoint du syndicat Alliance l’a bien rappelé : “lorsqu’ils interviennent (les forces de l’ordre, NDLR), ils ne vont pas chercher des pâquerettes”. Sans blague ? En tous cas il est certain que leur bouquet serait bien amoché s’ils venaient à cueillir des pâquerettes à coup de matraque.

“Tribunal médiatique”

Ensuite, on a l’affaire dite du #penelopegate. Suspecté de détournement d’argent public, dans le cadre de l’emploi supposé fictif de sa femme à l’Assemblée nationale, François Fillon a lui aussi été la malheureuse victime de la vindicte médiatique. Car si problème il y a - ce qui ne semble visiblement pas être le cas, selon lui - ledit problème n'a rien à voir avec les 800 000 euros perçus par sa femme pour un job qu’elle n’aurait potentiellement pas exercé, mais plutôt avec ce “lynchage” en règle des médias sur sa personne. 4 millions de tracts contre la “chasse à l’homme” ont même été distribués ce week-end. C'est dire l'ampleur de cette “chasse”.

La stratégie est rodée : s’ériger en victime du “tribunal médiatique” et renverser la balance.

Là où cette stratégie est tout à fait surprenante, c’est que l’espace de quelques heures, voire une journée durant, elle a fonctionné : au milieu de ce tohu-bohu, l'accusé n'était plus le candidat LR à la présidentielle, mais les médias. Le "lynchage" dont était accusé le quatrième pouvoir avait autant de poids dans la balance que les "affares" de Mr. Fillon. À la limite, on se serait demander si, effectivement, ce n’était pas encore une fois la faute du quatrième pouvoir, qui aurait "tout manigancé pour orienter les élections approchants". Et puis, François Fillon s’est excusé, et l’ambiance est retombée - un peu. 

Il ne faut pas confondre surmédiatisation et lynchage

Certes, il faut reconnaître que ces événements ont été surmédiatisés.
Que se serait-il passé si les médias avaient tu des informations ? Ces événements ont été médiatisés du fait de leur ampleur. Certainement médiatisés à outrance. Outrance dont la faute incombe aux médias, mais qui ne doit ni excuser, ni justifier des méfaits de telles sortes. Ce qui se passe, c’est la mise en accusation systématique des journalistes, et plus largement des médias, au profit de, au profit de qui ? Au profit des principaux concernés par ces affaires, et qui tentent d’occulter leurs méfaits par un populisme écoeurant : se saisir de la défiance qu’ont les citoyens envers les médias pour occulter que le réel problème, c’est, entre autres choses : 

  • le détournement d’argent public : c’est à dire l’utilisation de l’argent des citoyens à son bénéfice.

  • des abus largement couverts et passés sous silence

Mais cette surmédiatisation s'explique aussi comme la réponse à une demande : par exemple, lors de l'affaire du braquage de Kim Kardashian, ou lors de l'affaire du burkini, on a repproché aux médias d'avoir trop mis en avant ces affaires. Mais qui n'a pas lu ? Qui n'a pas acheté, qui n'a pas cliqué, pour connaître la suite ? Qui ne voulait pas lire la suite ?

Je ne défends pas les journalistes, non plus les médias. Bien sur, ces derniers doivent se remettre en cause, et ce perpétuellement pour mener à bien le service public qu’ils ont à assurer pour chacun des citoyens. Bien sur qu’ils doivent aller plus souvent sur le terrain, prendre le poul réel du pays. Bien sûr, qu’il y a un problème croissant de défiance envers les médias. Bien sûr qu’il y a un problème réel de concentration des médias dans les mains des mêmes puissants. 

Mais ce que je dénonce, c’est cette même propension bien française à cracher dans toutes les soupes. Cette même propension bien française à l’amnésie aussi. En somme, cette faculté que beaucoup ont à cracher sur François Fillon avec la même aisance que sur ces mauvais médias à qui reviennent toutes les fautes.
Et puis, un jour, on se réveille avec un dirigeant qu'on a fait élire alors qu'il trainait des casseroles que l'on dénonçait un peu plus tôt. Et puis, un jour, on se réveille et des crimes, des délits, des scandales, restent impunis. 

Stop à la schizophrénie.

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