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Billet de blog 18 oct. 2021

Les chroniques de Besançon : Comment se souvenir d'un baiser

(...)elle dit tu dis quoi, je ne dis rien, elle dit encore tu dis quoi, je ne dis toujours rien, elle dit hé oh je te parle, je dis oui quoi, elle dit tu disais que ce baiser ça n’est pas un baiser, je dis mais bien sûr que c’en est un, elle dit mais alors quoi, je dis c’est juste qu’on devrait trouver un autre mot pour désigner le premier baiser après une trop longue absence (...)

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Les chroniques de Besançon

Comment se souvenir d'un baiser

Elle dit tu as bientôt fini, je dis oh là là si au moins je le savais, elle dit arrête alors parce que là ça me fait peur comme tu es, je dis je suis comment, elle dit on dirait que tu n’es pas là, je dis ok c’est mieux que j’arrête alors, elle dit mais c’est quoi qui te met dans cet état, je dis je bosse sur le baiser, elle dit sur quoi, je dis sur le baiser que tu m’as donné, elle dit quel baiser, je dis le baiser du couloir, elle dit c’est quoi cette histoire, je dis j’essaie de le mesurer c’est tout, elle dit quoi, je ne dis rien, elle dit quoi plusieurs fois, je ne dis rien à chaque fois, elle dit c’est ça qui te bouleverse à ce point, je dis oui et comment, elle dit ah mais qu’est-ce qui m’a pris d’aimer un fou pareil, je dis tu n’avais qu’à ne pas me donner ce baiser-là, elle rit pour se moquer de moi, je ris aussi pour me moquer de moi, elle dit mais enfin c’était juste un baiser, je dis oui mais quel baiser, elle dit ben quoi des baisers on s’en est fait d’autres, je dis ah bon c’était quand, elle dit ah mais quel idiot quel idiot, je dis c’est juste que ce baiser-là est unique, elle dit mais les autres aussi c’était très fort, je dis oui bien sûr, elle dit et alors quoi, je dis mais on ne devrait pas appeler ce baiser-là comme les autres, elle dit tu dis quoi, je ne dis rien, elle dit encore tu dis quoi, je ne dis toujours rien, elle dit hé oh je te parle, je dis oui quoi, elle dit tu disais que ce baiser ça n’est pas un baiser, je dis mais bien sûr que c’en est un, elle dit mais alors quoi, je dis c’est juste qu’on devrait trouver un autre mot pour désigner le premier baiser après une trop longue absence, elle dit arrête ça me fait peur , je dis tu as peur, elle dit oui j'ai peur pour toi, je dis d’accord j’arrête, elle dit mais qu’est-ce qu’il a de particulier ce baiser-là, je dis je veux juste savoir ce qu’il a fait exactement dans l’univers, elle dit dans quoi, je dis dans l’univers, elle dit mais qu’est-ce qu’il a à voir là-dedans l’univers, je dis je veux savoir ce qu’il a fait pendant le baiser, elle rit pour se moquer de moi, je ne ris pas, elle dit mais tu me donnes le tournis avec tout ça, je dis moi aussi je n’arrête pas d’avoir le tournis, elle dit mais tu as fait quoi depuis ce matin pour être dans cet état, je dis j’essayais seulement de faire des calculs mais ça fait trop mal, elle dit mais ça ne va pas dans ta tête ou quoi, je dis ben justement ça ne va pas du tout dans ma tête, elle dit mais de quoi tu parles au juste, je dis du calcul du baiser du couloir, elle dit oh là là je n’y comprends rien à tes délires, je dis oh mais si au moins c’étaient juste mes délires, elle dit c’est quoi alors, je dis c’est bien pire que tous mes délires, elle dit c’est quoi qui peut être pire que tes délires, je dis la réalité, elle dit quelle réalité, je dis la réalité du baiser du couloir, elle dit mais un baiser ça n’est rien qu’un baiser, je dis oui mais c’est celui-là est unique, elle dit bon admettons qu’il soit unique, je dis je veux alors le calculer exactement, elle dit mais tu veux calculer quoi, je dis la distance, elle dit mais quelle distance, je dis la distance de ce baiser-là, elle dit mais on n’a pas bougé d’un pouce on s’est collés l’un à l’autre c’est tout, je dis ah mais c’est juste que tu ne sais pas ce que ça a fait, elle dit mais ça a fait quoi, je dis c’est justement ça que je n’arrive pas à calculer, elle dit oui bon d’accord tout ça c’est romantique et tout, je ne dis rien, elle dit mais en quoi ça doit se calculer, je dis ben justement je veux savoir la distance de l’univers de ce baiser en particulier, elle rit pour se moquer de moi, je ne ris pas, elle dit bon est-ce que tu veux bien m’expliquer à la fin, je dis mais bien sûr tu veux savoir quoi, elle dit tout, je dis ah non pour l’instant je n’en suis qu’à la moitié de mes calculs, elle dit bon d’accord explique-moi déjà la moitié, je dis attends je vais ouvrir mon document, elle dit ah parce que tu as besoin d’un document, je dis ben oui je t’ai dit que c’est trop compliqué, elle dit d’accord ouvre ton document, je dis bon voilà, elle ne dit rien elle me fixe d’un regard attentif, je dis alors tu es prête, elle dit ah ça moi oui, je dis tu sais que le baiser ça a duré longtemps, elle dit je t’écoute, je dis je n’ai pourtant fait des calculs que sur la base de cinq minutes, elle dit encore je t’écoute, je dis et c’est déjà trop compliqué, elle ne dit rien son regard se fait las, je dis ok je vais aller droit au but, elle dit voilà ça serait mieux, je dis bon par où commencer, elle ne dit rien son visage ne dit rien non plus, je dis ah voilà, elle ne dit rien son regard se concentre sur mon regard, je dis donc pendant que nous nous embrassions avec l’ardeur de l’amour perdu et retrouvé, elle ne dit rien son regard se fait frivole, je dis et comme la terre tourne sur son axe à la vitesse de 1600 km/h, elle ne dit rien elle fronce les sourcils, je dis elle a donc parcouru 133,3333 km pendant notre baiser, elle ne dit rien ses yeux s’écarquillent, je dis et comme en même temps la terre tourne autour du soleil à la vitesse de 100.000 km/h, elle ne dit rien elle esquisse un sourire moqueur, je dis ce qui fait que notre baiser à parcouru une distance de 8333,3333 km, elle ne dit rien elle ne sourit plus, je dis tu as compris ça tourne comme ça et ça va droit comme ça, elle ne dit rien elle se pince les lèvres, je dis et comme le soleil tourne autour du centre de la Voie lactée à 850.000 km/h, elle ne dit rien son visage se ferme, je dis alors notre baiser a parcouru 70.000,3333 km, elle ne dit rien elle plisse des yeux, je dis ça va tu me suis, elle ne dit rien elle ne me regarde pas, je dis donc pour l’instant ça va comme ça comme ça et comme ça, elle ne dit rien elle ne suit pas le mouvement de ma main, je dis ah mais ce n’est pas fini, elle ne dit rien son regard s’inquiète, je dis et comme notre galaxie fonce dans le vide sidéral à la vitesse de 2.300.000 km/h, elle dit stop son corps frissonne comme de froid, j’arrête je ne dis pas que c’est bien loin d’être rien qu’à la moitié du calcul, elle dit tu vas me rendre folle, je dis ben oui c’est ça qui me rend fou, elle dit mais pourquoi tu te donnes tant de mal, je dis j’en ai vraiment besoin, elle dit mais à quoi ça te sert tout ça, je dis c’est juste pour m’assurer que jamais je n’oublierai ce baiser-là, elle ne dit rien elle pleure, je ne dis rien je ne pleure pas, elle dit c’est pour ça que tu t’es mis à genou pendant le baiser, je dis non là c’était juste parce que tu m’étouffais avec ta langue, elle ne dit rien elle pleure et elle rit, je ne dis rien je ne pleure pas je ne ris pas, elle dit ça va, je ne dis rien, elle dit est-ce que ça va, je ne dis toujours rien, elle dit oh là là qu’est-ce qui t’arrive encore, je dis non ça va je vais bien, elle dit et alors pourquoi tout à coup tu es comme ça, je dis je suis comment, elle dit tu as l’air tout perdu, je dis non c’est juste pour me concentrer, elle dit pour te concentrer sur quoi encore, je dis j’essaie mentalement de voir ce que fait l’univers pendant que tu es là à rire et à pleurer à la fois, elle dit je pleure parce que je t’aime à en mourir, je ne dis rien je perds la tête parce que là ça fait vraiment vraiment trop mal à essayer de déjà respirer avant de vouloir calculer ne serait-ce que sa main qui essaie de rassurer la mienne qui tremble…

Mustapha Kharmoudi, Besançon le 17 octobre 2021

Photo miniature persane, légende de Yousuf et Zoulikha

Photo miniature persane, légende de Yousuf et Zoulikha

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