Pendez-les haut et court (suite sans fin)

Je pense à tout ça, et je me dis que ce même imam pourrait taxer d'apostasie – et donc condamner à mort - n'importe quel homme, de surcroît d'origine musulmane, qui oserait affirmer son espoir de voir un jour les pays musulmans ne plus être musulmans, mais chrétiens, juifs, bouddhistes ou pire : athées.

Pendez-les haut et court! Et vite !

Il y a quelques semaines, j'ai été très malmené à cause du post du même titre sur Médiapart. Y compris par des amis proches, y compris par quelques responsables de presse. Sans compter les imbéciles dangereux qui profèrent des menaces et encore moins les imbéciles heureux qui me trouvent trop excessif.
Tout ce beau monde et tout ce monde nauséabond me reprochaient l'un et l'autre de prendre prétexte d'un cas isolé pour porter atteinte à je ne sais quoi de stupide qu'il aurait fallu que je ménage. Mais la critique la plus violente est celle qui vient d'un sentiment sincère de bienveillance, du genre : Ne prends pas pas trop de risques comme ce malheureux professeur! C'est souvent dit avec de bonnes raisons, mais ceux qui me le disent sont de ceux-là qui toujours se sont abstenus de dénoncer publiquement les menaces auxquelles ils font allusion.
Et alors ils diraient quoi de ces personnes décapitées à Nice ? Auraient-elles commis je ne sais quelle provocation ?
Et là aussi j'entends déjà répéter à satiété que là aussi ce serait un cas isolé, que c'est l’œuvre que d'un pauvre type, un gars désaxé.
Faut-il leur rappeler que ce "cas isolé" a beaucoup beaucoup de clones, par milliers, peut-être par millions à travers le monde vaste.
Il suffit de se rappeler des intellectuels assassinés par ces mêmes mains et dans l'indifférence générale.
Je pense à Tahar Djaout, poète parmi les poètes, écrivain, journaliste algérien

Je pense à Djillali Belkhenchir, médecin et militant sur les pas de Frantz Fanon ,
Je pense à Abdelkader Alloula, auteur de théâtre et dramaturge algérien
Je pense à Faraj Fouda, écrivain, chroniqueur égyptien
Je pense à Choukri Belaid avocat et militant politique tunisien
Je pense à Mahmoud Mohamed Taha, théologien soudanais
Je pense à Hussein Maroua, penseur libanais
Je pense à Mehdi Allel, intellectuel et militant marxiste libanais
Et la liste ne s'arrête pas bien sûr, elle est longue, longue, et encore plus longue

Je pense aussi aux millions de femmes, aux dizaines de millions de femmes, aux centaines de millions de femmes qui sont prises en otage de toutes les sociétés musulmanes, sociétés devenues schizophrènes en ces temps obscurs, après avoir été en bonne voie de libération aux temps des indépendances. Je pense à toutes ces femmes qui sont obligées de porter le voile et de baisser le regard quand elles doivent traverser ces champs de guerre que sont devenues les rues musulmanes.

Je pense à tout ça, et je pense à cet imbécile d'imam – modéré - qui a déclaré que son souhait le plus cher est de voir un jour la France devenir musulmane. Et bien entendu, ce jour-là les femmes hériteraient la moitié des hommes, et aucune loi ne saurait interdire la polygamie dont toutefois la pratique devrait être mieux contrôlée. Ne serait-ce pas, là, une avancée formidable vers le paradis d'allah ?
Je pense à tout ça, et je me dis que ce même imam pourrait taxer d'apostasie – et donc condamner à mort - n'importe quel homme, de surcroît d'origine musulmane, qui oserait affirmer son espoir de voir un jour les pays musulmans ne plus être musulmans, mais chrétiens, juifs, bouddhistes ou pire : athées.

Je pense à tout ça, et je repense à cet ami - aussi laïque que cher à mon cœur - qui m'avait écrit pour me reprocher de trop verser dans le dénigrement de l'Islam et des musulmans à cause d'un acte isolé commis par un malade mental...

Mustapha Kharmoudi, écrivain

 

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