L'alternance, enjeu d'employabilité pour les jeunes

Alors que les jeunes sont régulièrement cités comme étant les premières victimes du chômage en France, zoom sur l'enseignement en alternance, qui séduit de plus en plus dans l'Hexagone et vient de faire peau neuve.

Depuis quelques années, les offres en alternance, dans l'enseignement supérieur français, se développent et font recette. Si bien que de plus en plus d'élèves et d'employeurs n'hésitent pas à faire confiance à ce parcours. Le ministère du Travail estimait ainsi en 2018 que 70 % des apprentis trouvent un emploi dans les 7 mois. Un taux d'insertion bien supérieur à celui des diplômés n'ayant pas connu l'alternance et qui séduit beaucoup les jeunes, que les troubles économiques et la santé de l'emploi, en France, peuvent légitimement inquiéter.

Côté employeurs, l'alternance est plébiscitée grâce, notamment, à la somme d'expériences offertes à l'étudiant, qui se sera déjà confronté au « monde de l'entreprise » une fois son premier contrat signé. « Rester 12 ou 24 mois dans une entreprise n'a rien d'anodin. Cela signifie déjà engranger des compétences, mais surtout un savoir-être, une connaissance des codes. Le risque d'échec d'un premier emploi est considérablement réduit si le jeune a fait de l'apprentissage », confirme Estelle Raoul, directive exécutive du cabinet de recrutement Page Personnelle France. D'autant plus que « tous les retours sont positifs sur ce modèle pédagogique, pour absolument tous les secteurs et tous les types de postes. »

« L’alternance c’est surtout une méthode pédagogique »

Problème : l'alternance, selon elle, « est en passe de devenir une sorte de norme et l'étudiant qui n'a pas fait d'alternance s'en trouve dévalorisé ». Autrement dit, commence à s'opérer un revirement de situation, où l'apprentissage, autrefois marginalisé, séduit davantage que les filières classiques. Qui, si elles sont loin d'être désertées, voient une partie de leurs effectifs glisser doucement vers la formation professionnelle. Raison pour laquelle le gouvernement a mis en place certaines mesures, entrées en vigueur le 1er janvier 2019, pour accompagner cette montée en puissance (+ 8,9 % en 2018). Celles-ci, plus globalement, sont contenues dans la « loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel », qui vise notamment la réforme de l'apprentissage.

Parmi les nouveautés, quelques-unes sont emblématiques du succès de l'apprentissage en France. Comme la limite d'âge, par exemple, qui a été repoussée de 25 à 30 ans. L'information autour des filières qui recrutent en alternance, également, se verra renforcée. Et ce dès le collège, puisqu'à partir de la 4ème, des journées d'information sur les métiers et parcours d'apprentissage seront organisées tous les ans. Côté centres de formations, par ailleurs, France Compétences, la nouvelle instance qui doit répartir, au niveau national, les fonds venant de la contribution des entreprises, a été créée le 1er janvier dernier. Outre la fonction de grande argentière, l'institution doit notamment veiller à la qualité de la formation donnée.

Car « l'alternance, c'est surtout une méthode pédagogique », estime Erwan Poiraud, directeur de PPA, une école de commerce et de management en alternance. Et celle-ci permet à l'étudiant d'appliquer directement ce qu'il a vu en cours. Un plus, pour l'entreprise, qui « pendant longtemps ne jurait que par les diplômés de grandes écoles, mais aujourd'hui […] laisse une chance aux alternants. Parce qu'en effet, pour ces jeunes qui sortaient de grandes écoles, il leur fallait un ou deux ans pour être vraiment opérationnels », estime le directeur qui souligne la bonne santé de la filière française : « Au moins la moitié des étudiants restent ensuite dans l'entreprise où ils ont fait leur alternance ».

« Des responsabilités concrètes » proposées aux alternants

La recette fonctionne donc grâce aux ingrédients versés par les réformes successives, mais également par l'intérêt des entreprises pour le parcours. Et, globalement, « tous les secteurs d'activités sont concernés », fait savoir Sophie Crespy, directrice de CESI Ecole Supérieure de l'Alternance. « Les entreprises ont actuellement de réels besoins en recrutement et l'alternance constitue une réponse efficace pour former rapidement à leurs métiers. » Les secteurs les plus demandeurs ? « Classiquement l'informatique et le numérique, le BTP et l'industrie », ajoute-t-elle. Sans compter que « les entreprises se tournent également vers l'alternance pour recruter [de] futurs profils à responsabilité ».

Evidemment, plus une structure se porte bien, plus elle est disposée à offrir à ses étudiants de bonnes conditions de formation. Dans la filière énergétique, EDF propose par exemple deux voies d'enseignement : contrat d'apprentissage et contrat de professionnalisation qui offrent tous deux un diplôme professionnel à la fin. Le groupe de préciser : « L'alternance chez EDF, c'est 96 % de chance d'obtenir votre diplôme, des vraies missions avec des responsabilités concrètes, […] 9 chances sur 10 d'avoir un emploi ou de poursuivre vos études après votre mission ». Des chiffres qu'EDF se donne cependant les moyens d'assumer, puisque dès le 25 février et jusqu’à fin juillet 2019 s’ouvre la campagne Alternance EDF dont le but est de recruter 3850 étudiants alternants. « L’alternance est une voie de choix vers l’industrie et vers nos métiers ! précise Christophe Carval, Directeur Exécutif Groupe en charge de la Direction des Ressources Humaines. Notre enjeu réside dans une intégration réussie des alternants en y travaillant dès la phase de recrutement. Pour cela, nous devons aller au-devant des jeunes dans les lycées, leur présenter les métiers de l'industrie, leur donner envie de nous rejoindre. Le tout en ouvrant davantage nos métiers aux jeunes femmes. Enfin, il faut que nous soyons plus inclusifs en accompagnant des jeunes des quartiers vers la pré-alternance. N’oublions pas que 1 alternant sur 100 en France est chez EDF ».

Autre raison, éventuellement, pour laquelle le groupe français met le « paquet » sur l'alternance : la (saine) concurrence avec ses homologues, qui cherchent également à attirer les élèves sur leurs bancs. « L'un des rôles de l'entreprise est d'assurer la formation de ses salariés, bien sûr, mais aussi leur employabilité, concept plus large", indique Antoine Frérot, PDG de Veolia et président de l'Institut de l'entreprise. « Chez Veolia, c'est l'une de nos préoccupations depuis des années, et c'est une question si prégnante au sein de l'Institut de l'entreprise que nous avons décidé collectivement de faire de l'employabilité le fil rouge de 2019 ». Pour le plus grand bonheur des élèves, alors que les jeunes sont régulièrement les premières victimes du chômage en France.

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