Sur les pas de nos heroines....

La représentation de la femme noire a toujours fait l’objet de stéréotypes à l’ambivalence marquée, oscillant entre répulsion et fascination. L’imaginaire développé autour d’elle la renvoie souvent, dans une démarche fétichisante , au rang d’objet relevant d’un choix par défaut le plus souvent, comme l’illustre une étude de la très sérieuse London School Economic, datant de 2010.

La représentation de la femme noire a toujours fait l’objet de stéréotypes à l’ambivalence marquée, oscillant entre répulsion et fascination. L’imaginaire développé autour d’elle la renvoie souvent, dans une démarche fétichisante , au rang d’objet relevant d’un choix par défaut le plus souvent, comme l’illustre une étude de la très sérieuse London School Economic, datant de 2010.
Cette image réductrice, péjorative et forcement subjective, en reléguant la femme noire au rang d’objet choisi, et non de sujet agissant, passe complètement à côté de la matrice essentielle de sa libre séduction. Matrice qui participe à la représentation de la femme noire et à l’influence qu’elle exerce : sa force vitale, son dynamisme, sa combativité.
La femme noire a, en effet, toujours dû se battre deux fois plus que ses pairs, pour des droits moindres. Femmes potomitans autour desquelles les sociétés s'organisent, femmes progressives, voire transgressives, elles ont, dans leur volonté d'exister, dû au préalable dépasser les cadres et limites qui leur étaient structurellement imposés. Elles ont, de ce fait, participé aussi bien à l’édification du peuple noir qu'à celle de l’humanité. Je vous propose un bref panorama des femmes noires qui par leur courage et sens profond de l'engagement, ont à travers chacune de leurs luttes, marqué leur temps et l’Histoire.

 

En Afrique:


Nefertiti : Princesse égyptienne et épouse d'Akhenaton, elle exerça une influence considérable sur son époux. Célébrée pour sa beauté, elle instaura le culte d'Aton, divinité solaire.


Les candaces : Reines koushites dans l'ancien Soudan au 3e siècle av JC, elles jouissaient d'une liberté comparable à celle des hommes et s'illustrèrent notamment en qualité de chefs militaires, redoutées d'Alexandre le Grand lui-même.


Abla Pokou : Reine Africaine qui mena vers 1700 le peuple Baoulé du Ghana vers la cote d'Ivoire, afin d'éviter à son peuple les stigmates d'une guerre fratricide.


Anne Zhingha: Au 17e siècle dans l'actuel Angola, cette reine s'opposa farouchement à la colonisation portugaise, qu'elle parvient à déjouer grâce à a ses qualités de stratèges.


Sogolon Conde: Mère de Soundiata Keita, fondateur de l'empire mandingue au 18e siècle, elle exerça un rôle majeur dans l'épopée de son fils, dont elle orienta certaines décisions capitales.


Les amazones du Dahomey : Troupes d'élite exclusivement féminines de l'actuel bénin, elles ont parfois représenté, avec des effectifs de 4000 à 6000 femmes, et ce jusqu'à la fin du 19e siècle, près du tiers de l'armée du Dahomey.


Ranavalena III : Dernière reine de Madagascar, elle s'opposa à la colonisation de son île. Elle fût finalement destituée de son titre et fût contrainte à l'exil, jusqu'à la fin de ses jours.


Myriam Makeba: Chanteuse, surnommée "Mama Africa", elle représente l'une des voix qui s’éleva contre l'apartheid et popularisa le combat contre ce régime. Militante chevronnée, elle fût aussi l’épouse du black panther, Stokely Charmichael. Sud-africaine, elle fût aussi naturalisée guinéenne et algérienne.


Dulcie September: Dulcie September était une militante sud-africaine qui lutta, contre le régime de l'apartheid. Elle fût tuée en 1988 à Paris. 2 ans avant la libération de Nelson Mandela, qui devint aussi président d'Afrique du Sud.


Wangari Mathaii : Scientifique et écologiste africaine, elle reçut en 2004 le prix Nobel de la paix en raison de son engagement pour la déforestation au Kenya. Elle fût la première femme à recevoir cette distinction.

 

Aux États-Unis:


Harriet Tubbman;  Née esclave en 1821, cette militante abolitioniste permit l'évasion de nombreux esclaves via le fameux underground railroad, réseau clandestin de maisons, tunnels et routes facilitant l'accès des esclaves à la liberté.


Sojournour Truth : Abolitionniste noire, née en 1797 de parents esclaves, elle milita tant sur le droit des femmes, sur la liberté religieuse que sur la question de l'esclavage et droits des noirs.


CJ Walker : Entrepreneure et philanthrope, elle devint la 1ère femme noire millionnaire en révolutionnant l'industrie capillaire pour femmes noires. Elle forma et employa des milliers de femmes noires et légua une grande partie de sa fortune aux bonnes œuvres.


Rosa Parks: Icone et militante noire devenue le symbole de la lutte des droits civiques, elle refusa en 1955, au plus fort de la segregation raciale, de céder sa place à un homme blanc dans un bus. Ce geste courageux entraina un boycott sans précédent, porté par le Révérend Martin Luther King.


Toni Morrison : Prix Nobel de littérature en 1993 et Prix Pullitzer en 1988, cette écrivaine et dramaturge noire est un monument de la littérature américaine, enseignée dans les facultés les plus prestigieuses. Son oeuvre évoque notamment la double difficulté d'être femme et noire.


Maya Angelou: Figure emblématique de la lutte des droits civiques, cette artiste est connue pour ses oeuvres poétiques et autobiographiques, ainsi que son activisme aux côtés des plus grandes figures militantes noires aux États-Unis comme en Afrique, ou elle vécut un temps.


Angela Davis : Militante des droits civiques, elle fût également une membre persécutée des Black panthers. Communiste assumée, dans une Amérique libérale, elle défend aussi le Black feminism et dénonce l'actuel système carcéral.


Elizabeth Eckford: Elle est l'une des 9 élèves, qui suite à la déségregation des écoles par la Cour Suprême, franchit le 4 septembre 1957, les portes de l’école secondaire de Little Rock sous les huées haineuses d'une foule blanche. Sa victoire a ouvert la voie à d'autres étudiant(e)s courageux(ses).


Mahalia Jackson: Surnommée la reine du Gospel, elle mit son image, sa notoriété et son talent au service de la lutte des droits civiques, et du révérend Martin Luther King dont elle fut une proche amie. Elle fut également proche et collabora avec les plus grands noms du jazz.


Nina Simone: Brillante Pianiste et chanteuse, elle est l'une des plus grandes ambassadrices du jazz. Engagée dès 1960 dans la lutte des droits civiques, elle composa le mythique "Mississipi Goddam", puis "Old Jim Crow", et reprit le célèbre "Strange fruit" de Billie Holliday, faisant référence au lynchage des hommes noirs.


Mae Jamison : Médecin de formation qui exerça dans plusieurs pays d'Afrique (Kenya, Liberia, Sierra Leone), elle est la première femme noire, ayant alors rejoint la NASA, à aller dans l'espace. Elle fonde le Dorothy Jemison Foundation, du nom de sa mere institutrice, qui est un outil et lieu démocratique de médiation et vulgarisation scientifique.


Mulâtresse solitude: Figure historique de la résistance des "marrons", ces esclaves qui payèrent souvent de leurs vies leur combat pour la liberté qu'elle rallia avec son époux Louis Delgres, suite au rétablissement de l'esclavage par Bonaparte. Survivante d'une bataille, elle fût exécutée avant ses 30 ans, au lendemain de son accouchement.

 

Aux Antilles et en France


Saartjie Baartman: surnommée La vénus Hottentote, elle fût exposée comme bête de foire dans les zoos humains européens en raison de sa morphologie, avant de finir comme objet sexuel. Son corps fût ensuite disséqué, et son squelette exposé. Le 3 mai 2002, son corps est finalement rendu à l'Afrique du Sud où elle reçoit des funérailles dignes.


Joséphine Baker: Bien qu'américaine, Joséphine aima la France comme sa patrie. Artiste scénique qui détourna les codes négatifs visant à grimer les noirs, pour s' imposer en reine triomphante sur la scène parisienne. Elle fût également une redoutable résistante , reconnue et médaillée. Elle eût à sa mort des funérailles nationales télévisées, alors inédites pour une artiste.


Suzanne Césaire: Professeur et écrivaine, elle fût l'épouse de l’écrivain Aime Cesaire avec lequel elle fonda le magazine "Tropiques", et participa au mouvement littéraire et culturel subversif de la nègritude. Elle dénonça le colonialisme aussi bien que le nazisme, à l'instar de sa contemporaine Paulette Nardal, autre femme de lettres martiniquaise qui fût la 1ère noire à intégrer la Sorbonne.


Eugenie Eboué-Tell: Originaire de Guyane, cette femme politique française, médaillée pour son engagement sans réserve dans la résistance, fût l'épouse de Felix Eboué. Institutrice de formation, elle fut successivement députée, conseillère municipale et sénatrice de la Guadeloupe.


Maryse Conde: Professeur et écrivaine de renommée mondiale, elle offre à travers son oeuvre riche et prolixe, un portrait toujours renouvelé de la femme "poto mitan". Auteure de la magistrale fresque sur l'ancien empire du Mali, "Segou", dont on ne trouve d'équivalent que chez Alex Hailey ("Racines"), elle fût souvent citée au Nobel sans être encore, jusqu'ici distinguée.


Euzhan Palcy: Elle est la première réalisatrice noire à être produite par un studio Hollywodien avec "une saison blanche et sèche" et "Rue case-negres", tous deux inspirés de romans. En 1999, la télévision américaine diffuse un film qu'elle réalise et coproduit, "Ruby Bridges", basée sur l'histoire vraie d'une petite fille de 5 ans en proie au racisme lorsqu'elle intègre une école de blancs, dans les années 60.


Marie Ndiaye; Prix Goncourt de littérature pour son roman "Trois femmes puissantes", en 2009, elle ne revendique son métissage dans aucune de ses oeuvres, en accord avec la liberté de ses choix artistiques. Elle n'en demeure pas moins la première femme noire à le recevoir. Elle est, par ailleurs, la sœur de l'historien Pap Ndiaye.


Christiane Taubira : femme politique française et première garde des sceaux noire, elle est à l'origine d'une loi qui porte son nom, reconnaissant la traite et l'esclavage comme crime contre l’humanité , et votée le 10 mai 2001. Cette date a été retenue depuis comme journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition.


Cette liste n’a pas vocation à être exhaustive. Nous avons parfaitement conscience de son caractère limitatif. Elle peut cependant servir de base, dans une période de confinement, de partage et d’échanges, à des recherches plus poussées. Et aussi à des questionnements sur l’émergence, sous l’impulsion progressive de ces femmes, d’un féminisme noir qui s’inscrit autant dans la tradition séculaire du matriarcat que dans la définition du concept d’intersectionnalité. Une convergence des problématiques et superpositions des discriminations qu’induit le fait d’être à la fois femme et noire. C'est une histoire qu'il nous reste à écrire dans un contexte social, écologique, économique et géopolitique complexe. Car, les droits humains, et en particulier ceux des publics dits vulnérables auxquelles les femmes noires appartiennent, n'ont jamais été autant menacées.

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