La Syrie: entre reconstruction et survie.

Depuis neuf ans, la Syrie, ce grand bijou du Moyen-Orient fait face à une guerre sanglante, et à tous les niveaux: stratégique, économique, et diplomatique. L’absence et le retrait de la diplomatie française a entraîné une grande perte pour la francophonie mais une institution française a voulu résister face à cela: le Lycée français Charles De Gaulle de Damas.

La Syrie... 

Depuis le déclin de l’Empire Ottoman en 1920, la région de la Grande Syrie a été́ divisée conformément aux intérêts occidentaux colonialistes voulant étendre leur aire d'influence aux pays du Croissant Fertile. 

L’importance géographique du territoire syrien et sa richesse en ressources naturelles, économiques, culturelles, et pétrolières a très vite suscité les convoitises des puissances extérieures entrainant un conflit pour s'accaparer les richesses de cet État stratégique. 

Au-delà de ses atouts économiques, son rayonnement culturel s'est vu être consacré en 2008 lorsque Damas, ancienne capitale de la dynastie des omeyyades, a été élue capitale de la culture arabe.  

Terre d'Histoire, Alep a également été reconnu à l'international. Avec son ancienne ville, son architecture médiévale et son patrimoine traditionnel classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1986. La Syrie regroupe également plusieurs sites archéologiques datant de plus de 1200 ans comme dans la ville de Palmyre. Un pays qui est donc empreint de l'Histoire de l'humanité. 

Malheureusement aujourd’hui, la seule évocation d’une ville de Syrie ou du pays tout simplement résonne comme un tas de ruines, de destructions ou de morts.  La Syrie s'est insérée depuis quelques années dans l’actualité brûlante des médias du monde entier. 

Pourtant, le pays tente de se reconstruire, de relancer son économie tant bien que mal avec un embargo doublé d’une crise diplomatique. Quand on marche dans Damas, la ville ne donne pas la nette impression que le pays vient de traverser 9 années de guerre sanglante. Des restaurants guindés, une vie nocturne, des touristes chinois dans la belle mosquée des omeyyades : ce que la Syrie était avant le conflit ! Il semblerait qu’à Damas, on tente d’effacer les stigmates de la guerre pour revivre à nouveau. 

Les répercussions de l’embargo économique. 

 Si certains pays veulent investir dans une Syrie en reconstruction, le peuple subit cette crise économique sans précédent.

Depuis le début de la crise, la livre syrienne est en chute libre.  Les salaires restent relativement bas. En moyenne un syrien touche entre 40 000 et 50 000 LS soit environ 50 euros par mois. Cette inflation économique touche directement le pouvoir d’achat des syriens. 

Boucler ses fins de mois devient un véritable challenge. Le rationnement autour des aliments essentiels est de mise. Les derniers événements au Liban, et la hausse du dollar ne facilitent en aucun cas cette crise. Et paradoxalement certains syriens estiment que leur situation économique était meilleure durant la guerre... 

Selon une enquête de l’ONU, le taux de pauvreté s’élève aujourd'hui à 83%. 

Les relations diplomatiques entre la France et la Syrie : 

La France et la Syrie ont globalement toujours entretenus de fortes relations.  Quelques épisodes houleux sont venus tempérer cette relation, comme en 1956 avec la crise du canal de Suez.

Les liens franco-syriens se sont resserrés sous Jacques Chirac, grâce à son amitié avec Hafez Al Assad. Il sera d'ailleurs le seul chef d’état occidental présent à ses funérailles. Mais en 2005 les relations sont de nouveaux rompus à cause de l'assassinat du Premier ministre libanais, Rafik Hariri.

Avec Sarkozy comme Président, la France renoue le contact notamment après la signature de l’accord de DOHA en 2008 entraînant une succession de prise de contacts et de visites officielles. 

Ces bonnes relations se traduisent par une coopération en matière d'Éducation. Avant la crise, la France était le premier partenaire de la Syrie. Le pays a hérité de la francophonie. Et c’est dans cette perspective qu’en 2003, la langue de Molière est devenue requise dans l'enseignement public syrien.

La gestion du Lycée Français Charles de Gaulle Damas, en l’absence de la diplomatie française : 

Mais depuis le début de la crise, les relations diplomatiques entre la France et la Syrie ont été rompues.  L’ensemble des institutions françaises ont été fermées et le personnel français a été appelé à quitter le pays. Une institution française a voulu résister face à ce ravage : le Lycée français Charles De Gaulle de Damas (qui jusqu’à présent est homologué par l’AEFE- L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger). Fondé suite à l’accord culturel du 16 septembre 1971 signé entre la République Française et la République Arabe Syrienne et inauguré en 2008 par le Président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, et cela, grâce à des parents d’élèves qui sont avant tout des amoureux de la francophonie. 

En effet, ce dernier est désormais géré par le Conseil d’Administration, composé de parents d’élèves élus par les membres de l’association des parents d’élèves, qui ont repris les reines après la fermeture de l’ambassade. En dépit des turbulences que le pays traverse, le lycée français Charles de Gaulle de Damas a maintenu ses portes ouvertes grâce à l’implication et la persévérance des parents d’élèves. Ce, malgré la baisse d’inscrits, (900 élèves en 2011, 200 élèves en 2012, le lycée compte aujourd’hui 540 élèves.), la baisse des recettes du lycée (les frais de scolarité) et les difficultés pour trouver du personnel qualifié et francophone.

 Le désengagement de la France a aujourd'hui un impact direct sur les élèves. En effet, les futurs bacheliers sont obligés de passer leurs épreuves du baccalauréat dans des centres d’examens des pays voisins, à savoir, le Liban et ses lycées français à Beyrouth... Pour obtenir leur sésame de fin d'études certains sont contraints de réserver des hôtels, d’autres dorment chez leur famille à Beyrouth.  Les conditions optimales nécessaires pour passer un examen ne sont plus réunies pour ces élèves, alors que le taux de réussite au BAC a toujours été entre 95 et 100% témoignant de l'attachement de ces élèves à une francophonie qui peine à vivre en Syrie.  

Nathalie El Bazzal 

Chargée de vie scolaire (équivalent de CPE) au Lycée français Charles De Gaulle de Damas, Nathalie entame sa dernière année de Master en affaires internationales et européennes spécialisé sur le Moyen-Orient à l’école Sciences Po Grenoble. Elle a effectué plusieurs expériences dans cette région comme à l’Ambassade de France au Qatar, dans le journalisme en Turquie, ou encore dans son pays d’origine, le Liban. Elle rédige actuellement son mémoire de fin d’études sur la relance économique en Syrie. 

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