Fiche pratique 12 : les mauvaises idées

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Après avoir fait une revue non exhaustive de quelques dysfonctionnements de notre système capitaliste, il est temps de s'atteler à trouver des solutions alternatives. Et pour commencer nous allons voir quelques idées qui sembleraient aller dans le bon sens mais qui sont en fait de mauvaises idées.

 

Taxer le capital

Taxer le capital... mais pour quoi faire ? Bien évidemment pour récupérer de l'argent capté par des intérêts privés afin de le mettre au service de l'intérêt général. Autrement dit, en réaffectant ces milliards (car oui on peut sans problème récupérer des milliards indûment perçus par les capitalistes... des centaines de milliards même) dans les services publics : santé, école, énergies, transports... L'idée de taxer le capital part d'un bon sentiment mais c'est une idée dont raffolent les capitalistes. Car tant qu'on parle de les taxer, on ne remet pas en question leur existence même. Or, et si vous avez bien lu les précédentes fiches présentes sur ce blog vous le savez déjà, notre seul et unique problème, c'est la concentration des capitaux privés chez une poignée de personnalités richissimes.

Car si on taxe le capital, plus il y en aura et plus il y aura de l'argent pour les services publics. Loin de l'attaquer, cette fausse bonne idée le renforce. Pire, le légitime. Or ces milliards ne sont pas légitimes puisqu'ils sont captés, volés sur le travail des employés/ouvriers. Là encore je vous renvoie aux fiches précédentes pour plus d'explications.

Taxer le capital est donc contre-productif. La seule solution c'est de s'en débarrasser complètement. Ce doit être notre seul et unique objectif sinon... on continuera de perdre.

 

Augmenter les aides sociales

Allocation de rentrée scolaire (ARS), Allocation parentale d'éducation (APE), Aide personnelle au logement (APL), Allocation aux adultes handicapés (AAH), Prime d'activité...

Beaucoup de gens qui bénéficient de ces aides sociales ont un emploi. Mesurez-vous la violence de la situation ? Le citoyen se lève tous les jours pour jouer son rôle d'esclave. Grâce à lui, des actionnaires vont voir leur richesse grossir encore et toujours. Et lui est obligé de s'abaisser à quémander des aides sociales, non pas pour se payer du caviar ou un yacht de luxe, mais seulement pour que ses enfants puissent aller à l'école (gratuite !), qu'il puisse se loger ou simplement manger à peu près tous les jours. Notre société si humaine considère alors ces pauvres malheureux comme des poids pour la société, qui coûtent un pognon de dingue et qui les placent au rang de ceux qui touchent les mêmes aides mais qui n'ont pas d'emploi, c'est-à-dire au rang des assistés, des salauds de pauvres si on dit tout haut ce que nos gouvernants pensent tout bas.


Et si au lieu d'augmenter les aides sociales on augmentait les salaires ? Cela permettrait à tous ces gens de vivre dignement puisqu'ils passeraient du statut d'assistés au statut de producteurs de richesses. De plus, leurs salaires augmentés iront gonfler les caisses de la sécurité sociale, démarrant ainsi un cercle vertueux et le faisant tourner dans le sens de l'intérêt général.

 

Baisser les impôts / Exonérer les charges Exonérer de cotisation sociale

La demande de baisse des impôts (ou des cotisations sociales) se rapproche(nt) sensiblement de celle de l'augmentation des aides sociales. C'est pourquoi cette rubrique sera particulièrement courte...

Si on baisse les impôts (ou les cotisations sociales) on baisse les services publics. Or on sait que les services publics coûtent toujours moins cher que le privé (voir sur ce blog la Fiche pratique 2 : différences entre public et privé), parce qu'ils n'ont pas de bénéfices à dégager que donc ils n'ont à se consacrer qu'à l'intérêt général.

Par conséquent, au lieu de baisser les impôts (ou les cotisations sociales), il faut, là encore, augmenter les salaires afin que tout le monde puisse les payer.

 

Le revenu de base

Disons-le d'entrée de jeu, écrire une rubrique sur ce thème n'est pas simple. En effet, le sujet est vaste et je n'ai pas la prétention de présenter quelque chose d'exhaustif en quelques lignes. De plus, il existe plusieurs types de revenus de base, plusieurs montants, plusieurs financements... Et déjà il existe plusieurs noms pour le désigner : de base ? Universel ? D'existence ? Bref c'est un peu compliqué. Nous allons donc seulement regarder deux-trois caractéristiques de ce revenu qu'on va appeler dans cette rubrique et de façon tout à fait arbitraire... de base.

Le revenu de base est une somme d'argent que l'Etat verse tous les mois à l'ensemble des citoyens sans exception et sans condition. Nous n'allons pas évoquer son financement mais soyez absolument rassurés : la France a sans problème les moyens pour octroyer un tel revenu à sa population. Il n' y a aucun problème de financement. Le seul problème est un simple problème de choix politique.

Les estimations les plus fréquentes placent le revenu de base à hauteur de 400 à 600 euros mensuels. Certes avec cette somme on éradique la grande pauvreté. Mais il est évident qu'il est impossible de vivre dignement avec ça.

Heureusement le revenu de base est cumulable. En clair, si je trouve un emploi, mon salaire va venir s'ajouter au revenu de base. Si par exemple aujourd'hui mon employeur me donne 1200 euros de revenus, avec le revenu de base à 500 euros ça me fera 1700.

Oui enfin ça c'est si je crois encore au père Noël. Car il est bien évident que l'employeur (aidé par le MEDEF) va faire en sorte qu'une partie de mon salaire soit payée par la collectivité. Il me donnera donc 700 euros au lieu des 1200 et les actionnaires n'en seront que plus ravis. Au final je toucherai toujours mes 1200 euros et pas plus. Pardon ? Je crois avoir entendu quelqu'un me parler de SMIC ? Mais c'est quoi le SMIC ? Pensez-vous que Uber et toutes ces entreprises auto-entreprenariales sont concernées par le SMIC ? Et de toute façon, vu que son augmentation ne suit pas celle du coût de la vie, le SMIC ne voudra bientôt plus rien dire.

Nous venons de voir que si le revenu de base règlera le problème de la grande pauvreté, il ne résoudra pas le problème de la pauvreté. Il ne résoudra pas non plus celui des grandes fortunes puisque les actionnaires pourront toujours continuer à spolier les producteurs de richesses (autrement dit ceux qui bossent vraiment) et faire des montages financiers dans les paradis fiscaux pour échapper à l'impôt... tout en touchant eux aussi leur revenu de base.

Le capitalisme sera encore là et bien plus vivant qu'avant ! Nous continuerons à produire de la merde puisque le seul objectif sera de faire du profit à court terme, exactement comme aujourd'hui, sauf que les capitalistes auront encore plus de moyens comme nous venons de le voir, ce qui leur donnera encore plus de pouvoirs dans les milieux politique et médiatique.

Le revenu de base ne résoudra pas non plus le chômage puisque tout le monde sera obligé de trouver un emploi pour essayer de vivre dignement, encore une fois comme aujourd'hui. Ce sera toujours la loi du tous contre tous.

La démonstration pourrait continuer en évoquant d'autres aspects comme l'avenir des services publics et leur financement dans un monde où la puissance publique serait encore plus affaiblie qu'aujourd'hui. Mais les écueils déjà évoqués suffisent à comprendre que le revenu de base ne résoudra aucun des problèmes actuels et que, pire que ça, il les aggravera. Le revenu de base permettra à tous de manger mais pas davantage. Pas davantage cela signifie qu'il ne permettra pas de se loger. Manger dehors 365 jours par an... sacrée avancée sociale !
Et pour couronner le tout, le revenu de base n'aura strictement aucun effet sur le chômage (appelons-le "chantage à l'emploi") ni sur l'exploitation de l'être humain par des capitalistes repus de milliards.

Reconnaissons que les objectifs du revenu de base sont loin d'être ambitieux. En fait ils sont exactement à l'opposé du salaire à vie proposé par l'économiste-sociologue Bernard Friot et son association Réseau salariat. En effet, Réseau salariat propose un vrai projet de société qui détruit complètement le capitalisme et dont le salaire à vie n'est qu'un volet parmi d'autres tout aussi indispensables. Un projet que je vous invite à découvrir auprès de cette association.

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