Un futur sans Madeleine de Proust

Deux vidéos de « prévention Covid » sévissent actuellement à la télé montrant une gentille mamie et ses vilains enfants.

Le concept est d'un pathos niaiseux avec un parti pris sexué.

Dans le premier, le plan d'ouverture montre un rideau (fait au crochet, peut être ?) Ils ne sont pas allés jusqu'à faire tricoter la grand-mère, mais elle fait des mots croisés. Ensuite, son petit fils prend en photo, le gâteau qu'elle sort du four mais qu'ils ne mangent pas ! Raté le gâteau ?

Et cet ennuyeux clip se termine sur le soi-disant besoin de protection des plus de 65 ans.

Le deuxième est accusateur. Tous ces jeunes, de sexe masculin bien sûr, sont des pourvoyeurs du virus et cette pauvre femme, bien mal entourée de sa trop joyeuse famille de « criminels », termine aux urgences.

Selon les derniers bulletins de l'ARS, plus de 84 % des personnes décédées, avaient plus de 75 ans, étaient des hommes (54 %) avec pour les deux tiers, d'autres causes de morbidité plus grave.

Aucune mesure ne peut combattre l'usure des ans et on meurt de vieillesse, Covid ou pas. L'espérance de vie est de 79 ans pour les hommes et de 85 ans pour les femmes.

L'augmentation des décès, prévue par les démographes depuis plusieurs années, devraient être anticipés par les responsables politiques car la génération du baby boom rentre dans le cycle de fin de vie et va avoir le mauvais goût de mourir en nombre.*

Nous avons aimé sans protection, mangé sans précaution, bu sans réserve et fumé sans retenue. Nous avons eu beaucoup de liberté et en avons bien profité.

Alors, il faut cesser de culpabiliser nos jeunes , de les limiter dans leurs échanges, de les priver de distractions et les laisser construire leur vie sans les stigmatiser.

On les voit obligeamment appliquer gestes barrières avec masque et gel hydroalcoolique.

Comment les réconforter quand ils vont malgré leur application, être quand même confronter aux décès des plus anciens de leur entourage ?

Cette dérive hygiéniste ne fait que brouiller les liens sociaux et détruire l'économie.

Ce masque à l'utilité controversée, qui pendouille au rétroviseur, traîne dans une poche, et parsème les trottoirs, entrave deux de nos cinq sens : le goût et l'odorat.

Pour les générations futures, cette Madeleine de Marcel Proust (du côté de chez Swann) aura-t-elle encore un sens ?

" Quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir "

 

 *https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/25103/population.societes.2016.531.deces.conjoncture.france.fr.pdf

 

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