Les chimères de l’universalisme et du républicanisme

Les valeurs républicaines, l’universalisme de la république française, combien d’entre nous n’entendent pas ces phrases et ces mots depuis leur naissance, qu’ils soient nés il y a 20, 50 ou 80 ans? Derrière les grands discours et derrière ces mots que l’état français n’applique pas, il y a une continuité historique indéniable.

 

Nous sommes le 28 juin 1881. Si cette date vous semble lointaine et inconnue, c’est pourtant une date-clé de l’empire colonial français, c’est à cette date qu’a été décrété le code de l’indigénat. 

Ce code avait pour but de distinguer les citoyens français en deux catégories : 

les premiers, les français de souches appelés citoyens français

et les seconds, les français des colonies donc, les indigènes, appelés les sujets français. Ce code de l’indigénat a été supprimé de facto avec les indépendances des pays de l’ex-empire colonial. 

Malheureusement (ou heureusement pour une certaine élite politique), certains politiciens et hommes de pouvoir continuent en 2020 à instaurer un code de l’indigénat plus subtile, sous couvert d’universalisme et de républicanisme, ces mots si chers à tous les présidents français qui se succèdent. 

Commençons donc par donner les définitions de ces deux mots, en donnant tout d’abord celle de l’universalisme qui se caractérise par le « concept selon lequel les idées et les valeurs sont indépendantes du temps et du lieu ». Comme son nom l’indique, l’universalisme fait fi du temps et de l’endroit où il se propage, que ce soit en 1881 au temps de l’empire colonial, en 1956 en plein cœur de la guerre d’Algérie, ou en 2011 en pleine attaque de la Libye souveraine de Kadhafi par le couple Sarkozy-BHL, le dernier cité étant un chantre reconnu de l’universalisme par l’intelligentsia française. 

Pour ce qui est du républicanisme, concept assez proche, celui-ci se définit comme tel « en tant que conception de la liberté, le républicanisme considère que la liberté est une absence de domination ».

Des définitions sommes toutes alléchantes à première vue, tout citoyen aimerait vivre sans être dominé et dans un système égalitaire qui ne changerait jamais au fil du temps, vu sa perfection supposée. 

Mais dans cet article nous avons un scoop pour vous ; ces concepts sont dans les faits et ce depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui complètement vides de sens.

Il n’y a effectivement pas besoin d’être diplômé de sociologie ou enarque pour se rendre compte que naître noir ou arabe en France offre un désavantage considérable et que l’universalisme ne s’applique pas à cette frange de la population. 

Tout au long de l’histoire française, cette partie de la population a toujours été considérée comme « à part », « séparée », le nouveau mot pour ne plus dire indigènes.

Les communicants de l’Élysée nous ont donc déniché le récent mot « séparatisme » avec le projet de loi du même nom qui vise à enfin intégrer tout le monde dans la République ! 

Le projet, porté par Gérald Darmanin, réincarnation de Sarkozy en moins bling-bling, propulsé ministre de l’intérieur de la macronie pour venir jouer sur le terrain miné de l’extrême droite, qui plus est de plus en plus miné avec des transfuges d’un peu partout de la gauche dite « républicaine » ou de la gauche Valsienne pour ceux qui préfèrent mettre des mots clairs sur les tendances actuelles. 

Le projet de loi semblait un peu flou aux premiers abords mais heureusement Gerald et Marlène Schiappa nous ont vite fait comprendre à quel point au contraire le projet était d’une clarté à faire pâlir la lumière. 

Cette clarté c’est celle d’être intransigeant avec toute personne qui ne rentrerait pas dans l’idée de la république que se fait Gerald Darmanin et l’extrême droite, dont la frontière avec la droite « dure » est de plus en plus caduque. C’est-à-dire une république blanche, chrétienne, conservatrice, avec pour la forme, quelques indigènes au diapason. 

Penchons nous donc sur ce qui est dit dans ce projet de loi. Celui-ci a pour but de « lutter contre les personnes ou groupes de personnes qui ont pour projet de se séparer de la république ». 

Tiens ! Un projet de loi contre les corses et le FLNC? Principal organisme voulant se séparer de la république et ne s’en cachant pas ? 

Ah non non pas du tout nous rétorque Marlène Schiappa au micro de RTL, « laissez les corses tranquille, je suis moi-même corse » dira-t-elle, un brin agacée et hilare qu’on ne comprenne pas directement qui ce projet vise. 

Mais alors si ce n’est pas les corses qui haïssent pourtant la république française, de qui donc parlons-nous?

Nous parlons des islamistes ! Le fameux mot qui fait trembler toute la France qui zappe de Cnews à BFM, de BFM à Cnews, en passant par LCI, pour revenir à Cnews.

Les islamistes de France qui veulent se séparer de la république sont donc les principales personnes ou groupe de personnes visées par ce texte. 

À priori, c’est une bonne nouvelle, en premier lieu pour les musulmans qui sont eux-mêmes en grande majorité contre les islamistes.

Mais, car il y a toujours un mais, qui sont ces islamistes ? Et c’est là que le gouvernement montre les limites de son raisonnement et étale au grand jour sa confusion sur les notions d’islamistes, de musulmans, de salafistes, de wahabbites, d’islamo-gauchistes, tant ses mots ne servent plus à rien utilisés dans leurs bouches à part créer de l’hystérie collective et médiatique. 

Dans ce grand bal de la confusion et du n’importe quoi, on entend sans cesse que certains quartiers entiers seraient des territoires perdus de la république, gouvernés par la Charia. Pire ! Dans certains clubs de foot certaines personnes se laveraient en caleçon, ne laissant pas leurs collègues entrevoir leurs parties intimes. Pudeur ? Simple habitude que beaucoup de gens ont qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens, athées ? Non ! C’est de l’islamisme !

Étant moi-même issu de l’immigration, de quartiers populaires et ayant joué dans un club de foot, je me découvrais islamiste sur les plateaux télés, moi qui déteste tant les islamistes comme bon grand nombre de mes co-religionnaires, j’aurais donc dû me laver littéralement à poil pour être lavé moralement de tout soupçon ?

La parenthèse comique étant finie, attardons nous plus sérieusement sur le problème profond qu’a la France avec l’islam, les musulmans et les étrangers en général et sur le niveau du débat médiatique abyssale qu’a atteint ce pays ces dernières années. 

Les déclarations les plus farfelues et les plus ridicules s’enchaînent sur les plateaux télé sans qu’aucun contradicteur crédible ne vienne désamorcer ce déferlement de haine et de bêtise. Cnews en tête qui est devenu la version télévisée du site Fdsouche. 

Abordons donc quelques notions basiques, surtout pour les personnes qui ne vivent pas dans les quartiers populaires et qui ne sont pas en contact avec les populations issues de l’immigration, chez qui la propagande médiatique de BFMTV et autres médias qu’on devrait considérer comme humoristique, commence à malheureusement faire bien trop de dégâts : 

Il n’existe absolument aucun quartier entier légiféré par la Charia en France. Mais il existe effectivement des islamistes dans la communauté musulmane, qu’il faut combattre. C’est tellement une évidence que je ne sais même pas pourquoi je le dis, mais bon sait-on jamais. Le mode de vie général dans les quartiers populaires n’a absolument rien d’islamiste ni même d’islamique. 

Pour faire une petite parenthèse de théologie pour les nuls, la Charia ne se résume pas à couper des mains et à lapider des gens, cette pratique n’est utilisée qu’en cas extrême (la peine de mort existe encore aux Etats-Unis au cas où certaines personnes l’oublierait et à été abrogé en France en 1981 seulement). La Charia au sens où les médias et le pouvoir politique l’entende (lapidation, coupage de main) est pratiquée surtout en Arabie Saoudite, l’allié arabe préféré des occidentaux, allié qui massacre des journalistes dans des ambassades à coup de haches et bombarde des enfants et des femmes au Yémen. À part ce pays que le gouvernement français aime tant pour des raisons strictement financières, ces pratiques ne sont pas courantes dans les pays musulmans en général. La Charia est un cadre législatif musulman qui dans l’histoire a été appliqué dans énormément de pays sans absolument aucun problème. Loin de moi l’idée de vivre sous la Charia, je serai le premier à en pâtir, mais il est important de dédiaboliser le mot et de le remettre dans son contexte historique et de l’expliquer pour une meilleure compréhension de son instrumentalisation par les incendiaires de tous bords. Cependant, le cours approfondi d’histoire islamique ce ne sera pas pour aujourd’hui. 

Il existe effectivement des territoires abandonnés de la république. Il y a juste une erreur de syntaxe, qui je pense, est volontaire dans cette phrase. On devrait dire des territoires abandonnés PAR la république. Mais les conseillers en communication de l’Élysée le savent sûrement mieux que moi, c’est leur métier. Ces territoires abandonnés ne peuvent que créer du ressentiment, une économie parallèle et énormément de problèmes socio-économiques qui vont évidemment toucher les populations les plus pauvres du territoire qui sont *SPOILER* : les noirs et les arabes (pas uniquement évidemment mais en majorité) et dans le tas beaucoup de musulmans.

Second SPOILER : la criminalité et la délinquance ne sont pas des phénomènes biologiques, naître noir ou arabe ne nous rend pas criminels n’en déplaise à Éric Zemmour. Il suffit de demander aux irlandais et aux italiens au début du XXeme siècle aux États-Unis, qui par leur situation socio-économique misérable ont eu des gens dans leur communauté qui versaient dans la criminalité. Il suffit aussi de demander aux frères .... Zemmour, clan mafieux juif très puissant dans les années 70 à Paris. 

Surfer sur le discours de l’extrême droite pour récupérer leurs électeurs est un très très mauvais calcul, pour le même prix les gens préfèrent acheter l’original plutôt que la copie. Le Vlams beelang en Belgique qui a fait son score le plus élevé en 2019 peut vous le prouver. 

En conclusion, le républicanisme et l’universalisme sont des concepts qui en théorie sont très intéressants, malheureusement il suffit d’un peu se renseigner sur l’histoire française pour se rendre compte qu’elle n’applique absolument pas ces principes dans la réalité et qu’ils sont cantonnés à rester dans les discours officiels et dans sa devise. 

Tant que la France n’exorcisera pas ses vieux démons et ne regardera pas en face le problème de racisme ancré dans son fonctionnement et dans ses institutions, elle ne pourra jamais comprendre le ressentiment de ses citoyens qui la considère comme inégalitaire. Ces citoyens sont français que l’état français le veuille ou non. Le code de l’indigénat est fini, que l’état français le veuille ou non.

 

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