« L’affaire Benalla » : le pourquoi du "je-m’en-foutisme" ambiant

Une analyse du manque d'intérêt du citoyen "lambda" pour une "affaire d'Etat".

« On s’en fout ». Quelques mots qui résument l’intérêt de la majorité des français à tout ce pataquès autour de l’ancien garde du corps du Président.

Bien sûr qu’on lui reprochera d’avoir utilisé la violence contre des manifestants, qui plus est, en se faisant passer pour un gendarme.

Bien sûr qu’on lui reprochera d’avoir possédé des armes sans autorisations.

Les enquêtes sont en cours.

Malheureusement, que des « proches » d’un Président ne respectent pas la loi est d'une affligeante banalité.

Les Balkany, Cahuzac, Fillon, Juppé et autres « cols blancs » ont blasé l’opinion quand ce ne sont pas les présidents eux-mêmes.

Pour la majorité des français, Alexandre Benalla n'est rien d'autre qu' une petite frappe prenant plaisir à se défouler sur des manifestants. C’est triste à dire et difficile à entendre,  mais beaucoup pensent la même chose de certains membres des forces de l'ordre. Des vidéos des membres de la police nationale et de la gendarmerie « à la main lourde » circulent en masse sur les réseaux sociaux.

D’ailleurs, on notera que ce n’est que lorsque l’usurpation de Benalla a été révélée , après plusieurs jours, que les machines médiatiques et judiciaires se sont emballées.  Au départ, le fait qu’un gendarme puisse agresser un manifestant n’avait pas ému  la presse et l’opinion outre mesure.

Pour un Benalla débusqué, combien d’autres cachés ? Serait-il le seul à abuser des privilèges que lui accorde le fait de graviter autour des sphères de pouvoir ? Non. Personne n’est naïf.

Un parallèle pourrait être fait avec Jérôme Kerviel : tout le monde sait qu’il est coupable mais tout le monde sait qu’il n’est pas le seul. Tout le monde est d’accord pour qu’il soit puni mais tout le monde est d’accord sur le fait qu’il n’est pas l’unique responsable.

La société en côtoie des « Benalla ». Des « malins » qui profitent des failles du système et de leur proximité du pouvoir pour se faire plaisir.  L’affaire « Neyret », le flic lyonnais corrompu, n’avait déjà ,à l’époque, pas surpris grand monde.

Passeports diplomatiques, échanges avec le Président… On reproche à Emmanuel Macron de continuer à « fricoter » avec un délinquant notoire pour lui demander conseil.

Pour ma part, j’y vois surtout l’aveu d’une tentative désespérée du Président de comprendre ce qui se trame « en bas ». Le fait qu’il soit obligé de contacter Alexandre Benalla, seul individu issu « de cette masse populaire » traduit son extrême isolement et sa conscience de vivre dans «  une bulle ».

Reste la fameuse histoire des "passeports diplomatiques": alors les avait? les avait pas? Pourquoi faire? Avec qui ? 

Tout le monde sait que Benalla évolue dans un monde opaque : celui de la sécurité des personnes dites « importantes » (comprenez friquées) dans les pays à risques, là où les "services rapprochés" sont nécessaires et probablement très bien payés.  Les passeports diplomatiques lui permettent entre autre de passer les douanes "pépère". On "apprendra" peut être qu'il a escorté des gens pas très fréquentables. Soit. Ce sera probablement lamentable, peut être même condamnable.

Mais, même si ces suppositions venaient à être confirmées, je suis prête à parier que la population n'en aura cure, habituée à ce que lois ne soit finalement réellement respectées que par ceux qui en subissent réellement les conséquences : le peuple.

 

 

 

 

 

 

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