Nos élèves et les maths.

Mon analyse de la situation.

Chaque année le même leitmotiv et pourtant l'information tourne en boucle:

Nos élèves sont nuls en maths. C'est le drame. 

Alors, vrai ou faux?

En tant qu'enseignante,  je peux m'avancer sur 2 points:

- les élèves immigrés syriens, maghrébins et africains ont globalement un meilleur niveau ou du moins une meilleure construction du nombre que nos petites têtes blondes.

- le niveau en maths est bien meilleure que celui en français. Si nos élèves ne parviennent pas à résoudre des problèmes,  ce n'est guère du fait de leur manque de maîtrise des techniques opératoires. C'est principalement dû au fait qu' ils ne comprennent pas l'énoncé du problème lui-même...

Dans la tête d'un élève voici les mécanismes à appliquer pour résoudre un problème:

- Déchiffrer les mots.

- Comprendre tout le vocabulaire.

- Représenter mentalement le problème.

- Etre capable de dessiner/ schématiser le problème.

- Trouver la formule mathématique permettant la résolution de celui-ci.

Pour être plus claire, comment voulez vous qu'un élève calcule le nouveau prix d'un T-shirt en soldes avec une réduction de 10€, quand il lit " Téchirte" et  qu' il ne  comprend pas le sens de "soldes" et de "réduction"?

Avant d'arriver proprement au domaine mathématique, l'élève doit dans un premier temps franchir celui du français. 

Il faudrait pour ces élèves passer systématiquement par l'oral et expliquer dans l'instant les mots inconnus. 

A l'heure de l'inclusion systématique dans les classes des élèves non-francophones et des élèves en situation de handicaps sans accompagnement individualisé dans des classes aux effectifs frôlant la trentaine, le projet devient irréalisable.

Qu'en est-il des élèves franchissant ce cap? 

Certains semblent dotés d'une logique "innée", ce seraient les fameux profils "matheux". D'autres ont besoin d'accompagnement, d'aide dans la démarche de la réflexion.

Nous essayons de les faire passer par le dessin, les jeux de scènes mais force est de constater que nous manquons de "billes" pour pouvoir stimuler cette logique.

La manipulation? Nous y avons tous pensé. La méthode Singapour? Nous n'avons pas attendu qu'elle soit à la mode pour aller farfouiller sur internet et s'en inspirer. Mais pour le néophyte qui s'intéressera à cette méthode , il constatera qu'elle nécessite du matériel et un effectif réduit. Force est de constater que nous manquons cruellement des deux.

 

 Existe-t-il d'autres facteurs permettant d'expliquer ce retard?

Le profil des professeurs des écoles.

La majorité des profils des professeurs des écoles sont des femmes issues de parcours littéraires ou de sciences humaines.

Les hommes et femmes issus des parcours scientifiques refusent de devenir enseignants: le salaire y est indécent quand, à diplôme équivalent, le salaire peut être à minima doublé.

La France paie sa politique de précarisation de ses enseignants: la mixité de sexes et des parcours disparaît.

Une formation insuffisante.

L'Education Nationale est incapable de former ses enseignants en poste: les animations pédagogiques dues par les enseignants (18 heures obligatoires) sont un simulacre de formation dans lesquelles des conseillers pédagogiques après s'être auto-formés seuls sur les méthodes pédagogiques à la mode selon le gouvernement en place, nous abreuvent de leur savoir via un Powerpoint après une journée marathon de travail ou lors d'un mercredi matin.

Les congés de formation sont quant à eux distribués au compte goutte et sont à financer sur nos propres fonds au tarif bien sûr de ceux intégralement financés par les entreprises pour leurs salariés.


L'Ecole de la République se délite peu à peu. L'opinion publique aime à pointer ses échecs mais n'est pas encore prête à écouter les revendications portées par les enseignants, qui, rappelons le, ne prennent jamais plaisir à perdre des jours de salaire pour manifester dans la rue tout en se faisant taxer de fainéants.

A l'heure où l'on découvre que "Oh miracle" des classes de 12 permettent un apprentissage satisfaisant, peut être finira-t-on par comprendre que la revalorisation salariale est un levier qui permettra de diversifier le profil des enseignants et que l'accès à une formation pertinente ne peut pas être relayée au rang d'option..

Malheureusement, dès la rentrée 2019, le recours à des contractuels sous-payés et non formés sera légion.

A l'année prochaine donc. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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