Grève des femmes en Suisse: en route vers l'égalité.

Vendredi 14 juin 2019 se tient en Suisse une grève nationale des femmes afin de dénoncer l'inégalité persistante dans le pays entre les deux sexes. Cette manifestation porte une résonance particulière dans notre société française et plus largement occidentale.

Impossible de ne pas prendre la plume en ce jour particulier où des citoyennes ont décidé de se faire entendre pour dénoncer les inégalités persistantes entre les hommes et les femmes.

Si leur voix s'inscrit dans une géographie précise ( la Suisse), elle s'étend à travers les frontières et résonne dans nos oreilles francophones.

Je ne referais pas ici l'exposé de la charge mentale, des inégalités salariales, des tâches ménagères etc. La société, et c'est appréciable, s'en saisit progressivement.

J'ai souhaité à travers mon quotidien, vous partager ce que j'appelle les "vestiges patriarcaux".. Invisibles mais pourtant bien ancrés...

Dans ma vie d'enseignante...

Le premier "vestige" qui me vient à l'esprit est quelque peu incongru mais parlant :

A nos chers élèves , auxquels nous inculquons la devise d'égalité,  je et plus largement, nous, enseignants, devons enseigner les règles élémentaires d'orthographe et de conjugaison.

Illustration...

Les filles sont tombées. Elles sont tombées.

Les garçons sont tombés. Ils sont tombés.

Six millions de filles et un garçon sont tombés. Ils sont tombés.

 

Me voici donc entrain d'expliquer qu'en français, le masculin, l'emporte TOUJOURS sur le féminin dès qu'une masculinité si infime soit elle apparaît.

Les garçons de la classe jubilent, les filles crient à l'injustice: me voici donc contrainte d'expliquer que ce sont les hommes qui ont imposé cette supériorité et que de ce fait, l' infériorité supposée des femmes les suit... jusque dans leurs écrits!

A celles qui me demandent comment changer les choses, je les invite à bûcher dur pour un jour, intégrer l'Académie Française afin de changer les dogmes et l'Histoire si elles le souhaitent...Mesdemoiselles, à vous de jouer!!

"Maîtresse, pourquoi ont dit soit Madame soit Mademoiselle pour les filles?"

Me voici renvoyée à mes cours d'ancien français .. Les damoiseaux n'existent plus mais les demoiselles ont traversé les siècles..

Soit, je décide donc que mes petites élèves de 3 à 11 ans ont comme les sieurs le droit d'être des dames lorsque je m'adresse à elles.

Elles sourient de fierté et relèvent mes erreurs "réflexe"car oui, il est dur d'appeler une fillette "madame" alors que le "monsieur" adressé à un petit garçon va de soi...

Dans ma vie femme...

Sur les papiers administratifs

Comme de nombreux français, je suis propriétaire.

Me voici donc soumise aux règles de déclaration et autres joyeusetés auxquelles je me soumets.

Force est de constater que si l'administration a fait un effort en supprimant le fameux " mademoiselle", ce n'est pas encore gagné..

Voici un exemple d'un formulaire...

impot-discrimination

Vestige patriarcal 1: 

Pas de pluriel, un seul propriétaire est prévu. Lorsque l'on sait qu' aujourd'hui, l'accession à la propriété nécessite le plus souvent d'être deux, on peut s'interroger..

Vestige patriarcal 2:

Me voici donc contrainte d'appeler le centre des impôts pour leur demander conseil sur ce point. Leur réponse: " Non, vous ne pouvez indiquer qu'un seul propriétaire" Je lui demande alors qui choisir étant co-propriétaires à parts égales . Réponse: "Mettez votre mari".

Je cherche encore le smiley 4ème dimension. Je précise que la réponse m'a été donnée...Par une femme. Je relève le problème, elle acquiesce mais " c'est comme ça madame".  

Sur les papiers d'identité

Je refuse par principe que ne soit inscrit les termes " nom d'épouse". Je souhaite accoler le nom de mon conjoint au mien. L'officier refuse et me soumet la ligne "nom d'usage" mais m'explique que si je choisis cette ligne, cela suggère que je suis divorcée.

Je pourrais, me direz vous, refuser simplement le nom de mon époux mais c'est là mal connaître l’imbroglio administratif lorsque les mères ne portent pas le même nom que leurs enfants..

N'importe qui, pourra donc à la lecture des papiers d'identité féminins, prévaloir de la situation matrimoniale de ses titulaires. 

Il suffirait pourtant simplement d'accoler à la suite d'un tiret le nom souhaité..

 

Ces histoires du quotidien peuvent sembler anecdotiques, c'est vrai. C'était le cas il y a quelques années de ce qu'on appelle aujourd'hui l'harcèlement de rue. Il n'y a pas si longtemps, les femmes importunées l'avaient forcément cherché par une attitude ou une tenue. Sauf que le pouvoir des réseaux sociaux à démontrer que si TOUTES les femmes l'avaient vécu, il ne pouvait y avoir 100% d'aguicheuses.

Faut-il changer les règles d'orthographe ou imposer l'écriture inclusive? 

Je ne le pense pas. Certains diront que c'est l'Histoire, qu'on en hérite. Je dirais que l'Histoire est loin d'être immuable et que le français en tant que langue n'a cessé d'évoluer avec une vigueur intense. La langue change d'elle-même selon les usages et non par décret.

Nous sommes nombreux à avoir utilisé l'écriture inclusive avant même que nous ne sachions qu'elle portait un nom. Elle s'impose parfois par elle-même et son inutilisation peut se révéler, pour un public averti, comme un  signe d'irrespect envers un public mixte. 

Quant à l'administration, ces "lacunes" me feraient sourire si elle ne mettait pas en évidence que ces "vestiges patriarcaux" étaient tellement ancrés que personne n'ait pensé à les remettre en question.

Peut être est-il temps?...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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