Agression antisémite?

Réflexion personnelle sur le degré d'antisémitisme dans l'agression verbale d'Alain Finkielkraut.

En me réveillant durant cette semaine, les mots clefs "antisémitisme" et " agression Finkielkraut" m'ont amenés à visionner la fameuse vidéo de l'académicien conspué lors d un rassemblement de gilets jaunes. Les mots sont rudes " Tu iras en enfer", "haineux" et le ton est véhément.

Dès lors, je tique. Agression verbale oui. Stupide, certainement. Condamnable, absolument. Agression antisémite? Plus difficile à trancher. Que certains le soient dans la foule, c est fort possible. Tout comme les sexistes et les racistes, des cons il y en a de partout. Ingrid Levavasseur dans le même temps se faisait bousculer aux cris de "sale pute". Personne n a hurlé au sexisme.

"Sale sioniste". Les mots sont choisis. Beaucoup s accordent à dire que l antisionisme est une forme cachée de l antisémitisme. Qu'en est-il vraiment? Cela signifierait-il que toute critique envers l Etat d Israël impliquerait un rejet de la personne juive?

Il est vrai que les deux entités s imbriquent par définition . Israël se définit comme un état juif. De fait, critiquer l'un reviendrait par définition à critiquer l autre.

J ai beaucoup réfléchi à la question. Pourquoi Alain Finkielkraut a t il été agressé? Et puis, je me suis souvenue que ce n était pas la première fois. Il avait alors déjà été malmené lors des "Nuits debouts". 

Et puis, j ai pensé à toutes les personnalités juives connues et assumées : Cyril Hanouna, Gad Elmaleh, Elie Semoun, Alain Chabat, Arthur, Patrick Bruel etc.

Que se passerait-il si une de ces personnalités apparaissait dans une manif? Subirait-elle le même sort qu'Alain Finkielkraut?

Cyril Hanouna est plébiscité par les jeunes, principalement ceux dits de banlieues. Lui, juif assumé, blaguant sur les boulettes de sa maman, évoquant Kippour et les rabbins, semble comme un poisson dans l eau parmi les milieux dits "hostiles". Idem pour Gad Elmaleh. Sont-ils victimes de violences antisémites ciblées et répétées comme l est Alain Finkielkraut ? 

Arthur et Patrick Bruel, eux, ne jouissent pas du même sort. La sphère numérique ne leur fait pas de cadeaux. Accusés de soutenir la politique israélienne, ils font face à une déferlante de haine. Cette rumeur s est propagée comme une traînée de poudre.

Le lien, réel ou supposé, entre l Etat d Israël et les personnalités apparaîtrait comme l élément déclencheur du rejet. 

Alain Finkielkraut cristallise cette crispation. Personnage médiatique controversé, ses prises de position sur l Islam ainsi que son lien assumé avec Israël en ont fait l incarnation, pour certains, d'un philosophe au service de la politique israélienne.

Et son judaïsme dans tout ça? S il avait été musulman, cela aurait il changé la donne?

L Arabie Saoudite est aujourd hui conspuée par une grande partie de la population, y compris musulmane. Le royaume des Saoud est accusé de soutenir la politique israélienne contre les palestiniens. Le pays est traité de "vendu"et de "corrompu". Mohamed Ben Salman (MBS) est traité ...de sale sioniste. Les deux états s allient contre l ennemi commun: l Iran. Le sort des palestiniens n est clairement pas une priorité pour le royaume salafiste.

Nos gouvernements ne souhaitent pas importer le conflit israélo- palestinien en France. Mais comme le dit un proverbe arabe " Si la montagne ne vient pas à Mahomet, Mahomet viendra à la montagne". Le conflit s est bel et bien implanté dans sa forme la plus insidieuse. Quelle naïveté de croire qu' à l heure de la mondialisation, les informations s arrêteraient à nos frontières..

Comme dans tous conflits, chacun prend position pour la cause qui lui semble la plus juste. A tord ou à raison, seul l avenir nous le dira.

Je pense que Alain Finkielkraut et plus généralement tous les juifs de France, paient pour le manque de lisibilité de la France quant à ses positions envers le gouvernement très à droite de Benjamin Netanyahou. 

Tous les juifs ne partagent et ne soutiennent pas les idées et les politiques appliquées par le gouvernement actuel. Or, le contraire peut être facilement pensé par une population non informée ou manipulée par des doctrines haineuses. 

Un immense blanc . Voilà ce qu'ont laissé nos gouvernements lors de ces 20 dernières années. Aucune prise de position claire. A l époque, François Mitterand ou Jacques Chirac savaient clairement taper du poing sur la table en cas de dérives de chacun des partis. Juifs et musulmans vivaient ensemble en banlieues et ailleurs. La France jouait un rôle traditionnel d arbitre impartial. Aujourd'hui, silence de nos politiques .Et le dicton est connu: Qui ne dit mot, consent. Parmi ce silence assourdissant, des dissonances s'élèvent. Le problème? A l image d un Dieudonné ou d un Zemmour, elles ne soufflent pas dans un sifflet mais bel et bien sur des braises..

 

 

 

 

 

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