Hugo Clément et Martin Weill accusés de harcèlement: la notion de ressenti.

Nassira El Moaddem accuse les deux journalistes révélés par Quotidien de harcèlement. Hugo Clément confirme les faits évoqués par sa consoeur mais réfute la notion de harcèlement. Il évoque de simples blagues.

Tonnerre dans le monde du journalisme. Hugo Clément et Martin Weill sont accusés par une de leur consoeur de faits de harcèlement lors de leurs années étudiantes en 2012.

Elle évoque des blagues douteuses: canular téléphonique, "zoubida" lancée en classe car elle est la seule "arabe" de sa promo. Une main courante avait été déposée à l'époque par la jeune femme alors enceinte et la direction avait convoqué les étudiants incriminés. Après des excuses, l'histoire s'était apaisée.

C'était sans compter le scandale de la "Ligue du Lol" et le questionnement sur le sexisme ambiant dans les écoles de journalisme.

Vrai/Faux? 

Dans un premier temps, il est intéressant de constater qu'Hugo Clément ne conteste pas les faits. Les canulars ont bel et bien existé. Nadia El Moaddem n'a donc rien inventé.

Ce qui est contesté est bien le terme de "harcèlement". L'une explique en avoir été victime alors que les autres évoquent de simples blagues dans un contexte spécifique: la vie étudiante.

Qui a raison, qui a tord? 

J'expliquais dans mon précédent billet "Réponse à Heather GUEDE ou lettre ouverte à la jeunesse arabe ou noire" que le racisme le plus blessant est celui émanant de personnes qui ne se rendent pas compte du caractère "borderline" de leur attitude ou de leur propos car fondamentalement, ils ne SONT pas racistes. Ce serait même injurieux et scandaleux de les accuser de ce mal. Ce sont les petites phrases ou les maladresses du quotidien: les rires ou moqueries sur un accent, une manière de parler, une attitude culturelle différente.

C' est quelque part la même notion qui se joue dans cette situation : celle du ressenti.

Je peux ressentir une attaque contre ce que je représente  et je peux argumenter dans ce sens. L'autre peut expliquer que c'est la personne elle-même , indépendamment de ce qu'elle représente, qui était visée. 

La question fondamentale devient: M'a t-on attaquée car je suis une femme ,de surcroît d'origine étrangère ,ou bien car mon attitude et mon caractère, indépendamment de ce que je représente, ont pu irriter certains? 

Si la réponse à la première question est oui alors nous sommes dans le cadre du délit.

Si la réponse est positive à la seconde question, nous sommes alors dans le cadre banal des relations humaines. On ne s'apprécie pas et on le fait savoir.

Or, la personne est intrinsèquement liée à ce qu'elle représente. Cette notion est d'autant plus amplifiée lorsqu'on est le ou la seul.e à porter une différence dans un groupe.

Là où Hugo Clément parle de brouilles entre étudiants qui ne s'entendaient pas, Nadia El Moaddem, elle, l'a vécu comme une attaque facile d'un groupe contre sa personne et de facto de ce qu'elle représente. Le ressenti n'a pu qu'en être renforcé par l'effet du groupe.

Finalement, je pense sincèrement qu'Hugo Clément et ses amis de l'époque n'ont rien des portraits caricaturaux des harceleurs que certains dépeignent sur les réseaux sociaux. Je n'enlève rien non plus au caractère de ressenti en tant que victime sincère de Nadia El Moaddem.

Elle a vécu les faits comme du harcèlement. Son ressenti n'a rien d' illégitime. Les étudiants ont immédiatement stoppé leur agissement lorsqu'ils ont intégré que leurs actes affectaient une personne par une convocation de la direction de l'Ecole.

Là , à mon sens, se situe la différence fondamentale entre ce qui différencie  le harceleur de celui qui ne l'est pas. L'arrêt. Le harceleur prendra plaisir à continuer à blesser sa victime malgré les injonctions à stopper ses agissements. Le "non-harceleur" stoppera de facto ses blagues qui ont pu être vécues comme des attaques répétitives contre sa personne et donc vécues comme étant du harcèlement.

Les étudiants de l'époque ont su s'arrêter. Ils se sont excusés. Les faits sont blessants mais l'erreur est humaine, surtout lorsqu'elle surgit autour de la période "bénie" qu'est l'adolescence...A nous désormais de prévenir ces agissements de sorte à ce que notre jeunesse comprenne que le ressenti d'autrui ne correspond pas forcément aux nôtres..

 

 

 

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