« Les cahiers de doléances » : vers un échec assuré.

La forme risque bel et bien d'étouffer le fond...

« Doléances ». Voici un mot qui ne m’inspire pas du tout. Donnant l’impression de quémander quelque chose, comme un petit enfant le ferait auprès de ses parents. En plus, la dernière fois que j’en ai entendu parler, c’était en cours d’histoire, souvenir de la Révolution française. C’est dire que le terme n’est pas tout neuf et manque cruellement de modernité.

Qui dit manque de modernité, dit inintéressants pour une catégorie et pas les moindres : les jeunes.

On s’étonnera aussi qu’il faille se déplacer dans un lieu peu attrayant pour dénicher ce fameux cahier : les mairies. Oui, ce sont les espaces républicains par essence mais,  pour le citoyen lambda, elles sont souvent synonymes de démarches administratives et autres joyeusetés qui feraient frémir d’effroi monsieur Thévenoud #phobieadministrative.

Enfin, n'y a  t il pas plus grand ennemi du mouvement des "gilets jaunes" que le temps qui passe?  Imaginez le temps que prendra la relève de chaque cahier, leur lecture et CIEL leur synthèse ! Je parie, à la louche,  pour un compte rendu courant 2020 , un 30 juin avec comme bilan : « taux de participation trop faible pour tirer des conclusions ». Gilets quoi déjà ?

Dernière remarque et pas des moindres : « écrire » et de surcroît sur un cahier n’a rien d’évident. Les fautes d’expression ou d’orthographe sont traquées, observées : « dis-moi comment tu écris et je te dirai à quelle classe sociale tu appartiens. » Le malheureux qui n’ose même plus  remplir un chèque de peur d’être moqué n’ira pas oser provoquer l’hilarité sur sa personne sur « un cahier de doléances ».

Nous sommes au XXIème siècle. Pourquoi ne pas ouvrir parallèlement un site national participatif ?

Internet n’est-il pas devenu le lieu où émergent les protestations, où s’organisent les luttes ?

Les premières tendances apparaîtraient très vite et un maximum de citoyens aurait accès à la parole. Car si les « gilets jaunes » ont permis la création d’un espace de parole, celui-ci devra être le plus large possible démontrant que, NON , les français n’ont pas abandonné la politique. 

Enfin, je reste persuadée que la force du mouvement est née d'une "dépersonnalisation":  n'importe qui était susceptible d'être gilet jaune, chaque citoyen pouvait s'identifier à cet élan révolutionnaire. N'est ce pas à partir du moment que des visages ont été associés que les critiques ont débuté, instillant le doute quant à la finalité du mouvement? Il faut revenir à cette parole, cette forme "d unité d'un tout".  Internet peut y contribuer.

L’idée est désormais  de porter haut et fort « nos espoirs » pour fonder une société plus juste, plus égalitaire, plus fraternelle, plus écologique. 

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