Nedim
Sciences politiques, sûreté, défense.
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 août 2022

Nedim
Sciences politiques, sûreté, défense.
Abonné·e de Mediapart

[SERIE] Le logement social, épisode 1 : bidonvilles, cités de transit, banlieues

Premier (vrai) épisode d'une série sur le logement social. Nous aborderons le problème des bidonvilles en France dans les années 1950. Nous verrons ensuite l'arrivée des "banlieues" dans le débat public via une série d'évènements et émeutes fortement médiatisés. Nous finirons par un premier aperçu du plan de "politique de la ville", démarche interministérielle initiée en 1970 et relancée en 1980.

Nedim
Sciences politiques, sûreté, défense.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les premières "cités de transit" seront érigées en France à partir du début des années 1960. Ce sont des dispositifs visant à répondre au recours massif à des habitations de fortune, ou bidonvilles, alors construits en périphérie des villes et destinés à abriter une population algérienne qui fuit massivement le pays à partir de 1954.

Le sociologue algérien Abdelmalek Sayad explique l'impact profond de l’intervention militaire française durant la guerre d’Algérie sur la structure sociale du pays. L’armée française va appliquer une doctrine de déplacements de populations à grande échelle, entre 5 à 7 millions de personnes vont être déplacées et regroupées en périphérie des zones urbaines.

Ces flux vont peser sur les économies des villes qui n’auront pas les infrastructures nécessaires pour les absorber. Les campagnes vont être désertées et devront faire face à une grosse pénurie de main d’œuvre. L'économie rurale en sortira dévastée. Le sociologue Pierre Bourdieu parle de « déracinement. »

La situation économique catastrophique en Algérie va naturellement provoquer une vague migratoire qui sera en partie réorientée vers la France métropolitaine avec le concours des pouvoirs publics français de l'époque.

Pour rappel, la France souffre encore des conséquences de la seconde guerre mondiale et fait face à une pénurie de main d’œuvre. Le pays fait également face à une profonde crise du logement. L'arrivée massive de migrants algériens va venir accentuer ces phénomènes conjoncturels. De nouveaux moyens semblent plus que jamais nécessaires pour contenir ces flux de personnes, les structures préexistantes vont très vite être amenées à saturer.

Des bidonvilles aux premières cités de transit

Les hôtels qui accueillaient jusque-là les personnes immigrées commencent rapidement à déborder. Les propriétaires des hôtels commencent à aménager des petites structures de fortune pour accueillir les clients dans leurs cours.

Au fil du temps, ces petites structures se transformeront en véritables bidonvilles. Au milieu des années 1960, les pouvoirs publics estiment qu’environs 100 000 personnes habitent dans ces habitations de fortune. En 1964, 43% des Algériens de France vivent dans des bidonvilles.

Le bidonville plus connu reste celui de Nanterre la Folie qui abritait plus de 14 000 personnes jusqu’en 1968.

En hiver 1954, une vague de dons initiée par l’Abbé Pierre via un appel radio permettra la construction d’une première « cité d’urgence » à Noisy-le-Grand. Ce dispositif sera par la suite étendu à l’ensemble du territoire.

En 1956, l’Etat crée la SONACOTRAL (Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens) afin d’organiser le relogement des travailleurs algériens dans des structures plus pérennes. Cette structure va pousser à la mise en place d’une politique de résorption des bidonvilles.

Plus tard, la SONACOTRAL deviendra SONACOTRA puis Adoma.

En 1961, le président de la République Charles de Gaulle crée la SOGIMA (Société de gestion immobilière des armées) pour répondre aux besoins de logement de l’armée. En 1968, la SOGIMA étend son champ d’intervention à l’ensemble des administrations. Elle devient le bailleur de référence des ministères de la Défense, de l’Intérieur et de la Justice.

En 1976, la SOGIMA devient la SNI (Société Nationale Immobilière, actuel CDC Habitat). C’est elle qui assurera la maintenance et la construction des cités de transit, la société est encore sous la tutelle de l’Etat à l’époque.

La problématique des bidonvilles va amener les pouvoirs publics à prendre conscience de la nécessité d’initier une démarche de fond visant à créer des structures pérennes visant à accueillir ces flux de populations.

Un plan de politique de la ville sera initié à partir du début des années 1970. La loi « Vivien » du 10 juillet 1970 va notamment s’appuyer sur la construction de « cités de transit » afin de répondre à la problématique des bidonvilles.

La SONACOTRA en est le principal opérateur et va étendre son dispositif de « cité provisoire » à l’ensemble des étrangers présents sur le territoire à partir de 1970. En 1972, une circulaire vient préciser un cahier des charges visant à cadrer la construction de ces structures dans une démarche provisoire et à éviter leur pérennisation. Le modèle idéal serait une construction en dur, affectée pour une durée limitée à la fonction de transit avant une prise en charge par les organismes HLM « classiques. »

L'entrée de la "question des banlieues" dans le débat public

Les "banlieues" sont aujourd'hui omniprésentes dans le débat public. Il est important de résumer rapidement les quelques épisodes qui en ont permis l'entrée. En l'espèce, les banlieues ont commencé à émerger dans le débat public à partir du début des années 1980, à l'occasion d'une série d'émeutes qui seront largement retransmises par la presse de l'époque.

Les premières émeutes ont lieu dans le quartier de la Grappinière à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon. Les habitants du quartier se révoltent contre le « harcèlement policier. »

De juillet à septembre 1981, des émeutes plus violentes éclatent aux Minguettes, à Villeurbanne et à Vaulx-en-Velin. Ce sont les premières émeutes urbaines retransmises en direct à la télévision française. Des centaines de voitures sont incendiées, les évènements sont repris massivement par les personnalités politiques de l’époque, les débats s’articulent autour du « malaise des grands ensembles. »

Le ministre de l’intérieur de l’époque, Gaston Defferre, appelle à la répression policière pour combattre le « banditisme. »

En 1983, Toumi Djaïda, président de l’association SOS avenir Minguettes, se fait tirer dessus par un policier lors d’un contrôle. Cet évènement va inspirer l’organisation de la « marche des beurs » (marche pour l’égalité et contre le racisme) de 1983.

Les débuts de la "politique de la ville"

L’insécurité dans les banlieues devient un véritable enjeu de société. Ces préoccupations vont mener à la création d’un ministère de la ville en 1990 ainsi qu’à l’initiation d’une démarche globale surnommée « politique de la ville. »

La politique de la ville s’articule autour d’une coopération de différents ministères et institutions publiques autour de domaines clés (logement, emploi, développement économique des quartiers, sécurité et prévention de la délinquance, etc.). Elle oblige les différents ministères à travailler entre eux et implique la mise en place d’un partenariat entre l’Etat et les collectivités territoriales. Plus largement, elle s’inscrit dans une logique de « décentralisation. »

L’Etat va commencer à passer des contrats avec les communes et un ensemble d’acteurs locaux : contrats de ville, contrats urbains de cohésion sociale, etc. Nous sommes aux prémices des grandes réformes sur la décentralisation que nous aborderons dans un prochain épisode.

Plusieurs émeutes continueront de marquer l’opinion publique française tout au long des années 1990 : Sartrouville (1991), Vaulx-en-Velin (1992), Vénissieux (1993), etc. Ces émeutes contribueront à forger un ensemble de représentations liées aux "banlieues" qui restent profondément ancrées dans l'inconscient collectif français en ce jour.

En janvier 1994, des gendarmes interviennent sur un flagrant délit de vol de voiture. L’intervention de la police va donner lieu à la mort d’Ibrahim Sy dans le quartier des Sapins à Rouen. Sa mort va donner lieu à de violentes émeutes dans le quartier qui dureront 3 jours. Les images des émeutes seront retransmises à la télévision et réutilisées par la suite dans le générique du film La Haine.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte