Mais où est passé Podemos ?

Mais où est passé Podemos ?

 On ne sait. Pas un mot à la une des médias depuis quelque temps, depuis, précisément, l’arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce et depuis les élections régionales anticipées en Andalousie dont les résultats furent décevants pour le nouveau parti.

Décevants car les responsables, Teresa Rodriguez (candidate à la présidence) en tête, n’ont cessé, tout au long de la courte campagne, de proclamer leur foi en la victoire. Chacun savait bien cependant que ce n’était là que l’habituelle litanie servie par tous les partis en compétition, méthode Coué dont on pouvait espérer que Podemos se dispenserait.

Pas de miracle

 Le miracle donc n’a pas eu lieu et le PSOE va continuer à exercer le pouvoir dans cette région comme il le fait depuis trente cinq ans, c’est-à-dire fort mal. Mais il est vrai que pour n’importe quel parti d’aussi récente création (à peine un an), l’élection de quinze députés serait considérée comme un triomphe. Pas pour Podemos, car on a trop cru ou trop fait semblant de croire au miracle : la victoire en Andalousie… pour commencer.   

Alors, bien sûr El País qui fut longtemps le sémaphore de la gauche (modérée tout de même) avant d’accompagner le PSOE dans sa déchéance, se réjouit et poursuit de plus belle son travail de sape, insistant notamment, en ce lundi de pascuas floridas , sur la fracture qui serait en train de se produire entre ceux que je m’aventure à nommer « verticalistes » (les fondateurs Iglesias, Monedero, Bescansa, Errejón) et les « horizontalistes » (Rodriguez, Echenique…).

Ainsi, des divergences importantes seraient apparues entre Teresa Rodriguez et Pablo Iglesias sur l’attitude à adopter quant à l’investiture de Susana Diaz (PSOE) qui, bien que remportant les élections, ne dispose pas de la majorité absolue, ce qui l’oblige à « négocier ».

Lignes rouges en Andalousie

Mais voici que dans une conférence de presse donnée ce même lundi à l’issue de la réunion du « Conseil de coordination » de Podemos, Iglesias confirme que le Conseil approuve les trois  « lignes rouges » tracées par Teresa Rodriguez et, en outre, confirme qu’elles ne sont pas négociables (selon Público.es).

Que sont ces lignes rouges ? Ce  sont trois choses très simples affirme Iglesias, et qui ne coûtent pas un euro :

 Premièrement la « Junta » (le gouvernement) d’Andalousie ne passera aucun contrat avec les banques qui expulsent des familles « sans alternative de logement ».

 Deuxièmement les dépenses occasionnées par la multitude de « conseillers » et « collaborateurs » divers (asesores) attachés à la « Junta » et à la « Cámara autonómica » (parlement) seront réduites significativement. En effet ces dépenses ont augmenté de 5,61% en un an et s’élèvent à 8,55 millions d’euros pour 2015 (chiffres selon ABC Andalucía). Tout cela dans un contexte de défiance, le syndicat majoritaire (CSIF) soupçonnant anguille sous roche du fait notamment de l’augmentation des indemnités de certains hauts fonctionnaires.

Troisièmement, enfin, Manuel Chavez (ancien président du PSOE, président de l’Andalousie pendant 19 ans à partir de 1990) et José Antonio Grignan (ancien président de l’Andalousie de 2009 à 2013, ancien ministre de ceci et de cela sous Felipe Gonzalez…) devront abandonner leur siège respectif au Congrès et au Sénat tant est lourde leur responsabilité politique dans le développement de la corruption et ne sont donc plus « dignes de représenter le peuple andalou ».

Au cours de cette même conférence de presse Iglesias a réaffirmé son soutien à Teresa Rodriguez et qualifié de « spectaculaires » les résultats obtenus en Andalousie puisque le parti a triplé le nombre de voix obtenues aux dernières européennes.

Les affaires

Donc, tout va bien selon Pablito, comme disent ceux qui l’aiment, ou Pablete, comme disent ceux qui le vomissent. Seulement ce n’est pas si simple, car il y a « les affaires ». L’affaire Monedero, l’affaire Errejón et, en outre, la soudaine flambée d’un parti « Ciudadanos » (Citoyens) né voici dix ans en Catalogne dont on ne sait trop s’il est de « centre droit ou centre gauche » (ce qui au fond ne fait pas grande différence) mais qui réalise des scores remarquables dans toutes les régions maintenant.

A la tête de ce parti se trouve un élégant jeune homme, Albert Rivera, type gendre idéal, cheveux courts bien peignés, complet cravate et sourire avenant, un anti-Iglesias absolu mais doté comme lui d’un talent certain de « communicant » et d’une égale virtuosité linguistique. Comment expliquer la percée de ce parti sinon  par la déliquescence du PP (parti populaire de droite au pouvoir) ? On s’interroge.

Mais revenons aux affaires. Monedero d’abord, l’un des fondateurs et le théoricien de Podemos. Il est accusé par toute la presse de droite, El País compris, d’avoir touché de l’argent de Chavez (Venezuela) dont il fut occasionnellement l’un des conseillers politiques.  Ce à quoi il répond, documents à l’appui, qu’il a tout simplement été rétribué comme consultant international par le gouvernement vénézuelien et d’autres en Amérique Latine, comme par la BCE pour laquelle il a aussi mené des études. On trouvera ici quelques détails sur la question.

Errejón quant à lui est accusé d’avoir été rétribué par l’université de Malaga pour une recherche qu’il n’aurait pas menée à son terme. Et lui d’expliquer à longueur d’interview que le seul reproche formulé par l’université concerne un retard dans la transmission d’un document administratif. Mais rien n’y fait l’artillerie médiatico-politique poursuit jour après jour son tir de barrage.

De sorte que la situation est  la suivante : deux vieux partis, le PP et le PSOE qui se sont succédé au pouvoir depuis trente cinq ans, et qui en ont bien profité, s’affaissent, repus. Et deux nouveaux partis émergents, Podemos et Ciudadanos, qui pour l’instant s’évitent, s’observent avant l’affrontement inéluctable.

Les initiatives de « la gente »

Mais aussi et peut-être surtout, une multitude d’initiatives sont prises par « la gente » comme disent les podemistes, les gens qui, inspirés par les  Indignados  de mai 2011 agissent contre les expulsions (desahucios), contre les banques, occupent des immeubles inhabités pour y reloger les nombreuses familles expulsées de leur logement, convoquent des manifestations (mareas) et construisent des plates-formes « Ganemos » (Gagnons) auxquelles se rallient diverses organisations politiques, dont Podemos, pour présenter des listes de candidatures aux prochaines municipales.

Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si la première des plates-formes se dresse à Barcelone sous l’injonction « Guanyem Barcelona » et si la personnalité la plus connue relativement à cette initiative est une femme, Ada Colau, maintenant aussi populaire, ou presque, que Iglesias.

Considérer cette émergence de « l’assembléisme » comme hasardeuse serait ignorer la très ancienne histoire des cabildos et consejos abiertos, des asembleas de vecinos mais aussi la grande tradition libertaire, communaliste, fédéraliste et autogestionnaire qui, au cours de l’été 1936 et dès le 20 juillet aboutit à la prise en  charge, en Catalogne, de tous les aspects de la vie économique et sociale par le mouvement libertaire et en particulier par la CNT qui comptait alors, comme premier syndicat d’Espagne, quelque un million deux cent mille adhérents.

Et ignorer cette histoire récente c’est peut-être bien se priver d’un élément de compréhension de ce qui est en train de s’écrire aujourd’hui en Espagne.

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