Nouveau livre de Jacques Laporte: sommes-nous devenus cons?

Il s’agit d’un cri, d’un hurlement ou plutôt d’une « gueulante » indignée et quelque peu désespérée. Une gueulante comme  dirait l’auteur dont le vocabulaire, parfois, est fleuri d’indignation : comment, comment est-il possible que les hommes acceptent sans réagir leur propre destruction, celle de l’humanité tout entière ?

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 Il s’agit d’un cri, d’un hurlement ou plutôt d’une « gueulante » indignée et quelque peu désespérée. Une gueulante comme  dirait l’auteur dont le vocabulaire, parfois, est fleuri d’indignation : comment, comment est-il possible que les hommes acceptent sans réagir leur propre destruction, celle de l’humanité tout entière ?

Il rejoint ainsi, me semble-t-il, son compatriote sarladais Etienne de La Boétie qui voici déjà cinq siècles s’interrogeait sur cette « servitude volontaire », alors qu’il suffirait de si peu de choses, simplement de dire non ! Alors qu’il suffirait, simplement, de désobéir.

Mais c’est, précisément, qu’il n’est pas facile de dire non, qu’ il n’est pas facile de désobéir, de se dresser et de faire un pas de côté. Jacques Laporte s’est dressé, lui, à pas dix-huit ans, pour s’engager dans le maquis de l’Armée secrète du Sarladais. J’ai raconté son histoire ici lors de la publication de l’un de ses précédents ouvrages. Et aujourd’hui, à 93 ans, il se dresse encore, par l’écriture.

 Je ne saurais rendre compte de ce cri mieux que ne le fait son préfacier Michel Lorblanchet, préhistorien, Directeur de recherche au CNRS, dans un superbe texte où après avoir dessiné à grands traits poétiques la fresque de l’aventure humaine il poursuit ainsi :

[…]

La préhistoire permet une vue distanciée du phénomène humain ; elle nous permet de le voir de haut et de loin (comme disait Pierre Hadot, NdA), elle nous révèle l’épopée humaine, elle nous fait prendre conscience de la grandeur de l’homme, de son caractère universel, elle nous invite à un sentiment de fierté et de fraternité.

Mais elle nous indique aussi notre responsabilité : à quoi bon peupler la planète pendant trois millions d’années « pedibus-jambus », si maintenant nous la détruisons en compromettant la survie même de l’humanité ?

[…]

Cette grande odyssée humaine suscite aujourd’hui, à la fois, de l’admiration et beaucoup de questions et de doutes, tels que tu les exprimes dans ton livre, cher Jacques ! Rappelons-nous  l’avertissement de St-Exupéry, « nous n’héritons pas de la planète de nos prédécesseurs, nous l’empruntons aux générations futures » ! Pouvons-nous avoir confiance dans l’homme alors que pour la première fois dans notre longue histoire, les survies de la planète et de l’humanité sont en jeu…

[…]

Chez nous en Quercy il fut question, il y a une dizaine d’années, d’enfouir des déchets nucléaires sous nos causses : cette demande de  la société Areva fut unanimement rejetée par le comité scientifique du Parc Naturel des Causses du Quercy… Puis, il y a quelques années une société indonésienne voulait exploiter les gaz de schiste sous le causse de Martel, nos luttes collectives ont fait échouer le projet… Actuellement des méthaniseurs  industriels vont traiter les déchets provenant de cent cinquante kilomètres à la ronde et vont épandre leurs résidus mortifères sur les terrains karstiques de notre Parc Naturel Régional et du causse de Martel !

Pouvons-nous espérer encore dans  « la conscience morale » dont parlait Rabelais ? Continuons avec acharnement à défendre la nature, notre « bien commun » le plus précieux !

De retour du Causse Méjan, je ne résiste pas, sur mon trajet, au plaisir de revoir une fois encore le viaduc de Millau : dans son cadre somptueux, au carrefour des causses majeurs, Larzac, Causse noir, Causse rouge, au confluent des grands canons du Tarn, de la Jonte et de la Dourbie… Il s‘élance aérien dans la brume !... Sa silhouette blanche s’inscrit dans le paysage avec une élégance, une noblesse qui donne une réponse humaine à la majesté de la nature… ce pont est la plus belle œuvre d’art contemporain, il nous rassure sur la grandeur de l’homme et sa capacité à dialoguer avec l’environnement, en le respectant.

Jacques, je partage entièrement la colère et l’effroi de ton réquisitoire indigné soulignant la perte des valeurs humanistes qui caractérise notre société dominée aujourd’hui par le profit… Pourtant tout est-il irrémédiablement perdu ? Le viaduc de Millau semble répondre à la question ! Ton livre nous invite  à discuter encore… Retrouvons-nous,  poursuivons nos passionnants échanges autour d’une de ces soupes d’autrefois dont tu as le secret.

Dans la chaleur de nos échanges réside notre bonheur et notre force pour le combat.

J’ajouterai pour ma part que nous sommes des millions dans le monde, jeunes et moins jeunes, qui tentons d’œuvrer comme nous le pouvons pour une autre vie possible, une vie de sobriété et de tempérance.

Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! (puisque c’est la saison).

 

Sommes-nous devenus cons? Avenir édition, www.aveniredition.fr

 

 

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