La descente aux enfers de l’auteur de Wikileaks13

Article de Marseille l'Hebdo – Laurence Mildonian Mardi 11 Janvier 2011INTERNET. Le 1er Janvier, l’ingénieur du conseil général, Philip Sion, mettait en ligne Wikileaks13. Une semaine plus tard, il tentait de mettre fin à ses jours
Article de Marseille l'Hebdo – Laurence Mildonian

 

Mardi 11 Janvier 2011

INTERNET. Le 1er Janvier, l’ingénieur du conseil général, Philip Sion, mettait en ligne Wikileaks13. Une semaine plus tard, il tentait de mettre fin à ses jours


wiki13


 

Twitter, Facebook, blog, site : pas un jour, depuis le 31 décembre dernier, sans que Philip Sion n’abreuve la toile d’un flot d’informations en continu. Sa voix, son visage, sa détermination, on les retrouve alors sur tous les médias : Philip Sion, ingénieur territorial, cadre au Conseil général, est l’auteur du site Wikileaks13, lancé le 1er janvier avec pour ambition de « dénoncer ce qui est mal, ce qui est faux, ce qui est courbe et contraire à l’intérêt d’une ville magnifique et de celui de tous ses habitants.»

Sorte de Julian Assange à la mode aïoli, Philip Sion, 39 ans, ancien militant du MoDem, entend agir dans l’intérêt collectif, conscient qu’il met ainsi son poste en jeu. Et la sanction ne tarde pas : il est suspendu de ses fonctions dès le 4 janvier.

Vendredi 7, soit deux jours – et une dizaine d’interviews plus tard, pas un mot de Philip Sion sur le net. Ce même jour, le président PS du conseil général, Jean-Noël Guerini, présente ses vœux à la presse. Répondant aux journalistes, il accuse l’ingénieur d’avoir voulu faire chanter le Département.

Que c’est-il alors passé dans la tête de cet homme marié, père de deux enfants, et qu’une conseillère générale décrivait il y a quelques jours de « notoirement perturbé»? Impossible de le savoir.

 

Ce samedi 8 janvier au soir, il entre dans l’église de St Mitre (13éme) en pleine messe. Des témoins racontent « Les bras en croix, pieds nus, le pantalon ensanglanté, il s’est rendu jusqu’à l’autel en demandant si l’on croyait en Dieu. Il a lancé une phrase à propos de Jean-Noël Guérini et le curé l’a pris dans ses bras pour le réconforter et prier avec lui. » Son attitude étrange inquiète l’assemblée. Quand il sort de l’église, quelques-uns le suivent, pour s’assurer qu’il va bien : « Il avait une allure d’athlète, mais était dans un état second, excité, incohérent. Un homme a essayé de le calmer et de le rassurer, mais il s’est soudain retourné vers l’extrémité du parvis de l’église, a marmonné quelque chose comme : puisque plus personne ne peut plus rien pour moi… » et en courant, il a fait le saut de l’ange par-dessus la rambarde, avant de s'écrouler dix mètres plus bas ‘’, décrit un témoin impuissant et choqué par la rapidité avec laquelle ces événements se sont déroulés. Il était 19h25 quand les secours ont été appelés. Quelques heures plus tard, il était mis hors de danger par les urgentistes de l’hôpital nord.

 

« Une succession de manquements »

En présentant ses vœux à la presse ce vendredi 7 janvier, le président du conseil général Jean-Noël Guerini a accusé Philip Sion, en déclarant : « Le conseil général est victime d’une tentative de chantage de la part de philip Sion, qui a clairement exercé cette menace dans un mail en date du 20 décembre 2010, dans lequel il indiquait que si ne lui était pas confiée la mission de son choix à compter du 1er janvier 2011, avec à la clé un budget de 300 000 €, il mettrait en ligne le site Wikileaks13. Cet ingénieur territorial a déjà été sanctionné à la suite de nombreux incidents en 2010. Cette mesure de suspension fait suite à une succession de manquements professionnels intervenus tout au long de l’année 2010. Une première sanction a été prononcée de manière définitive le 17 décembre 2010 ». Le conseil général réfléchit à toutes les suites judiciaires à donner à l’affaire.

 

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Plus curieux encore, Philip Sion publie lui même sa lettre de suspension ainsi que le mail où il menace de créer Wikileaks13

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